George R.R. Mar­tin œuvre dans la Dark Fan­ta­sy, une chapelle de la lit­téra­ture fan­tas­tique qui, comme son nom l’indique, est des plus som­bres. Si le suc­cès de sa maîtresse œuvre, la saga du Trône de fer, auprès des fans ne fai­sait aucun doute, l’idée de l’adapter n’é­tait cepen­dant pas sans risques. Mètre étalon d’une Fan­ta­sy lit­téraire­ment et thé­ma­tique­ment mature, Le Trône de fer allie une galerie de per­son­nages au réal­isme incon­fort­able en ces temps de poli­tique­ment cor­rect à une intrigue d’une grande com­plex­ité. De quoi effray­er même les vieux routards de séries ambitieuses que sont les pontes de chez HBO. Et pour­tant, avec son cast­ing remar­quable et son adap­ta­tion exem­plaire, Le Trône de fer est d’ores et déjà une série de référence dont la réus­site dépasse le seul cadre du petit écran.

Il y a quelque chose de pour­ri au roy­aume de Wes­t­eros. Après la chute du roi légitime, déposé par ses vas­saux, le trône est occupé par Robert Baratheon, hier un jeune régi­cide fougueux, aujour­d’hui un vieux lion fatigué. Autour de lui et de ses quelques fidèles, com­plots et intrigues se tis­sent dans l’om­bre.

Il ne faut donc pas plus de quelques lignes pour résumer l’in­trigue du Trône de fer : c’est, en tout cas, ce qu’il sem­ble. La force de l’u­nivers créé par George R.R. Mar­tin est que rien n’y est anodin : la moin­dre péripétie peut faire tri­om­pher l’un, pré­cip­iter la chute de l’autre. La vision de l’au­teur de la saga du Trône de fer est celle d’un excel­lent scé­nar­iste, atten­tif et pré­cis. C’est égale­ment le gros défaut de son style nar­ratif : en n’adop­tant pas, à pre­mière vue, un déroule­ment stricte­ment chronologique[1], l’au­teur se con­damne à une cer­taine exhaus­tiv­ité, et le livre à devenir un labyrinthe illis­i­ble. Tout cela n’est, évidem­ment, qu’ap­parences : Mar­tin, dans son Trône de fer, a créé un puz­zle aux innom­brables pièces, et dont il ne révèle la nature que très pro­gres­sive­ment, et avec parci­monie. Mais il y a une big pic­ture, il y a une image dans le tapis.

Cette image, l’essence de la saga lit­téraire, les scé­nar­istes chargés de l’adap­ta­tion pour HBO l’ont très bien perçue. Mieux : ils savent la trans­pos­er à l’écran avec une fasci­nante per­ti­nence, agençant le réc­it pour le ren­dre plus adap­té à une nar­ra­tion télévi­suelle sans pour autant en atténuer le foi­son­nement d’in­trigues. Ain­si, le pre­mier vol­ume de la série lit­téraire est adap­té dans cette pre­mière sai­son, mais déjà la série s’ap­pro­prie le matéri­au, allant jusqu’à piocher dans les vol­umes suiv­ant pour resser­rer l’in­trigue. Aujour­d’hui, alors que fleuris­sent les ban­des-annonces pour la sec­onde sai­son du Trône de fer, cette ten­dance sem­ble s’af­firmer – les scé­nar­istes vont-ils s’af­franchir de l’œuvre tout en en con­ser­vant l’essence ? Voilà une per­spec­tive pas­sion­nante…

Il reste que le monde tis­sé par Le Trône de fer, pré­cis et foi­son­nant, peut aisé­ment per­dre le spec­ta­teur novice. Allant au-delà de la néces­sité à repris­er les accrocs ellip­tiques de la série, l’édi­tion Blu-Ray de cette pre­mière sai­son pro­pose tout sim­ple­ment de redé­cou­vrir entière­ment le monde de Wes­t­eros. Chaque épisode est ain­si pourvu de son pro­pre guide inter­ac­t­if, qui per­met de savoir en temps réel qui se trou­ve à l’écran, où se déroule l’ac­tion, voire ce qui a précédé celle-ci. Mieux encore : de nom­breux réc­its annex­es, his­toriques ou mythologiques, sont pro­posés. Lus par les acteurs eux-mêmes en tant que per­son­nage[2], ces pas­sages sont illus­trés par des séquences ani­mées par­fois de toute beauté. L’édi­tion DVD, quant à elle, n’est pas en reste, avec une kyrielle de mak­ing-of et doc­u­men­taires, dont on retien­dra notam­ment celui con­sacré à la créa­tion de la langue Dothra­ki, tout sim­ple­ment pas­sion­nant[3].

Pour exis­ter au-delà du sim­ple télécharge­ment, une série doit faire appel au col­lec­tion­neur, et créer des pro­duits dérivés au design alléchant, ou des bonus aus­si abon­dants que per­ti­nents. Le Trône de fer joue sur les deux tableaux, et pro­pose une image haute déf­i­ni­tion de toute beauté à une série déjà visuelle­ment très riche et tra­vail­lée. D’autre part, cette édi­tion est agré­men­tée de bonus nom­breux et var­iés (dont cer­tains, les « œufs de drag­ons », demeurent cachés). Le même sérieux sem­ble avoir présidé à l’édi­tion de la série et à celle de son édi­tion DVD / Blu-Ray. L’ob­jet devient ain­si, à coup sûr, une acqui­si­tion oblig­a­toire, pour une série qui a, très prob­a­ble­ment, déjà été inté­grale­ment téléchargée avant même sa sor­tie sur les télés français­es. Ce n’est que jus­tice pour ce qui s’im­pose comme, tous écrans con­fon­dus, l’œuvre de fan­ta­sy de référence.

Notes

Notes
↑1 Les romans, très dens­es, adoptent par­fois le point de vue de plusieurs per­son­nages sur un même événe­ment.
↑2 Et par­fois même par plusieurs per­son­nages, offrant ain­si de mul­ti­ples points de vue sur un même événe­ment.
↑3 Ces bonus sont égale­ment présents sur le Blu-Ray, voir plus bas la liste des bonus pro­posés