Dia­logues vir­ils et gross­es pétoires : en 1992, Reser­voir Dogs posait l’u­nivers de Quentin Taran­ti­no comme fleu­rant bon la testostérone. Des années plus tard, les Kill Bill et Boule­vard de la mort imposent le réal­isa­teur non seule­ment comme capa­ble de sub­ver­tir les codes du film mâle au prof­it d’une relec­ture fémi­nine, mais encore comme un véri­ta­ble fémin­iste. Au fil de son œuvre encore pass­able­ment lim­itée, le rap­port de Taran­ti­no à ses per­son­nages féminins, sou­vent cen­traux, a certes évolué, presque chronologique­ment sem­ble-t-il. Mais est-ce bien le cas?

Dans les colonnes du Figaro, en 1993, Quentin Taran­ti­no, adoubé par le pub­lic et la cri­tique nou­veau Won­der Boy du ciné­ma améri­cain avec Reser­voir Dogs, reve­nait sur sa pro­pre per­cep­tion du ciné­ma. «Dans un film, il y a une logique, qu’elle soit émo­tion­nelle, esthé­tique ou nar­ra­tive. Exem­ple : si vous faites un film de guerre, il n’y aura pas de femmes. Si on vous impose des femmes, il faut refuser.» Pro­pos trans­mis à Taran­ti­no 2009, lui qui donne un rôle cen­tral à Mélanie Lau­rent et Diane Kruger dans Inglou­ri­ous Bas­ter­ds – une place cen­trale de per­son­nage sac­ri­fié, cepen­dant. Taran­ti­no con­sacré grand défenseur de la femme pour les valkyries de Kill Bill et de Boule­vard de la mort, aurait-il retourné sa veste? Ou cette pos­ture n’est-elle avant tout qu’un fan­tasme savam­ment entretenu?

Reservoir Dogs / Pulp Fiction : où sont les femmes?

pulp-fiction.jpg
Vin­cent Vega et Mia Wal­lace

En 1992, pour son film noir (avec chemise blanche et cra­vate, certes) par excel­lence, Reser­voir Dogs, fidèle au machisme fan­faron de ses pro­pos déjà cités, évac­ue la ques­tion fémi­nine. On est entre hommes, ici, que dia­ble ! Reser­voir Dogs est, évidem­ment, un film de com­bat : on se bat à coups de mots, ou à coups de flingues. Pas­sons sur la sym­bol­ique péné­trante des mul­ti­ples armes à feu qui posent le point final des joutes ver­bales, pour revenir sur celles-ci, et plus par­ti­c­ulière­ment la toute pre­mière séquence, le ren­dez-vous au din­er où la con­ver­sa­tion se tisse autour du pour­boire de la serveuse et de la sig­ni­fi­ca­tion réelle de Like a Vir­gin de Madon­na (la chanteuse dédi­cac­era plus tard un album à Taran­ti­no avec le mes­sage : «To Quentin. It’s about love, not dicks» – «À Quentin. Ça par­le d’amour, pas de bites.»). Comme plus tard ses per­son­nages féminins dans Boule­vard de la mort, les per­son­nages de Taran­ti­no passent le temps en par­lant sexe, autour de l’in­ter­pré­ta­tion de la chan­son, puis passent à un dis­cours plein de com­miséra­tion autour de la pau­vre con­di­tion des serveuses de din­er : paroles, paroles, paroles… mais on atten­dra en vain la moin­dre appari­tion fémi­nine. Une fois sor­tis de l’en­droit, les Dogs sont filmés au ralen­ti, mag­nifiés par la mise en scène comme par leurs cos­tumes, par leurs atti­tudes si cool: on vient de ren­tr­er dans le film à pro­pre­ment par­ler, fini les femmes. Taran­ti­no sac­ri­fi­ait-il aux codes du film noir, ou était-il sim­ple­ment misog­y­ne? La ques­tion restait posée…

Deux ans plus tard, Taran­ti­no livre le film de sa con­sécra­tion, Pulp Fic­tion, avec en fig­ure de proue une Uma Thur­man vénéneuse, entre Bet­ty Page et Anna Kari­na. Est-ce pour autant que le film est celui de Mia Wal­lace, la sen­suelle épouse de Mar­cel­lus Wal­lace? Indé­ni­able­ment, les femmes devi­en­nent dans le sec­ond film de Taran­ti­no une force motrice des actions des hommes : Mia Wal­lace mène Vin­cent Vega (Tra­vol­ta) par le bout du nez (ain­si, dit la rumeur, que le mal­heureux Antwan, lancé par la fenêtre par son mari pour lui avoir fait un mas­sage des pieds) ; Fabi­enne (Maria de Medeiros) sem­ble être la seule per­son­ne pour laque­lle Butch laisse son tem­péra­ment bagar­reur de côté, quitte à se met­tre réelle­ment en dan­ger pour cela ; et Yolan­da «Hon­ey Bun­ny» (Aman­da Plum­mer) sem­ble indé­ni­able­ment domin­er le cou­ple (de braque­urs) qu’elle forme avec Ringo «Pump­kin» (Tim Roth). Mais plus encore que les femmes elles-mêmes, c’est avant tout la peur des femmes qui provo­quent les actions des hommes : Jody (Rosan­na Arquette) met mal à l’aise Vin­cent Vega, pour­tant un tueur accom­pli, par un sim­ple «c’est un truc sex­uel» pour expli­quer son pierc­ing sur la langue ; Yolan­da est à la fois crainte par Ringo et par Jules Win­ni­field (Samuel L. Jack­son) comme celle qui peut tout faire dégénér­er lors de l’at­taque du restau­rant ; Mia existe dans le film bien avant son arrivée à l’écran par l’in­quié­tude qu’elle sus­cite chez ces messieurs, une crainte qui demeure une fois que Vin­cent et elle sont en présence ; pour finir sur la légendaire Bon­nie, épouse de Jim­my (Taran­ti­no), qui provoque l’in­ter­ven­tion de Win­ston Wolf (Har­vey Kei­t­el) pour faire dis­paraître une voiture encom­brée du cadavre de Mar­vin – une Bon­nie qu’on ne ver­ra jamais, ce qui n’empêchera pas sa présence de se faire sen­tir…

