Mar­i­ana (Anto­nia Zegers), quadragé­naire issue de la haute bour­geoisie chili­enne, tombe sous le charme de son pro­fesseur d’équitation (Alfre­do Cas­tro), un colonel qui fut tor­tion­naire sous la dic­tature de Pinochet. Ce qui l’attire dans cet homme, c’est vraisem­blable­ment l’exigence, la dis­ci­pline qu’il fait régn­er autour de lui avec une décom­plex­ion que ses rivaux mas­culins n’ont pas. Il est le corps à tra­vers lequel s’ex­prime sans inhi­bi­tion, dans l’e­space présent, l’hor­reur du passé – d’au­tant plus per­tur­bante qu’elle n’est pas spec­tac­u­laire. Dans le dossier de presse du film, la réal­isatrice dit s’être directe­ment inspirée d’un épisode de sa vie pour ébauch­er le réc­it sin­ueux de Mar­i­ana : Marcela Said aurait pris pen­dant deux ans des cours d’équitation avec un ex-colonel au par­cours en tous points sem­blables à celui du per­son­nage de fic­tion qu’elle met en scène. Si une telle con­fronta­tion représente en effet une amorce promet­teuse, Marcela Said rate pour­tant le coche : en choi­sis­sant de réduire les scènes équestres au rôle de points d’attache pour la fic­tion, elle empêche celle-ci de pren­dre racine dans son ter­reau nat­u­ral­iste. Car c’est bien au fond cela que le film voudrait racon­ter : une leçon d’équitation qui se dou­blerait d’une leçon d’histoire. La majeure par­tie du temps, Mar­i­ana se con­tente ain­si de dérouler les pas­sages oblig­és d’un scé­nario beau­coup trop prévis­i­ble dont les rebondisse­ments escomp­tés tombent com­plète­ment à plat.

Mauvaise assiette

De fait, le point de bas­cule du réc­it – l’accusation portée sur le colonel qui ressur­git des années après – vient inutile­ment expliciter une don­née psy­chologique que la pre­mière scène dans le cen­tre équestre avait déjà par­faite­ment mise en forme : cette pas­sion pour la dis­ci­pline qui car­ac­térise le per­son­nage mas­culin. Logique­ment, cette accu­sa­tion éclabousse en retour l’héroïne elle-même, dont le passé refoulé (son père était une con­nais­sance intime du colonel) gagne rapi­de­ment les dimen­sions d’une mémoire nationale douloureuse. Mar­i­ana souf­fre donc avant tout d’un prob­lème d’assiette, cet équili­bre dans la pos­ture que tout cav­a­lier se doit de trou­ver afin d’obtenir une bonne com­mande de sa mon­ture : trop raide, trop pressé d’arriver à ses fins (poli­tiques), le film manque rad­i­cale­ment d’incarnation et tente de faire pass­er ses mal­adress­es en dis­parais­sant sous une tonne d’artifices (plans déco­rat­ifs décon­nec­tés du réc­it prin­ci­pal, musique d’atmosphère).

C’est d’autant plus regret­table que Mar­i­ana laisse par ailleurs entrevoir, au cours de quelques scènes réussies – les fameuses scènes d’équitation –, la belle fable poli­tique au niveau de laque­lle il aurait pleine­ment pu se hiss­er : dans ces scènes où la caméra suit les mou­ve­ments imprévis­i­bles du cheval, la vivac­ité du pro­pos de Marcela Said se fait véri­ta­ble­ment pal­pa­ble. Il suf­fit d’un pas de côté, d’un renâ­clement un peu trop expres­sif de l’animal pour que le sim­ple tour de manège vire au corps à corps ten­du. Dans ces moments-là, le film trou­ve enfin matière à rebat­tre les cartes de son dis­cours un peu trop con­venu en exploitant le poten­tiel cinégénique de ses lou­voiements inces­sants entre le traité de poli­tique et le drame psy­chologique.