Après Blonde, Andrew Dominik renoue avec la forme doc­u­men­taire de ses deux films sur Nick Cave, One More Time With Feel­ing (2016) et This Much I Know to Be True (2022). Dans le pre­mier, Dominik fil­mait les ses­sions d’enregistrement de l’album Skele­ton Tree en adop­tant un dis­posi­tif à l’esthé­tique mar­quée : un noir et blanc tra­vail­lé, une faible pro­fondeur de champ, des flares à n’en plus pou­voir et un rail de trav­el­ling cir­cu­laire lui per­me­t­tant d’effectuer de longs plans-séquences. Bono: Sto­ries of Sur­ren­der reprend ce cadre, mais l’affine encore un peu : d’un côté, il délaisse les plans en caméra portée, tan­dis que de l’autre, il opte pour un scope de prime abord con­tre-intu­itif vis-à-vis de son objet. Car le film con­siste en la cap­ta­tion d’un spec­ta­cle don­né par Bono en 2022, adap­té de son auto­bi­ogra­phie Sur­ren­der. Mi-acteur, mi-chanteur, le fon­da­teur de U2 s’y livre à une sorte d’introspection nar­rée à la manière d’un one man show et ponc­tuée de quelques inter­pré­ta­tions des plus grands suc­cès du groupe.

On peut s’étonner d’une telle panoplie d’ef­fets pour filmer un spec­ta­cle plutôt intimiste (d’au­tant que le plateau qu’ar­pente Bono est de taille restreinte), à l’im­age du mon­tage très découpé, qui sem­ble vouloir com­penser la sim­plic­ité orig­inelle de la mise en scène par une cer­taine emphase. Tel est le para­doxe des films musi­caux d’Andrew Dominik, qui aspirent à l’élé­gance mais com­pi­lent pour­tant les affé­ter­ies. L’usage du scope est de celles-ci : il sert à incor­por­er dans les bor­ds du cadre des cita­tions du livre orig­i­nal du chanteur et, à plusieurs repris­es, par divers jeux de fon­dus, le vis­age de ce dernier. La sat­u­ra­tion d’informations con­duit ain­si petit à petit à un efface­ment des repères scéniques, cul­ti­vant, il faut le con­céder, une légère sin­gu­lar­ité : Dominik fait par­fois sur­gir en off la voix de Bono, indépen­dam­ment de la logique interne du spec­ta­cle, pour faire craque­l­er l’illusion du live. Pas sûr toute­fois que ces quelques astuces changent la donne, la mise en scène s’en ten­ant pour l’essen­tiel à hybrid­er clip, film de con­cert et auto­bi­ogra­phie paresseuse­ment réflex­ive sur la rela­tion de Bono à son pub­lic.