Finale­ment, tout Pulp Fic­tion appa­raît comme une ten­ta­tive pass­able­ment machiste pour dépein­dre la femme comme bien pire que l’homme : plus vio­lente, plus per­fide. En effet, l’hu­mour clin d’œil de Taran­ti­no dans son film ressem­ble à s’y mépren­dre à une his­toire racon­tée en présence unique­ment vir­ile : finale­ment, les pau­vres hommes peu­vent faire les malins avec des armes démesurées, il suf­fi­ra d’un regard d’une femme pour les réduire à néant. La mise en scène des rap­ports hommes-femmes fonc­tionne ain­si comme un affron­te­ment – la ren­con­tre entre Mia Wal­lace et Vin­cent Vega au Jack Rab­bit’s Slim ayant même toutes les apparences d’un duel, jusque dans la fameuse scène de danse. Avec son esthé­tique car­toonesque et son ultra­vi­o­lence, Pulp Fic­tion, comme les mag­a­zines à bon marché dont il s’in­spire, se prête à le représen­ta­tion des plus bas instincts – d’un point de vue qui se révèle très mas­culin. Lorsqu’il s’ag­it de dépein­dre la femme, elle le sera tou­jours avec peur et incom­préhen­sion. Lorsqu’il s’ag­it de dépein­dre l’homme, par con­tre, il con­vien­dra tou­jours de se ras­sur­er sur sa puis­sance, bien sûr avec force armes à feu et meurtres divers – mais égale­ment via le per­son­nage de Butch, le boxeur on en peut plus vir­il. Quelle impor­tance revêt réelle­ment la mon­tre de son père pour Butch? Celle-ci a été con­servée, des années durant, par son père et un autre sol­dat, dans leur anus pour échap­per aux fouilles des enne­mis dont ils étaient pris­on­niers. Le legs de ces deux hommes au jeune Butch n’est pas tant l’ob­jet lui-même que la ter­ri­ble humil­i­a­tion qu’il a fal­lu subir pour le ramen­er. Non seule­ment il s’est agi de subir une péné­tra­tion, mais encore une sodomie – le soupçon de l’ho­mo­sex­u­al­ité : pour ces hommes qu’on devine facile­ment fiers de leur mâle viril­ité, la honte est ter­ri­ble. Et lorsque Butch se retrou­ve à devoir ris­quer sa peau pour retrou­ver ce legs ô com­bi­en impor­tant (par la faute d’une femme), il se retrou­ve, évidem­ment, à la mer­ci de deux vio­leurs suin­tants (et d’une “crampe”). For­cé­ment, lorsqu’il s’a­gi­ra de se venger de ces deux-là, Butch choisira une arme… pour sa taille – dans son monde mâle à out­rance, on gagne quand on a la plus grosse.

On est donc en droit de se deman­der : Taran­ti­no, indé­ni­able­ment capa­ble de jouer avec les codes, s’a­muse t‑il des codes machos du pulp – ou va-t-il dans leur sens? Il y a fort à pari­er que l’in­suc­cès relatif et l’im­pop­u­lar­ité de son film suiv­ant, Jack­ie Brown, présen­té d’un point de vue bien plus féminin, vienne don­ner un indice à la fois du tem­péra­ment de joueur du réal­isa­teur – et de l’at­tache­ment d’une grande par­tie de son pub­lic mas­culin à ces codes du ciné­ma vir­il…

Jackie Brown : la femme de l’ombre

Jack­ie Brown

1997 : cinq ans après l’af­faire Rod­ney King et les émeutes de Los Ange­les, Taran­ti­no lance avec Jack­ie Brown son plus beau pavé dans la mare – une résur­rec­tion en règle de la blax­ploita­tion, avec un nom­bre de «nig­ger» («nègre») impres­sion­nant dans les dia­logues, suff­isam­ment pour que le volon­tiers moral­isa­teur Spike Lee dénonce le film comme «pas cool». Spike Lee n’est pas le seul à être remon­té con­tre le film : les fans sont pour une bonne part désta­bil­isés par le nou­veau film du réal­isa­teur, un scé­nario de polar blax­ploita­tion pur, à la réal­i­sa­tion moins tape-à-l’œil, sans les digres­sions cou­tu­mières à Taran­ti­no (si ce n’est pour la scène acmé du film, l’échange) – et avec au cen­tre de l’in­trigue, une femme.

