Ce pre­mier long-métrage doc­u­men­taire d’An­dreï Schtak­l­eff et Jonathan Le Fourn est un grand acte de résis­tance con­tre la poli­tique déshu­man­isée menée par notre pays, notam­ment celle de Sarkozy et sa bande. On est ici à Calais – on pour­rait être dans un autre lieu –, auprès d’individus, héros mag­nifiques, qui aident les migrants à sur­vivre et à gag­n­er des ter­ri­toires qui pour­raient les accueil­lir. Par les paroles lyriques d’un nar­ra­teur, qui sem­ble être un ancien résis­tant, les sans-papiers sor­tent du statut d’étrangers sans noms et de mass­es incer­taines pour devenir des êtres à part entière; ils relèvent du mythologique : le film leur donne un aspect sacré en les ren­dant tout sim­ple­ment humain. Lors d’une séquence touchante, un employé com­mu­nal sym­pa­thique nous explique avec une belle naïveté com­ment il s’occupe d’enterrer les corps des indi­vidus qui ont risqué leur vie pour attein­dre d’autres con­trés. Les paroles de cet homme, pour­raient prêter à sourire par l’aspect absurde des sit­u­a­tions qu’il décrit ; elles ne font que ren­forcer l’horreur d’une réal­ité inac­cept­able. Ce qui est fort dans ce doc­u­men­taire, c’est que les réal­isa­teurs nous mon­trent les dif­fi­cultés des tra­vailleurs soci­aux, des bénév­oles et autres révoltés au grand cœur – le per­son­nage Mous­tache – qui se bat­tent avec leurs pro­pres moyens afin d’aider des per­son­nes au bord de la rup­ture. Ils sont fichés, écoutés par la police, mais ils refusent d’adhérer à notre trag­ique déshu­man­i­sa­tion. C’est fort et beau, comme ce nar­ra­teur venant faire écouter le “Chant des par­ti­sans” lors d’une réu­nion d’anciens com­bat­tants. Un véri­ta­ble acte de résis­tance con­tre un patri­o­tisme qui vire à la xéno­pho­bie.