Si Kings­man : Le Cer­cle d’or sem­ble repro­duire à l’identique la for­mule du pre­mier volet, celle d’un film d’espionnage dés­in­volte et car­toonesque, deux petites dif­férences le dis­tinguent de son aîné. La pre­mière tient à la dis­pari­tion de l’horizon ado­les­cent, au cœur de Kings­man : Ser­vices secrets mais aus­si de X‑Men : First Class du même Matt Vaughn, qui con­férait aux surhommes des deux films (les appren­tis agents de la société secrète d’un côté, les jeunes mutants de l’autre) un sup­plé­ment d’âme et de fragilité con­tenu dans logique nar­ra­tive du réc­it d’apprentissage. La sec­onde, plus embê­tante, con­cerne la muta­tion dis­crète du car­toonesque, qui par­fois se grippe, s’enraie à cause des tra­cas humains qui affectent les per­son­nages. Par exem­ple, lorsque Har­ry Hart (Col­in Firth) s’apprête à rejouer la scène emblé­ma­tique du pre­mier volet où il affrontait les clients belliqueux d’un bar mal famé, la logique de la sit­u­a­tion (l’enchaînement des mots soigneuse­ment choi­sis, l’articulation des coups portés) est per­tur­bée par le trau­ma­tisme subi entre-temps par le per­son­nage, dont les capac­ités physiques et cog­ni­tives ne sont guère au mieux. D’un film à l’autre, l’attachement que porte Vaughn à ses per­son­nages s’est dévelop­pé au point de nuire à ce qui fait leur sin­gu­lar­ité, à savoir un devenir robo­t­ique tra­vail­lé au cœur de la mise en scène (des corps con­di­tion­nés pour la per­for­mance et la gau­dri­ole) qui entre ici en con­tra­dic­tion avec les enjeux portés par le scé­nario (le deuil, la perte, l’amnésie, la crainte de ne pas retrou­ver l’être aimé, etc.)

D’où l’impression que le film, décalque iné­gal mais par instants réus­si du pre­mier volet, s’en tient à une red­ite en-deçà de son mod­èle. Il faut dire que la mise en scène de Vaughn sem­ble elle aus­si piétin­er, ressass­er ce qu’elle s’est déjà employée à faire, à l’image de ces scènes d’actions en plan-séquence où des corps à moitié numériques (voire dans la diégèse à moitié cyberné­tiques) vire­voltent d’un coin à l’autre dans une choré­gra­phie dic­tée par un stan­dard pop. Si ces “morceaux de bravoure” peinent à con­va­in­cre (à l’exception, peut-être, d’une scène dans les Alpes ital­i­ennes où les per­son­nages devi­en­nent de purs pro­jec­tiles), Vaughn retrou­ve ceci dit un peu de son inspi­ra­tion lorsqu’il s’attarde sur les nou­velles fig­ures de ban­des-dess­inées qui peu­plent ici et là l’univers de Kings­man : States­man, l’équivalent améri­cain du ser­vice secret bri­tan­nique, Pop­py, la méchante jouée par Julianne Moore, mais aus­si un prési­dent améri­cain qui par­o­die assez limpi­de­ment l’actuel occu­pant de la Mai­son Blanche. C’est peut-être là d’ailleurs que le film trou­ve son meilleur gag, dans la réponse savoureuse (on n’en dira pas plus) du prési­dent des États-Unis à la démo­ni­aque Pop­py et son plan pour devenir la plus puis­sante femme au monde. Pour le reste, il fau­dra s’en tenir à un pro­gramme hon­nête mais déjà à bout de souf­fle, pré­parant sa suite (le rôle con­fié à Chan­ning Tatum, sous-exploité pour prob­a­ble­ment mieux occu­per le feu des pro­jecteurs dans le troisième volet) et s’appuyant sur ses acquis.