Et pas n’im­porte quelle femme : icône de la blax­ploita­tion, le pre­mier “genre” ciné­matographique à par­ler des Noirs avec des Noirs à l’écran dans les rôles cen­traux, Pamela Gri­er est une fig­ure sul­fureuse. Sen­suelle en dia­ble (elle est, du pro­pre aveu de Taran­ti­no, l’un de ses fan­tasmes ado­les­cents – à tel point que Pam Gri­er s’é­tant présen­tée pour le rôle tenu par Rosan­na Arquette dans Pulp Fic­tion, le réal­isa­teur lui a refusé parce qu’il n’é­tait pas digne d’elle), l’ac­trice gagne sa pop­u­lar­ité dans des films comme Foxy Brown ou Coffy, la pan­thère noire de Harlem – une pop­u­lar­ité qui, à l’époque (les années 1970), est déjà en soi une provo­ca­tion pour le pub­lic noir améri­cain auquel s’adresse le genre. Per­son­nage pub­lic aux antipodes des codes machistes dudit pub­lic, Pam Gri­er est vue, avec Aretha Franklin ou Toni Mor­ri­son, comme une fig­ure majeure de l’é­man­ci­pa­tion de la femme noire.

Rien n’est véri­ta­ble­ment inno­cent con­cer­nant les choix de Taran­ti­no pour Jack­ie Brown: d’une part, il fustige le dis­cours cauteleux et malaisé des années post-émeutes en livrant un film ciné­matographique­ment – et musi­cale­ment – voulu comme un hom­mage à la cul­ture noire améri­caine des années 1970, cer­taine­ment pas une cul­ture du com­pro­mis ; d’autre part, il ramène à l’écran l’icône provo­ca­trice de ces années là, une actrice dont la car­rière même est un exem­ple fémin­iste. Nous sommes loin, avec Jack­ie Brown, des cir­con­vo­lu­tions thé­ma­tiques de ses précé­dents films : en abor­dant de façon frontale son polar avec Pam Gri­er en vedette, Taran­ti­no place cette fois de plein droit la femme au cen­tre de son ciné­ma.

Il s’ag­it, cer­taine­ment, pour le réal­isa­teur, de pour­suiv­re dans la provo­ca­tion avec ce qui appa­raît comme son por­trait de femme le plus intense : visuelle­ment, tout d’abord. La séquence qui débute le film place immé­di­ate­ment Pam Gri­er, un quadragé­naire arrondie par l’âge, au cen­tre du regard d’une caméra gour­mande, sen­suelle, qui la filme sous tous les angles, comme pour mieux, à la fois, en faire le cen­tre de l’in­trigue, et aimer l’im­age de cette femme. Lorsque Jack­ie se plaint à Max Cher­ry (Robert Forster), son prê­teur de cau­tion, du fait que l’âge ait accen­tué ses formes, celui-ci, un homme de près de 60 ans, lui réplique «il n’y a rien de mal à ça». Non seule­ment la femme a le droit d’être le cen­tre de l’écran, d’être le cen­tre de l’in­trigue, capa­ble de duper tout le monde, mais elle a le droit de vieil­lir, de ne pas rester pris­on­nière d’une image par­faite voulue par une société fon­da­men­tale­ment phal­locrate. Et, de même, un homme d’un cer­tain âge peut tenir un dis­cours sex­uelle­ment act­if, sous-enten­dre qu’il pour­rait aller au-delà des mots…

Est-ce Taran­ti­no qui par­le par la voix de Max Cher­ry? Peut-être bien. Lors de la superbe scène finale du film, Max, qui a aidé Jack­ie à par­venir à ses fins, se voit offrir de l’ac­com­pa­g­n­er en Espagne – et, en fil­igrane, partout ailleurs – mais il refuse. «Je vous fais peur?», lui demande-t-elle. Et lui de répon­dre par l’af­fir­ma­tive – Taran­ti­no avouerait-il ici, avec ten­dresse et sagesse, ce qu’il a dit via les fan­faron­nades de Pulp Fic­tion, qu’il aime et craint les femmes à la fois?

Qu’en est-il des autres femmes du film? On peut dis­tinguer trois groupes : les femmes soumis­es, les hommes au con­trôle, et l’élec­tron libre, Jack­ie. Ordell Rob­bie (Samuel L. Jack­son), Louis (De Niro), l’a­gent Nico­lette (Michael Keaton) ou Max Cher­ry sont tous dans des posi­tions de force, de par leur emploi – tous cherchent égale­ment à manip­uler les femmes, et Jack­ie en par­ti­c­uli­er, Max Cher­ry excep­té. Face à eux, les femmes d’Ordell : l’une, Sheron­da, est une «petite cam­pag­narde» tim­o­rée et ter­ri­fiée, la sec­onde, Simone, une femme mûre égale­ment à la botte d’Ordell, puis la délurée Melanie (Brid­get Fon­da) et Jack­ie Brown. Sheron­da est indé­ni­able­ment ter­ror­isée par Ordell, Melanie pay­era de sa vie ses quelques ten­ta­tives d’ex­is­ter face à Louis et Ordell, Simone sera vouée aux gémonies pour avoir volé 10.000 $… Tou­jours, la vio­lence appa­raît comme le moyen de con­trôle du mâle sur les femmes.

