Ce compte ren­du a été réal­isé à par­tir de dif­férentes notules écrites par les étu­di­ants en L3 Arts du spec­ta­cle de l’Université Paris Nan­terre, dans le cadre du TD « Pra­tique de la cri­tique » dis­pen­sé par Chloé Cav­il­li­er, mem­bre de la rédac­tion.  

Du 2 au 11 févri­er se déroulaient à Saint-Denis les 23e Journées ciné­matographiques, con­sacrées cette année aux « regards satel­lites » : en met­tant la marge au cen­tre, le fes­ti­val per­me­t­tait d’arpenter de nou­veaux hori­zons ciné­matographiques. L’édition aura ain­si per­mis la (re)découverte de Patrick Wang et en par­ti­c­uli­er de In the Fam­i­ly (2011), dans lequel Joey se bat pour récupér­er la garde de son fils adop­tif Chip après le décès de son con­joint Cody. Le foy­er chaleureux des débuts se refroid­it peu à peu, la mort cédant la place à un quo­ti­di­en soli­taire et silen­cieux : le pro­tag­o­niste se retrou­ve régulière­ment seul au milieu de chais­es vides, que ce soit à l’hôpital ou après un dîn­er entre amis, comme s’il man­quait tou­jours quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Le réc­it oscille alors entre la soli­tude éprou­vée face à la perte d’un être cher et sa mise à l’écart, par l’entremise d’une belle-famille qui prend des déci­sions sans le con­sul­ter ou du regard déshu­man­isant d’un avo­cat. Le per­son­nage se situe d’ailleurs régulière­ment au bord du cadre comme dans la scène de l’hôpital où, lorsqu’on lui empêche de ren­dre vis­ite à son con­joint, il est filmé en légère con­tre-plongée à tra­vers les bar­reaux d’une fenêtre accen­tu­ant son isole­ment. Le pro­tag­o­niste appa­raît alors sou­vent de dos, don­nant à imag­in­er et peut-être à ressen­tir davan­tage les émo­tions qu’il est impos­si­ble de dis­tinguer. La caméra fait office de témoin et respecte l’intimité des per­son­nages à l’image de cette scène où, n’osant déranger l’enfant en pleine écoute d’un enreg­istrement envoyé par Joey, elle reste au seuil de sa cham­bre.

Le fes­ti­val s’intéressait aus­si à des marges géo­graphiques, s’aventurant dans des ter­ri­toires peu explorés par le ciné­ma, à l’instar de la périphérie parisi­enne cap­turée par Pierre-Édouard Dumo­ra dans Le Trans­for­ma­teur. En fil­mant sa marche du 16e arrondisse­ment de Paris jusqu’au trans­for­ma­teur élec­trique de Clichy-sous-Bois, où Zyed Ben­na et Bouna Tra­oré ont trou­vé la mort alors qu’ils ten­taient d’échapper à la police, le réal­isa­teur accom­plit une véri­ta­ble per­for­mance. Avec sa caméra sub­jec­tive, le film réus­sit à nous immerg­er pleine­ment dans l’épisode trag­ique qui a pré­cip­ité les émeutes de 2005. Un focus était égale­ment con­sacré à Win­nipeg, ville isolée du Cana­da et berceau du réal­isa­teur Guy Maddin. Cet impor­tant vivi­er ciné­matographique se dis­tingue notam­ment par son attrait pour l’expérimentation, à l’œuvre dans The Goose de Mike Maryniuk où un jeune homme muet tente de fuir sa ville à la recherche de sa voix. Au-delà de Win­nipeg et de ses étranges habi­tants, le film explore un mélange inhab­ituel de tech­niques d’animation et d’effets psy­chédéliques, artic­u­lant de manière aus­si inven­tive que déroutante marges sociales et formelles.

Avec la con­tri­bu­tion de : Fiona Bazarel­lo, Héloïse Brun, Katy Capela, Antoine Dela­lande, Éline Escan­de de Messieres, Bar­bara Gény, Idriss Laï­douni, Jade Lavergne, Car­lot­ta Sevestre, Théodore Splenger, Paul Surée, Antonin Vice­do