Luxe, calme et volup­té au Lido pour la présen­ta­tion de ce doc­u­men­taire sur le cou­turi­er star Valenti­no. L’ambition est con­tenue dans le titre : il serait donc le dernier des grands – ça tombe bien, Yves Saint Lau­rent vient de mourir… L’Italien, lui, s’est con­tenté de pren­dre sa retraite au bout de 45 ans de car­rière et compte bien prof­iter des hom­mages. Après les expo­si­tions, ce film vient com­pléter son por­trait de manière moins anodine que l’on pour­rait croire. Car après le tra­vail qu’on lui con­naît, vient la per­son­nal­ité de Valenti­no, for­mi­da­ble acteur du film.

Nous le suiv­ons pen­dant la pré­pa­ra­tion de ces derniers défilés, mais aus­si dans des moments plus per­son­nels : tout est rigoureuse­ment back­stage – pour autant que ce terme soit devenu gal­vaudé. Pas­sons donc sur la par­tie clipesque pro­pre à ces films tou­jours un peu pub­lic­i­taires sur les bor­ds, pour nous con­cen­tr­er sur l’aspect plus économique de l’entreprise Valenti­no. La présence de son com­pagnon et gérant Gian­car­lo Giammet­ti y est pour beau­coup. C’est lui qui nous racon­te les étapes du suc­cès de la Mai­son jusqu’à la vente pro­gres­sive du Valenti­no Fash­ion Group à Per­mi­ra orchestrée par le jeune patron Mat­teo Mar­zot­to. Voilà le méchant arriv­iste qui vient servir d’antagoniste dans le bon­heur du cou­ple Giammet­ti-Valenti­no. C’est prob­a­ble­ment là le prin­ci­pal mérite de Valenti­no : The Last Emper­or, doc­u­ment qui nous mon­tre enfin ce qui n’est plus un mys­tère, mais qui demeure sou­vent caché et rarement assumé, à savoir ce qui se passe vrai­ment der­rière ces empires, passés du domaine de l’artisanat à celui du bour­si­er. Mais il n’y a pas assez de place pour deux: Valenti­no choisira de laiss­er son trône, inca­pable d’accepter cette indus­tri­al­i­sa­tion mas­sive et avec elle la baisse de qual­ité. Il a vécu autre chose et n’a pas l’intention de s’adapter. Face caméra, le cou­turi­er ne cache ni sa van­ité capricieuse ni son franc-par­ler, avec l’a­mu­sante dés­in­vol­ture d’une anci­enne star en paix avec elle-même. Le sul­tan aura tout le temps de se gar­garis­er dans ses palais devant son por­trait.