Seule se dis­tingue Jack­ie. Si elle ose saisir l’op­por­tu­nité de se dress­er con­tre tout ceux qui tente de l’op­press­er, ce n’est pas avec l’ar­ro­gance sur­puis­sante d’Ordell ou de Nico­lette – Jack­ie a ses doutes, ses peurs, et le courage de leur faire face et de vivre avec eux. La chan­son thé­ma­tique du film, le superbe morceau Across 110th Street de Bob­by Wom­ack, com­mence sur ces paroles : «J’é­tais le troisième fils par­mi cinq enfants / J’ai fait ce que j’ai dû pour sur­vivre / Je ne dis pas que ce que j’ai fait était juste / Essay­er de se sor­tir du ghet­to était un com­bat de chaque jour» – si c’est la chan­son qui accom­pa­gne le début du film, c’est égale­ment celle que susurre Jack­ie dans sa voiture, alors que l’ar­naque qu’elle pro­jette est en cours : ce qu’elle fait n’est pas juste, ni glo­rieux, ni droit, mais il s’ag­it de faire ce qu’elle peut si elle veut s’en sor­tir.

Con­traire­ment au reste des per­son­nages de sa fil­mo­gra­phie, Taran­ti­no ne filme pas Jack­ie Brown comme une car­i­ca­ture. Elle n’est ni une icône de per­fec­tion des canons de la mode, ni jeune, ni pure dans ses inten­tions ou dans ses moyens – il s’ag­it, pure­ment et sim­ple­ment, du per­son­nage le plus humain de la fil­mo­gra­phie de Taran­ti­no. Une human­ité qui transparaît dans l’un des plus beaux plans du film, et prob­a­ble­ment de la fil­mo­gra­phie du réal­isa­teur, lorsque Jack­ie, au moment suprême de lancer l’ar­naque, se regarde dans le miroir de la cab­ine d’es­sayage. Et Taran­ti­no de filmer ce per­son­nage ambigu, com­plexe, hérité à la fois du roman d’El­more Leonard et de sa capac­ité d’analyse de ses pro­pres obses­sions, avec une sen­si­bil­ité et une finesse qui lui fera défaut dans ses films postérieurs. Jack­ie ni besoin d’un sabre, ni d’une voiture pour se sen­tir l’é­gal d’un homme – une fig­ure fémi­nine et fémin­iste, éclip­sée cepen­dant par les plus lis­i­bles et grandil­o­quentes fig­ures de femmes à venir.

De Kill Bill (2003–2004) à Boulevard de la mort (2007) : vers une hégémonie féminine totale ?

« Je me sou­viens que, à la sor­tie de Reser­voir Dogs, nous nous sommes dit que si nous avions rem­placé nos “dogs” par des filles, le film aurait déclenché une énorme polémique. J’aurai adoré ça. Kill Bill, c’est un peu mon Reser­voir Bitch­es ! » – Quentin Taran­ti­no (2004).[1]

Beat­rix Kid­do : la femme sur­puis­sante

Beat­rix Kid­do

Dans ce rôle physique et éprou­vant, Uma Thur­man incar­ne une féminité toute-puis­sante, ali­men­tée par un désir de vengeance, que seul l’abattage méthodique de ses enne­mis saura apais­er. L’ouverture de Kill Bill Vol­ume 1 (reprise dans le sec­ond volet) annonce avec un pou­voir de syn­thèse rare les enjeux du film. Après quelques car­tons rétro indi­quant le début du pro­gramme, l’écran est lais­sé noir. Le souf­fle hale­tant d’une femme occupe tout l’espace. Les mots suiv­ants appa­rais­sent alors sur la toile aveu­gle : « Revenge is a dish best served cold » (la vengeance est un plat qui se mange froid). Le car­ton laisse place à un gros plan en noir et blanc. Il s’agit du vis­age d’une femme cou­verte de sang et de sueur, por­tant un voile de mar­iée. Court insert sur les pieds d’un homme. Le gros plan souligne alors la peur mêlée à la douleur sur le vis­age de la femme. La voix de l’homme emplit l’étau visuel du plan ser­ré. Sa main fait intru­sion dans le champ pour venir caress­er le vis­age mac­ulé de sang de la mar­iée à l’aide d’un mou­choir. Sur le car­ré de tis­su, un nom : Bill. Le spec­ta­teur iden­ti­fie l’homme à abat­tre (Kill Bill=Tuer Bill). Cette présence mas­cu­line envoû­tante demeure ellip­tique, comme elle le sera tout au long de ce pre­mier volet, où Bill n’est que frag­ments de mas­culin : une voix pro­fonde, des mains fortes. Ten­tant de repren­dre son souf­fle, la femme parvient à pronon­cer une seule phrase : « Bill, it’s your baby » (Bill, c’est ton enfant). Sur la dernière syl­labe, l’homme lui décoche une balle dans la tempe gauche. L’écran devient noir à nou­veau et le générique défile sur la voix fémi­nine de la chan­son « Bang bang ». Dans cet incip­it aus­si court qu’efficace, la femme n’est définie que dans son rap­port à l’homme : elle est « l’épouse de » et « la mère de l’enfant de ». Clouée au sol, privée de sa mobil­ité, elle est présen­tée comme le jou­et d’une force mas­cu­line suprême. Mais la présence du nom « Bill » dans le cadre de l’image con­stitue un indice pro­gram­ma­tique de la vengeance future de cette femme ago­nisante, présen­tée comme une proie sans défense, égérie de toutes les femmes vic­times de vio­lences.

