Rassem­blant quelques clas­siques du ciné­ma d’animation tchèque (notam­ment Le Petit Para­pluie de Břetislav Pojar, sor­ti en 1957), Quel cirque ! assume fière­ment sa pro­gram­ma­tion axée prin­ci­pale­ment sur le spec­ta­cle ludique — c’est-à-dire le plaisir inno­cent d’une célébra­tion ciné­tique, pro­pre à la plu­part des films des pre­miers temps. Les réal­i­sa­tions mis­ent d’ailleurs avant tout sur le visuel, s’attachant à une expéri­ence sonore rudi­men­taire, qui se rap­proche plutôt du “mick­ey-mou­s­ing” musi­cal. Elles s’inscrivent donc dans une tra­di­tion foraine du ciné­ma, qui fut exploité, durant ses jeunes années, à des fins attrac­tives (dans le sens d’attraction foraine, d’où la célèbre for­mule de “ciné­ma d’attraction”).

Nostalgie des prémisses du cinéma

Les séquences s’enchaînent donc au gré d’une logique de numéros, selon un héritage du music-hall et du cabaret, nég­ligeant volon­taire­ment la dimen­sion nar­ra­tive (c’est-à-dire la con­struc­tion d’un réc­it élaboré). Le pre­mier film met d’ailleurs en scène des jou­ets s’animant le soir grâce à un lutin mag­ique, et exé­cu­tant toute sorte de pirou­ettes spec­tac­u­laires, sans véri­ta­ble enjeu dra­ma­tique. Le thème du cirque se présente alors comme un récep­ta­cle idéal pour y déploy­er, sans lim­ite spa­tiale, ces acro­baties visuelles. Il se dégage bien un réel plaisir enfan­tin de bris­er les con­traintes des lois physiques pour décon­stru­ire l’espace et le re-con­fig­ur­er à l’envie, idéal pres­tidig­i­ta­teur que visait en son temps Georges Méliès.

Finale­ment, les timides esquiss­es nar­ra­tives sont tout autant pliées au ser­vice du spec­ta­cle attrac­t­if. La romance des deux employés du cirque, dans le sec­ond film, se retrou­ve dépouil­lée au prof­it du numéro : leur amour, fig­uré par un cœur au dessus de leur tête (objet immatériel, donc), est saisi par le magi­cien de la troupe, qui s’en sert alors pour son spec­ta­cle. Le troisième film quant à lui fric­tionne sa nar­ra­tion en une suite de sketchs, où l’espace est con­stam­ment réin­vesti pour y accueil­lir de nou­velles scènes comiques (tout est pré­texte à malmen­er M. Prok­ouk, tour à tour avalé par un lion, envoyé à l’hôpital puis à nou­veau blessé par des clous au sol). Cet ensem­ble de sit­u­a­tions, se jouant de la mécanique clas­sique d’épreuves physiques pour son per­son­nage prin­ci­pal, ren­voie aus­si à l’atmosphère enfan­tine du théâtre de mar­i­on­nettes de Guig­nol. En invo­quant et évo­quant les charmes de ces spec­ta­cles juvéniles, Il se dégage de ces films une douce mélan­col­ie, émanant de cette ambi­tion de créer du mou­ve­ment, sans entrav­es et à l’infini.