Pour­tant précédé d’une rumeur élo­gieuse, Un Prince de Pierre Cre­ton con­stitue la pre­mière petite décep­tion de ce fes­ti­val. Il s’agit d’un entrelacs de bouts de scènes plus ou moins liées les uns aux autres, dont les plans sont bercés par des voix-off aux tim­bres immé­di­ate­ment recon­naiss­ables (Françoise Lebrun, Math­ieu Amal­ric, Gré­go­ry Gade­bois). Le dis­posi­tif, qui pour­rait sem­bler de loin cryp­tique, sert finale­ment un hori­zon assez limpi­de : la fic­tion et le désir, sem­ble nous dire Cre­ton, ger­ment comme les fleurs d’un jardin secret. Le film sera donc le ter­reau de scènes éro­tiques, d’une bou­ture de réc­it (l’évocation d’un énig­ma­tique « prince ») et d’un métadis­cours sur sa visée esthé­tique. Des pho­tos pornographiques dans lesquelles des fleurs vien­nent par exem­ple pro­longer des phal­lus en érec­tion – là encore, on « cul­tive » l’érotisme et son pro­longe­ment fan­tas­magorique. L’idée est en théorie séduisante, mais reste juste­ment à l’état de théorie ; elle nour­rit davan­tage une médi­a­tion lit­téraire qu’une forme réelle­ment féconde. À quelques plans près, témoignant d’une mal­ice et d’un goût pour les plans étirés (Françoise Lebrun finis­sant con­scien­cieuse­ment son assi­ette de soupe), on reste mal­heureuse­ment un peu sur sa faim.