On octroie com­muné­ment à la femme une duplic­ité étrangère au com­porte­ment mas­culin. Per­son­nage majeur de l’univers taran­ti­nien, la Mar­iée ne dément pas cette dimen­sion ver­sa­tile. Désignée par des noms mul­ti­ples, quand son iden­tité n’est pas masquée par un bip sonore, elle n’est jamais ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même : la Mar­iée (le jour de ses noces sanglantes), Arlene (fiancée de Tom­my Plymp­ton), Jane Doe (incon­nue dans le coma), Black Mam­ba (mem­bre du détache­ment inter­na­tion­al des vipères assas­sines), Beat­rix Kid­do (sa véri­ta­ble iden­tité). Loin d’être le recy­clage d’un lieu com­mun machiste sur la psy­cholo­gie fémi­nine, la mul­ti­plic­ité de Beat­rix Kid­do témoign­erait davan­tage de l’adaptabilité d’un per­son­nage tenace et vif, capa­ble de se relever du com­bat le plus ath­lé­tique et sanglant pour atta­quer le suiv­ant avec une fraîcheur et une énergie désar­mantes. Le dip­tyque Kill Bill mar­que un tour­nant dans l’emprise des femmes sur la diégèse taran­ti­ni­enne. Le cinéaste écrit pour la pre­mière fois un réc­it filmique guidé par la tra­jec­toire d’un seul per­son­nage et choisit une fig­ure fémi­nine comme seul vecteur du regard du spec­ta­teur. Beat­rix Kid­do est l’unique moteur de cette nar­ra­tion éclatée, dont elle influ­ence l’organisation par sa parole direc­trice. Sa voix lance les flashs-backs per­me­t­tant de décou­vrir des bribes de son passé ou de celui de ses cibles.

À El Paso, au Texas, Beat­rix Kid­do, sous le nom d’Arlene, comp­tait épouser un cer­tain Tom­my pour offrir une vie calme et sûre à l’enfant qu’elle por­tait. Mais, sur l’ordre de Bill, le gang des Vipères Assas­sines (Ver­ni­ta Green, O‑Ren Ishii, Budd et Elle Dri­ver) mas­sacre toutes les per­son­nes présentes à la répéti­tion du mariage. Beat­rix échappe mirac­uleuse­ment à la mort, mais passe qua­tre ans dans le coma. À son réveil, l’ex-femme enceinte décou­vre avec douleur son ven­tre vide, avant d’apprendre qu’elle a été régulière­ment vio­lée par un infir­mi­er qui arrondit ses fins de mois en pros­ti­tu­ant les patientes léthargiques. C’est de la bouche de cet ultime bour­reau qu’elle apprend sa stéril­ité. De cette féminité mutilée, humil­iée et souil­lée, sur­git un être vengeur dont l’énergie surhu­maine dégage une viril­ité cer­taine, servie par l’androgynie d’une Uma Thur­man d’1m83. La force du per­son­nage féminin est pro­por­tion­nelle aux épreuves aux­quels il est con­fron­té. Inca­pable de faire usage de ses jambes après qua­tre années d’immobilité, Beat­rix parvient tout de même à tuer l’infirmier-proxénète et son client avec une sauvagerie jubi­la­toire pour les spec­ta­teurs des deux sex­es. La femme ven­ger­esse va ensuite se charg­er de signes osten­ta­toires de viril­ité tout au long de sa quête des respon­s­ables du mas­sacre d’El Paso. Elle se déplace au volant du « Pussy Wag­on », le truck volé à l’infirmier, puis sur une moto vrom­bis­sante, et enfin avec une voiture décapotable digne d’un film noir (genre misog­y­ne par excel­lence). Pour se con­fron­ter à O‑Ren Ishii (Lucy Liu), elle appa­raît dans une com­bi­nai­son de cuir jaune et noir, réplique de celle de Bruce Lee dans son dernier film inachevé, The Game of Death. La femme lais­sée pour morte endosse la tenue d’un défunt pour son­ner le glas de sa renais­sance. Le par­cours de Beat­rix est en effet celui d’une renais­sance per­ma­nente, phénomène ironique pour celle qui n’a pu don­ner nais­sance. Elle renaît en s’éveillant de son coma, en par­venant à faire bouger ses jambes amor­phes après treize heures d’effort et de con­cen­tra­tion, en réus­sis­sant à s’extraire du cer­cueil où Budd l’a enter­ré vivante, en renouant enfin avec la mater­nité.

