Comme la cigale de la fable, Shelly (Pamela Ander­son) se trou­ve fort dépourvue une fois la bise de la retraite for­cée venue. Danseuse his­torique du Raz­zle Daz­zle, cabaret d’un autre temps sur le point de fer­mer ses portes, elle est désor­mais trop âgée pour envis­ager, comme ses jeunes con­sœurs, une deux­ième car­rière dans d’autres shows éro­tiques. La voilà seule face à un avenir pré­caire, assail­lie par les fan­tômes de l’existence qu’elle a sac­ri­fiée pour danser tout l’été : une fille aban­don­née à une famille d’accueil (Bil­lie Lourd), des his­toires d’amour inter­rompues trop tôt…

Comme The Sub­stance, The Last Show­girl a pour lui une idée de cast­ing géniale : ressus­citer Pamela Ander­son – inou­bli­able icône en mail­lot rouge d’Alerte à Mal­ibu qui réus­sit une courageuse recon­ver­sion dans le mil­i­tan­tisme pour la cause ani­male – dans un rôle de pin-up sur le retour de toute évi­dence ciselé pour elle. Mais si le film de Gia Cop­po­la porte un regard tout aus­si dés­abusé sur le vieil­lisse­ment féminin que celui de Coralie Fargeat, il n’a pas beau­coup plus à pro­pos­er que son pitch. Tourné dans un 16mm cos­mé­tique et légère­ment anamor­phosé – les bor­ds tou­jours flous de l’image sem­blant fig­ur­er le futur incer­tain de l’héroïne –, The Last Show­girl se com­pose d’une série de séquences à la fois dis­jointes et prévis­i­bles, inter­rompues par des inter­ludes pub­lic­i­taires dans lesquels les pro­tag­o­nistes errent d’un air mélan­col­ique sous les lumières cares­santes du soleil de Las Vegas au son de clo­chettes féériques.

La douceur vaporeuse de la mise en scène tranche avec le sadisme dis­trait du scé­nario qui enfile les humil­i­a­tions et les coups durs infligés à l’héroïne comme des per­les sur un col­lier : reproches atten­dus de la fille aban­don­née, date raté avec le pro­duc­teur du spec­ta­cle, chamail­leries avec ses jeunes condis­ci­ples, etc. Le clou du spec­ta­cle con­sis­tant en une audi­tion ratée dévoilée en par­tie dans la séquence d’ouverture et mon­trée en inté­gral­ité un peu avant la fin du film : le numéro de danse quel­conque de Shelly y est bru­tale­ment inter­rompu par un directeur de cast­ing sagouin joué par Jason Schwartz­man, qui lui explique qu’elle n’a aucun autre tal­ent que celui d’avoir été autre­fois jeune et sexy. Shelly affronte cette série d’épreuves avec une can­deur et une énergie suff­isam­ment inde­struc­tibles pour que la cinéaste se sente oblig­ée de lui offrir in extrem­is sa bit­ter­sweet end­ing rêvée : des retrou­vailles dif­férées avec sa fille, une réc­on­cil­i­a­tion avec son ex et ses col­lègues et un dernier tri­om­phe sur scène sur une com­plainte de Miley Cyrus. Cela n’efface pas le sen­ti­ment que le film donne assez cru­elle­ment rai­son au per­son­nage de Schwartz­man : quoi qu’en pense la pau­vre Shelly, ce pour quoi elle a tout per­du n’avait rien du grand art.

Au milieu de ce pro­gramme mélo­dra­ma­tique en pilote automa­tique flotte Pamela Ander­son, dans une per­for­mance out­ran­cière mais éton­nante, et d’une réelle étrangeté. Son vis­age bour­sou­flé par le botox, filmé « au naturel », n’empêche pas une expres­siv­ité exac­er­bée de se déploy­er. Ses yeux écar­quil­lés dans une expres­sion de per­pétuel effroi et sa voix fluette de petite fille inquiète trahissent une pro­fonde angoisse sous ses brusques bouf­fées d’enthousiasme ou de rage. Il y a quelque chose de vrai­ment désar­mant dans l’abandon qua­si sac­ri­fi­ciel de l’ancienne play­mate à son rôle : pour l’interprète comme pour le per­son­nage, c’est vis­i­ble­ment une ques­tion de vie ou de mort. Et pour elles, seule­ment pour elles, on sort de la salle en larmes ; ce n’est pas rien, mais le film, qui les prend de haut tout en affec­tant la bien­veil­lance et l’empathie, ne leur arrive pas à la cheville.