Critikat
Affiche de Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand, 36e édition

Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand, 36e édition

de Marie Amachoukeli, Claire Burger

Par­mi les 160 courts-métrages présen­tés cette année en com­péti­tion au fes­ti­val de Cler­mont-Fer­rand, les sec­tions nationale et inter­na­tionale incar­naient les caté­gories les plus sai­sis­santes, tant la série « Labo » témoignait d’une ten­ta­tive d’expérimentation trop abu­sive pour être réelle­ment per­ti­nente. Mar­qué par une quête mal­adroite d’exhaustivité, aboutis­sant générale­ment à des regroupe­ments thé­ma­tiques super­flus, le fes­ti­val main­te­nait toute­fois un intérêt cer­tain dans son large choix de films, entre les com­péti­tions dites « offi­cielles » (nationale, inter­na­tionale, et « lab­o­ra­toire ») et les caté­gories par­al­lèles (New York Uni­ver­si­ty, Ada­mi, Nikon…), qui per­me­t­taient de com­pléter la pro­gram­ma­tion en créa­tiv­ité et orig­i­nal­ité.
Nous repren­drons néan­moins ici une sélec­tion sub­jec­tive de courts-métrages présen­tés en com­péti­tion nationale et inter­na­tionale.

COMPÉTITION NATIONALE : LA BONNE SURPRISE

Demo­li­tion Par­ty de Claire Burg­er et Marie Ama­chouke­li
Très cer­taine­ment la plus belle trou­vaille de cette nou­velle édi­tion. Décem­bre 2012 : Salomé s’ennuie, et sem­ble touchée par la même incer­ti­tude ado­les­cente face à son devenir que Jean-Benoît, qui appa­raît tout de même plus angois­sé. Heureuse­ment, la fin du monde approche. Très remar­quées au fes­ti­val pour leurs précé­dentes réal­i­sa­tions (For­bach et C’est gra­tu­it pour les filles), les deux cinéastes – tra­vail­lant tou­jours en binôme – pour­suiv­ent une explo­ration extrême­ment sen­si­ble de l’adolescence et du déli­cat pas­sage à l’âge adulte. Le désen­chante­ment est moins matériel que finale­ment idéologique, prenant la forme d’un ques­tion­nement spir­ituel, plus sub­til que les préoc­cu­pa­tions appar­entes des pro­tag­o­nistes. La direc­tion d’acteurs est extrême­ment pré­cise, et priv­ilégie une nou­velle fois une lib­erté d’improvisation, comme pour mieux cristallis­er une spon­tanéité ado­les­cente qui assiste pro­gres­sive­ment à l’effondrement de ses pro­pres repères.

Scars of Cam­bo­dia (Cica­tri­ces du Cam­bodge) de Alexan­dre Liebert
Prix de la Meilleure Musique Orig­i­nale (SACEM), Prix de la Meilleure Pho­togra­phie (Nikon)
Un pêcheur de cinquante-deux ans racon­te pour la pre­mière fois, mal­gré la bar­rière de la langue, les tor­tures subies sous les khmers rouges, l’année de ses quinze ans.
Sans aucun dia­logue, le court-métrage est l’évocation muette de muti­la­tions, et laisse place à un silence glacial, ponc­tué régulière­ment par un « zoom » abusif sur des images fix­es. Mal­gré ce maniérisme, le film n’en demeure pas moins un témoignage trou­blant, très large­ment servi par une pho­togra­phie remar­quable.

Trucs de gosse de Émi­lie Noblet
Prix Canal +
L’efficacité est par­fois syn­onyme de légèreté. C’est ce que tend à démon­tr­er ce court-métrage, qui abor­de le rap­proche­ment amoureux entre une jeune femme au car­ac­tère bien affir­mé (inter­prétée par la pétil­lante Lau­rie Lévêque) tra­vail­lant dans un ciné­ma, et un jeune homme venant tout juste d’être embauché par le même étab­lisse­ment. Mal­gré quelques tics de réal­i­sa­tion lui prê­tant des allures de film légère­ment cod­i­fié (notam­ment à tra­vers des séquences musi­cales trop longues), le court-métrage parvient à com­penser ce défaut par un rythme extrême­ment effi­cace et des dia­logues vifs.