Beat­rix Kid­do est un pur per­son­nage de film d’action, incar­na­tion d’une féminité libérée de toute entrave mas­cu­line. Si elle détonne dans le paysage ciné­matographique occi­den­tal, elle est inspirée de la femme guer­rière du ciné­ma d’action asi­a­tique, où elle con­stitue une fig­ure arché­typ­ale. Dans Kill Bill, la femme est vir­il­isée par la vio­lence sanglante des com­bats, mais elle est aus­si sub­limée par leur qual­ité choré­graphique qui lui offre une maîtrise totale et vir­tu­ose de l’espace. Cette dom­i­na­tion spa­tiale est par­ti­c­ulière­ment vis­i­ble dans la longue scène précé­dant la con­fronta­tion directe entre Beat­rix et O‑Ren Ishii. Dans un night-club pos­sé­dant des salons privés à l’étage, Beat­rix affronte d’abord le gang des Crazy 88 sur la piste de danse du niveau inférieur, util­isant le mobili­er pour rebondir et vire­volter d’un adver­saire à l’autre dans des cas­cades mêlant l’influence du film de kung-fu, du film de sabre et des envolées à la John Woo. Elle passe à l’étage d’une salle à l’autre, comme pour mieux piéger ses adver­saires vers une mort cer­taine. Elle finit vic­to­rieuse, debout sur la ram­barde de la mez­za­nine, filmée en con­tre-plongée au-dessus d’un parterre de corps ago­nisants. Mal­gré la vio­lence des coups reçus au fil des scènes, Beat­rix se lance dans chaque com­bat comme s’il s’agissait du pre­mier, avec une force renou­velée. À la fin du vol­ume 2, Bill la com­pare d’ailleurs à Super­man, dans le seul mono­logue taran­ti­nesque du dip­tyque, refu­sant l’idée qu’elle puisse vouloir se con­tenter d’une exis­tence à la Clark Kent (en devenant Arlene Plymp­ton) alors que sa nature est d’être une super héroïne (la tueuse vir­tu­ose et infati­ga­ble Black Mam­ba). Mais cette sur­femme n’existe que par la dépense physique : ses pro­pos sont lap­idaires et rares, ce qui est con­traire au style vol­u­bile des per­son­nages taran­ti­niens[2]. Privée du don de la parole, Beat­rix perd de son human­ité. L’exécution de la vio­lence a beau con­stituer une dépense physique, elle n’est qu’une suite de mou­ve­ments éphémères s’effaçant dans le temps de leur exé­cu­tion sur l’écran de ciné­ma et ten­dant à l’abstraction. Con­damnée à agir, Beat­rix ne peut plus être. Sans réelle pro­fondeur psy­chologique, elle demeure une forme spec­trale : une morte vivante dont la soif de vengeance ali­mente une énergie pure­ment mécanique et répéti­tive. Les douleurs de com­bats cycliques ne sont donc plus des sen­sa­tions con­crètes (d’où une capac­ité de récupéra­tion rapi­de), con­traire­ment aux douleurs de la mater­nité dont Beat­rix a été privée.

Face à un per­son­nage féminin aus­si fort physique­ment et men­tale­ment, peut-on con­sid­ér­er Kill Bill comme un film fémin­iste ? Quentin Taran­ti­no le revendique, mais la réal­ité du dis­cours porté par le film demande de tem­pér­er l’usage de cette éti­quette. La Mar­iée n’a que faire que sa céré­monie de mariage ait été empêchée ou que son futur époux ait tré­passé. Elle réclame avant tout vengeance pour avoir été privée de son enfant (et de toute nou­velle pos­si­bil­ité d’enfanter). Dans l’univers de Kill Bill, l’identité fémi­nine est donc totale­ment trib­u­taire de la mater­nité. Arrachée à son enfant, Beat­rix ne peut plus être qu’une machine à tuer à la viril­ité érec­tile, le sabre tou­jours prêt à pénétr­er com­pul­sive­ment ses adver­saires. La femme stérile n’est plus que l’instrument de sa pro­pre dés­espérance. Beat­rix Kid­do ne parvient à par­ler réelle­ment, donc à retrou­ver une épais­seur réelle en tant que per­son­nage, qu’à par­tir du moment où elle se retrou­ve avec sa fille en tête-à-tête et apprend les gestes mater­nels du quo­ti­di­en. L’enfantement de la parole con­duit alors à la dilata­tion tem­porelle de l’ultime chapitre du vol­ume 2, dont la lenteur fait con­tre­point avec les scènes de com­bat précé­dentes. Beat­rix est enfin capa­ble de dis­cuter avec Bill, de jus­ti­fi­er ses choix passés, de for­muler ses craintes et ses douleurs. Elle lui explique com­ment la décou­verte de sa grossesse avait boulever­sé la per­cep­tion de sa pro­pre exis­tence et la valeur accordée à son intégrité physique. Bien plus que l’homme, elle serait esclave de ses boule­verse­ments hor­monaux, qui la con­duiraient à remet­tre en ques­tion son sys­tème de valeurs et sa pro­pre iden­tité.

