Présen­té à Un Cer­tain Regard, Demain dès l’aube (du réal­isa­teur de La Tourneuse de pages) part d’un scé­nario et de thèmes qui ne sont pas inin­téres­sants. Le film racon­te la rela­tion de deux frères : l’aîné, Math­ieu (Vin­cent Perez), qui ne vit que pour son méti­er de pianiste et gâche ain­si sa vie famil­iale, et le cadet Paul (Jérémie Renier), pas­sion­né par les jeux de rôles et l’époque napoléoni­enne. Pour pren­dre soin de son frère en l’ab­sence de leur mère hos­pi­tal­isée, pour fuir son cou­ple qui bat de l’aile, Math­ieu vient vivre chez Paul. Il tente de lui faire aban­don­ner sa pas­sion pour les jeux de rôles, mais se retrou­ve à son tour entraîné dans cet univers qui le fascine.

La rela­tion entre ces frères qui se retrou­vent, dans leurs dif­férences, le besoin qu’ils éprou­vent l’un comme l’autre de don­ner des repères à leurs vies (le tra­vail acharné au piano ; les codes des jeux de rôles), la mise en bal­ance de la réal­ité (la vie de famille de Math­ieu, la mal­adie de la mère) et de l’imag­i­naire ou de l’art (une époque admirée révolue, la musique)… sont des sujets rich­es à exploiter. Ils sont hélas fort mal traités, le film alter­nant entre plat­i­tude et lour­deur. Nous sommes sans cesse guidés et ne dis­posons d’au­cun espace à inve­stir seuls. Les dia­logues sont expli­cat­ifs et atten­dus, la caméra nous désigne ce à quoi être atten­tif (par exem­ple, par des trav­el­lings avant sur les vis­ages lors de pics émo­tion­nels), la musique, impor­tante pour le réal­isa­teur égale­ment musi­cien, est lour­de­ment redon­dante. Le jeu figé des comé­di­ens empêche de faire exis­ter leurs per­son­nages, on ne croit pas en ce qui se dégage de leur rela­tion. Renier sur­joue la pas­sion pour les jeux de rôles et son bon­heur à retrou­ver son frère, Math­ieu sur­joue l’homme tal­entueux en crise exis­ten­tielle, sur­pris d’être entraîné vers l’in­con­nu. Rien ne respire et on s’en­nuie, les scènes entre frères, avec la mère mourante ou l’épouse délais­sée, ne sont chargées d’au­cune émo­tion, les com­bats pen­dant les jeux de rôle, inscrits dans une his­toire à laque­lle on ne s’in­téresse pas, sont laborieux.