Ori­peaux de Sonia Ger­beaud et Math­ias de Panafieu
Repar­tant injuste­ment bre­douille du fes­ti­val, ce court-métrage d’animation prof­ite d’une thé­ma­tique pro­pre à la fable écologique (le rap­proche­ment entre une jeune fille timide et une meute de coy­otes est com­pro­mis par un groupe d’hommes vio­lents), afin de tiss­er un pro­pos certes moral­isa­teur, mais qui con­traste très large­ment avec l’exploration sub­tile d’une jeune femme en quête d’affirmation.

COMPÉTITION INTERNATIONALE : AUDACE ET RÉCURRENCE THÉMATIQUES

Pride de Pavel Ves­nakov
Grand Prix
Lorsque Manel, ancien tra­vailleur acharné main­tenant à la retraite et grand-père atten­tif, voit ses cer­ti­tudes s’effondrer lorsqu’il apprend que son fils est peut-être homo­sex­uel.
S’il n’est guère nova­teur dans son intrigue, ce court-métrage bul­gare béné­fi­cie d’une réal­i­sa­tion extrême­ment per­son­nelle et per­ti­nente, qui explore la con­fronta­tion entre un grand-père et son fils afin de tiss­er en fil­igrane le por­trait d’un pays partagé entre la néces­sité de muta­tion et la con­ser­va­tion de ses valeurs.

The Boy (Le Garçon) de Ji-Yeon Jung
Sur le chemin de son tra­vail, un homme observe furtive­ment le vis­age d’un jeune garçon, entre pudeur et fas­ci­na­tion. Sous des allures de comédie roman­tique, le film s’apparente davan­tage à un film ovni, qui mêle le rap­proche­ment amoureux à la quête d’inspiration d’un homme se livrant en secret et en marge de son tra­vail, à des activ­ités d’écriture. La réal­i­sa­tion prof­ite du for­mat court (le film durant à peine 12 min­utes) afin de pro­pos­er une série d’instants volés, qui stig­ma­tise l’extrême timid­ité d’un homme soli­taire.

Meu Ami­go Niet­zsche de Faus­ton da Sil­va
Prix du Pub­lic, Prix du rire Fer­nand Ray­naud
Lorsque Lucas, un jeune enfant sans his­toires, décou­vre Niet­zsche et décide d’appliquer minu­tieuse­ment les pré­ceptes enseignés par l’étude du philosophe, il provoque une série d’événements qui vont boule­vers­er son quo­ti­di­en et celui de ses proches. Le court-métrage explore moins l’importance sup­posée de la philoso­phie que la pro­gres­sive affir­ma­tion d’un jeune enfant qui tente de se don­ner des moyens d’emprise sur un réel sou­vent incom­pris.

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Ressources

Palmarès complet (extraits) :

Compétition nationale :
- Grand Prix : La Lampe au beurre de yak de Hu Wei
- Prix Spécial du Jury : Molli de Carine May, Mourad Boudaoud, Yassine Qnia, Hakim Zouhani
- Prix du Public : Inupiluk de Sébastien Betbeder
- Prix Meilleure Première Œuvre de Fiction : T’étais où quand Michael Jackson est mort ? de Jean-Baptiste Pouilloux
- Prix Adami d’Interprétation : Nos violences de Antoine Rimbault
- Mention Spéciale du Jury : D’où que vienne la douleur de Khalil Cheriti

Compétition internationale :
- Grand Prix : Pride de Pavel Veskanov
- Prix Spécial du Jury : Juke-Box d'Ilan Klipper
- Prix du Public : Meu Amigo Nietzsche de Fauston da Silva
- Prix Canal+ : Sequence de Carles Terrens

Compétition Labo :
- Grand Prix et Prix du Public : Noah de Patrick Cederberg, Walter Woodman
- Prix Spécial du Jury : Montana en Sombra, de Lois Patino