Les rivales de la Mar­iée

Ver­ni­ta Green : la des­per­ate house­wife

Ver­ni­ta Green

Pasade­na, Cal­i­fornie : une mai­son verte avec un fron­tispice cou­vert de jou­ets d’enfants, sem­blant tout droit sor­ti des décors de Wis­te­ria Lane. Mais les secrets der­rière cette porte sont bien plus lourds que ceux d’une Bree Van de Kamp ou d’une Gabrielle Solis. L’afro-américaine Jean­nie Bell est l’épouse du Dr Bell et la mère d’une petite Nik­ki, âgée de qua­tre ans. Mais, sous la tenue sports­wear de la femme au foy­er, se cache l’ex-vipère assas­sine, Ver­ni­ta Green. Quand elle se retrou­ve face à la sur­vivante du mas­sacre d’El Paso, l’intérieur coquet de sa mai­son bour­geoise est mis à sac en moins d’une minute. Le décor est opti­misé à la faveur du com­bat : les objets de déco­ra­tion devi­en­nent des armes, les meubles sont brisés, les corps sont propul­sés dans l’espace sous la vio­lence de mou­ve­ments mus­clés. Cette pre­mière con­fronta­tion fémi­nine, fan­tasme absolu du mâle hétéro­sex­uel de base, est inter­rompue par l’arrivée d’un car sco­laire devant la mai­son. La supré­matie de l’identité mater­nelle de la femme prend le dessus sur l’urgence du duel. Les armes sont masquées à l’entrée de Nik­ki, dont la vue ramène Beat­rix à l’origine de son désir de vengeance. Une fois l’enfant dans sa cham­bre, en par­faite maîtresse de mai­son, Jeannie/Vernita pro­pose un café à celle qu’elle souhaitait éven­tr­er quelques sec­onds plus tôt. Si la con­fronta­tion physique est remise à plus tard pour une plus grande dis­cré­tion, le duel se pour­suit sur le plan ver­bal dans une dis­cus­sion froide, parsemée de « fuck­ing » et de « bitch ». Ver­ni­ta, retirée des affaires, sup­plie pour sa vie au nom de son statut de mère, comme Beat­rix l’a fait cinq ans plus tôt le jour où elle a décou­vert sa grossesse pen­dant une mis­sion. Dans Kill Bill, la mater­nité sem­ble non seule­ment con­stituer le ter­reau de l’identité fémi­nine, mais elle tend aus­si à représen­ter une forme d’institution suprême, une valeur inal­ién­able. Jeannie/Vernita incar­ne le des­tin raté de Beat­rix, mais elle vit dans un intérieur pro­pre et col­oré, trop beau pour être vrai, au point que la caméra en plongée totale dévoile l’artificialité de pièces sans pla­fond. Dans ce décor de stu­dio, la douce Jean­nie s’apparente donc à une forme de chimère, que Beat­rix ne tarde pas à bal­ay­er avec vio­lence. Dans la cui­sine, lieu saint de la ménagère, la mère au foy­er domine d’abord son adver­saire, mais n’échappe que briève­ment à la colère ven­ger­esse de la mère mutilée.

O‑Ren Ishii : la guer­rière tra­di­tion­nelle

O‑Ren Ishii est la représen­ta­tion taran­ti­ni­enne de la femme d’action du film de sabre asi­a­tique, mani­ant le sabre avec dex­térité et pra­ti­quant les arts mar­ti­aux avec un sens cer­tain de la voltige. Le per­son­nage s’inspire aus­si des héroïnes du ciné­ma japon­ais ultra vio­lent de réal­isa­teurs comme Ken­ji Fukasaku ou Takashi Miike. O‑Ren Ishii appa­raît d’abord enfant, dans une longue séquence de man­ga ani­mé racon­tant l’origine de sa voca­tion de tueuse pro­fes­sion­nelle. Après avoir assisté au meurtre sanglant de ses deux par­ents à l’âge de neuf ans, O‑Ren Ishii venge cette perte trau­ma­tique en transperçant mortelle­ment le corps de l’assassin deux ans plus tard. Dans cette scène d’exécution, la sym­bol­ique sex­uelle est explicite : la péné­tra­tion du corps par l’arme blanche est dou­blée d’une expres­sion de pléni­tude proche de la jouis­sance sur le vis­age de la jeune tueuse chevauchant sa vic­time. De ce drame orig­inel, naît une tueuse froide et méthodique, rég­nant à 25 ans sur l’organisation (très mas­cu­line) du crime toky­oïte. Incar­na­tion fan­tas­ma­tique de la peur mas­cu­line de cas­tra­tion, la femme guer­rière revendique le con­trôle de son pro­pre corps et prend le pou­voir sur le corps mas­culin par l’usage d’une vio­lence exta­tique. Sous les traits séduisants de Lucy Liu, O‑Ren Ishii appa­raît comme une poupée déli­cate dans son cos­tume tra­di­tion­nel d’un blanc immac­ulé. L’effet con­tra­pun­tiste entre l’apparence du per­son­nage et sa capac­ité à exercer une vio­lence froide et autori­taire joue sur la pré­sup­posée fragilité du sexe « faible ». Face à la longiligne Améri­caine, la guer­rière tra­di­tion­nelle tré­passe dans une grande dig­nité, fidèle à l’honneur des samouraïs : « Pour t’avoir ridi­culisée tout à l’heure, je te présente mes excus­es », mur­mure-t-elle dans son ultime souf­fle.

