À peine l’année nou­velle a‑t-elle débuté que s’ouvre la sai­son du navet, sur ce Man­hat­tan Lock­down aber­rant, inti­t­ulé aux États-Unis 21 Bridges. Vingt-et-un, c’est le nom­bre de ponts qui relient l’île aux autres bor­oughs new-yorkais et au New Jer­sey, tous fer­més à la cir­cu­la­tion une nuit durant pour empêch­er deux tueurs de flics de pren­dre le large avec la recette d’un hold-up foireux. Un inspecteur à la gâchette facile est lancé à leurs trouss­es, avant qu’il ne com­prenne qu’il est le jou­et d’une con­spir­a­tion poli­cière cousue de fil blanc (et bleu, les couleurs dis­tinc­tives du NYPD). Bri­an Kirk, réal­isa­teur irlandais qui s’est fait la main à la télévi­sion, aurait dû y rester : il importe sur grand écran un savoir-faire anonyme dégrossi dans nom­bre de pro­duc­tions HBO et Show­time fastueuses (Game of Thrones, The Tudors). D’où, peut-être, cette fâcheuse ten­dance à vouloir con­juguer New York au passé, en abu­sant de plans de ruelles enfumées prélevés dans un imag­i­naire de car­ton-pâte. Philadel­phie, où le tour­nage a été déplacé, y est fardée à grands ren­forts de graf­fi­tis, d’escaliers de sec­ours et de pavés suin­tants. Rien de cela n’explique com­ment un film cen­sé se dérouler aujourd’hui peut à ce point s’empêtrer dans ses pro­pres anachro­nismes : lorsque Andre Davis (Chad­wick Bose­man) retrou­ve la trace des crim­inels en fuite dans le Meat­pack­ing Dis­trict, ancien quarti­er des abat­toirs devenu enclave de la vul­gar­ité nou­veau riche, c’est au beau milieu d’une cham­bre froide que se déroule le face-à-face, entre des car­cass­es qui pen­douil­lent aux cro­chets. À aucun moment la mise en scène ne parvient à trans­met­tre la fièvre obsid­ionale qui devrait gag­n­er ce type de réc­it, chaque plan étant exé­cuté avec un pro­fes­sion­nal­isme borné qui prive cette série B d’accéder à sa let­tre de noblesse. Il en va de même du jeu des acteurs, à com­mencer par celui de Bose­man, à peu près aus­si crédi­ble en Har­ry Calla­han récal­ci­trant que Sien­na Miller en brigadière des stups démaquil­lée de Queens. J.K. Sim­mons cachetonne sans man­i­feste­ment y croire, encore que ses impayables mim­iques injectent un zeste de bouf­fon­ner­ie à l’ensemble, qui dégage une rare antipathie : celle d’un Ser­pi­co sous anabolisants, téléguidé par un script inepte, et courant en vain après une street cred­i­bil­i­ty chimérique.