Le Dia­ble, tout le temps est, comme son titre l’indique, un film sur le Mal avec un grand M, celui qui, dans toute sa mal­ice, s’abrite sous le man­teau de la respectabil­ité chré­ti­enne et des super­sti­tions religieuses. Pen­dant 2h20, le réc­it fait son miel d’une Amérique dégénéres­cente, où cohab­itent pas­teur libidineux, tueurs en série pho­tographes, shérif cor­rompu, femmes sac­ri­fiées et malades, gan­grénées par le can­cer ou le venin de beaux par­leurs qui, bouff­is de délire, s’imaginent être touchés par le Saint-Esprit. La croix est, dans cette per­spec­tive, à la fois le motif struc­turant du réc­it, qui téle­scope plusieurs his­toires amenées à entr­er en réso­nance, en même temps que l’objet d’une inver­sion morale : elle devient la source orig­inelle du mal, l’incarnation de toutes les per­ver­sions de l’âme humaine. Ambitieux pro­gramme, à côté duquel le film passe dans les grandes largeurs, la faute à une mise en scène par­faite­ment académique qui ne sert que d’écrin à un scé­nario mul­ti­pli­ant naïve­ment ren­verse­ments et dual­ismes.

Exem­ples par­mi d’autres : le réc­it est enser­ré par deux guer­res (la Sec­onde Guerre mon­di­ale et la guerre du Viet­nam), pour soulign­er à coups de Sta­bi­lo la vio­lence du Monde ; l’arme rap­portée de la guerre par le père du héros, qui aurait sup­posé­ment appartenu à Hitler, devient finale­ment le moyen par lequel toutes les fig­ures per­ver­ties sont châtiées ; le rôle joué par les négat­ifs de pho­tos, qui lèvent le voile, comme dans The House That Jack Built, sur la mon­stru­osité humaine. Bref, pas grand-chose à se met­tre sous la dent dans ce film où la voix-off vient combler le vide des séquences pour éclair­er telle ou telle facette d’un per­son­nage, si ce n’est une rib­am­belle d’acteurs qui, hélas, déçoivent : Pat­tin­son cabo­tine dans un rôle, il est vrai, pas très léger, quand la revenante Mia Wasikows­ka, qui mal­heureuse­ment s’est faite rare ces dernières années, ne fig­ure que dans une poignée de scènes anodines pour mieux rapi­de­ment dis­paraître.