Les por­traits de “mère-courage” et de “femme forte” — avec toute la dimen­sion sim­pli­fi­ca­trice et mar­ket­ing qu’impliquent ces ter­mes — ne man­quent pas dans le paysage ciné­matographique con­tem­po­rain. Si le sujet n’est donc pas si orig­i­nal, c’est par l’ambition de mise en scène que ces por­traits filmés se démar­quent les uns des autres. À ce niveau, le pre­mier film de la réal­isatrice hon­groise Zsó­fia Szilá­gyi, Un jour — présen­té en com­péti­tion à la Semaine de la Cri­tique — tente son pro­pre mod­èle : nar­ra­tion ramassée sur presque une seule journée (du jeu­di soir au same­di matin) et mon­tage haché qui découpe une même séquence en une mul­ti­tude de petits éclats. Cette ten­sion entre l’unicité du temps de l’action d’une part et l’accumulation de micro-ellipses d’autre part affiche claire­ment son inten­tion : du réc­it cram­pon­né au quo­ti­di­en le plus prosaïque, le film rêve de pro­pos uni­versel, à la fois pour son per­son­nage (sur le principe “une journée pour dire toutes les autres”) et pour toutes celles sen­sées être représen­tée par elle.

C’est dans cette ambi­tion dis­cur­sive qu’Un jour s’enlise. À se pren­dre pour un Roset­ta de la classe moyenne-haute (même fil­mage vis­sé sur le corps de son héroïne, la caméra en per­pétuel mou­ve­ment pour la garder dans le cadre), le film con­fond les dif­férents enjeux (survie sociale économique et poli­tique dans le film des Dar­d­enne, petites humil­i­a­tions quo­ti­di­ennes dans le déséquili­bre du rap­port hommes-femmes pour celui de Szilá­gyi). Sur ce sujet bien actuel (la charge men­tale, les tâch­es ménagères, le rap­port aux enfants), Un jour reste sou­vent au stade de la car­i­ca­ture, acca­blant les per­son­nages sec­ondaires (le mari est un gou­jat de tous les instants, les enfants sont des têtes à claques, les grands-par­ents for­cé­ment con­ser­va­teurs, l’anonyme de la rue impi­toy­able­ment brail­lard et insul­tant) pour espér­er mieux faire ressor­tir la grandeur d’Anna, se débat­tant sans cesse con­tre tous les élé­ments extérieurs. Mais en ne cher­chant qu’à rem­plir le cadre (d’objets, de mou­ve­ments brusques de caméra, de cris) et à épuis­er le corps de son héroïne par des gros plans très ser­rés, la réal­isatrice asphyx­ie son tra­vail, le ren­dant, para­doxale­ment, à la fois trop lis­i­ble et pro­gram­ma­tique dans son pro­pos et trop illis­i­ble et nauséeux dans sa mise en scène.