Le sec­ond volet de la Reine des neiges s’ouvre sur un flash­back qui dis­tingue deux roy­aumes antag­o­nistes : celui, dépourvu de magie, d’Arendelle, et celui de Northul­dra, dont le peu­ple habite une forêt régie par les esprits des qua­tre élé­ments. Cha­cune de ces créa­tures se voit capa­ble d’ani­mer la matière, comme lors d’une scène où les falais­es rocheuses se met­tent à se déplac­er à la manière de géants de pierre. À pre­mière vue, l’op­po­si­tion entre ces deux civil­i­sa­tions sem­ble recouper deux con­cep­tions de l’an­i­ma­tion, l’une fondée sur l’im­i­ta­tion du réel et l’autre sur l’ex­ploita­tion de la plas­tic­ité du numérique. En témoigne le per­son­nage d’Olaf, petit bon­homme de neige facétieux issu de cristaux de glace qu’Elsa, reine d’Arendelle, a doté de vie lors de la libéra­tion de ses pou­voirs dans le pre­mier film. Ce per­son­nage méta­mor­phique, capa­ble de per­muter les dif­férentes par­ties de son corps, syn­thé­tise la capac­ité de l’animation numérique de don­ner vie à une matière inerte autant qu’il incar­ne la pos­si­bil­ité de retrou­ver per­pétuelle­ment sa forme orig­inelle. La fin du film acte ain­si sa résur­rec­tion alors qu’il s’était fait dés­in­té­gr­er, ce qui l’avait ramené à son état de flo­cons inan­imés : la forme sem­ble donc se remé­mor­er un état antérieur à elle-même.

Le pro­jet réflexif du film ren­voie par ailleurs au pas­sage de l’an­imé à l’inanimé, Elsa opérant la jonc­tion entre les deux. Suite au débor­de­ment des esprits de la forêt dans le monde non-mag­ique, rompant de fait l’équilibre de la matière (les pavés de l’allée cen­trale de la ville, jusqu’alors immo­biles, se meu­vent pro­gres­sive­ment jusqu’à for­mer des vagues, semant la panique), Elsa et sa sœur se voient poussées à rétablir l’harmonie entre fix­ité et mou­ve­ment. À terme, la jeune reine jette un pont entre passé et présent en figeant dans la glace les images mémorisées par l’eau, révélant sa véri­ta­ble nature. Ain­si d’une très belle scène où la jeune reine, inves­tiguant l’épave du navire où ont péri ses par­ents, mobilise les gout­telettes d’eau con­tenues dans les poutres de bois afin de matéri­alis­er par la glace l’image de leur mort, enlacés et prêts à être emportés par une vague. La mémoire affec­tive de l’eau offre en ce sens un accès à la vérité du passé, qui aboutit au retour de l’équili­bre : la réso­lu­tion du con­flit réu­nit alors les deux peu­ples jadis enne­mis. Reste qu’en dépit de ce beau pro­gramme, l’horizon du film est un peu surligné (jusque dans les dia­logues des per­son­nages, qui ver­balisent l’idée que l’eau porterait une mémoire tra­ver­sant le temps). La Reine des neiges 2 peine alors à réin­ven­ter un hori­zon aqua­tique déjà large­ment investi par de récents films tra­vail­lant cette per­spec­tive de l’image numérique, ne serait-ce que dans les récents Aqua­man (un per­son­nage mythologique faisant lit­térale­ment le pont entre terre et eau), Les Ani­maux fan­tas­tiques 2 (la scène, par­mi d’autres, où Newt fait ressur­gir par le moyen d’un sort les images évanes­centes de la veille afin de retrou­ver la trace de sa bien-aimée) ou encore Mor­tal Engines (la fig­u­ra­tion d’un écosys­tème inté­grant les choses inan­imées en les dotant d’un com­porte­ment d’êtres vivants).