Elle Dri­ver : la vénéneuse femme fatale

Elle Dri­ver

Dernière femme à faire obsta­cle à Beat­rix Kid­do avant de pou­voir se con­sacr­er à Bill, la sec­onde blonde du cast­ing dégage une sen­su­al­ité exac­er­bée, aux antipodes du style de son adver­saire androg­y­ne. Le per­son­nage d’Elle Dri­ver (Daryl Han­nah) s’inspire entre autres des fig­ures féminines des films de vengeance du ciné­ma alle­mand et sué­dois des années 1960. Elle répond mieux que tout autre per­son­nage au surnom de vipère assas­sine. Mani­ant le poi­son en con­nais­seuse, que ce soit à l’aide d’une seringue ou d’un ser­pent, elle rap­pelle l’archétype de la femme fatale du film noir, aus­si dan­gereuse que fasci­nante. Hyper sex­u­al­isée par son cos­tume d’infirmière peu régle­men­taire dans le pre­mier vol­ume, elle appa­raît plus mas­cu­line dans le sec­ond, por­tant un tailleur-pan­talon noir et se ten­ant comme un cow-boy. L’érotisme de sa plas­tique est tem­péré par une beauté mutilée. Son insub­or­di­na­tion pen­dant sa for­ma­tion lui a valu d’avoir un œil arraché par Maître Pai Mei. Encore une fois, le com­bat fougueux entre Elle Dri­ver et Beat­rix Kid­do dans Kill Bill 2 par­ticipe à la fig­u­ra­tion de fan­tasmes mas­culins. Deux blondes s’écharpent avec fureur, mais dans le but implicite de se retrou­ver seule à pou­voir approcher Bill, les con­ver­sa­tions télé­phoniques d’Elle sug­gérant une intim­ité cer­taine avec son supérieur. L’autonomie et la puis­sance du per­son­nage féminin sont donc toutes rel­a­tives. La car­ac­téri­sa­tion du per­son­nage d’Elle Dri­ver, per­son­nage hyper­sex­ué avec un goût pronon­cé pour le sadisme, peut être envis­agée comme l’expression d’une cer­taine misog­y­nie.

Gogo Yubari et Sophie Fatale : les vir­iles femmes de main

Pour incar­n­er Gogo Yubari, garde du corps d’O‑Ren Ishii, Chi­a­ki Kuriya­ma reprend son cos­tume d’écolière de Bat­tle Royale (Kin­ji Fukasaku, 2001), un uni­forme ultra-court au pou­voir éro­tique évi­dent. Le com­porte­ment de Gogo par­ticipe à la sym­bol­ique phallique du sabre. Lorsqu’elle demande à un homme s’il veut couch­er avec elle et qu’il lui répond par l’affirmative, Gogo le transperce avec délec­ta­tion : « C’est moi qui t’ai pénétré », dit-elle en riant. Ultra-féminité et ultra-mas­culin­ité sont con­den­sés dans ce per­son­nage à la vio­lence com­pul­sive, que son aspect juvénile rend d’autant plus effrayant. Mais l’agilité et le volon­tarisme de la jeune fille ne suff­isent pas à arrêter Beat­rix Kid­do dans sa quête de vengeance. Quant à Sophie Fatale, meilleur amie, avo­cate et lieu­tenant d’O‑Ren Ishii, elle incar­ne une féminité androg­y­ne, avec ses cheveux impec­ca­ble­ment tirés et son cos­tume à col Mao qui la font ressem­bler à un per­son­nage de Star Trek (dix­it Beat­rix en voix over). La car­ac­téri­sa­tion du per­son­nage tend à sug­gér­er un lien plus qu’amical avec la guer­rière sino-améri­caine. Per­son­nages sec­ondaires, Gogo Yubari et Sophie Fatale con­tribuent à la démon­stra­tion d’une féminité vir­ile dans Kill Bill 1.

Les femmes et Bill

Le dip­tyque Kill Bill ne con­stitue pas vrai­ment une œuvre fémin­iste, mais plutôt un film sur le féminin. On ne peut en effet nég­liger l’importance cap­i­tale du per­son­nage de Bill (David Car­ra­dine) dans l’organisation hiérar­chique des per­son­nages. Dès les pre­mières min­utes du vol­ume 1, le titre du film et l’apparition de nom de Bill sur un mou­choir ten­dent à canalis­er l’attention du spec­ta­teur vers cet homme mys­térieux. Fig­ure spec­trale omnipo­tente, Bill dirige à dis­tance les actes d’Elle et con­di­tionne la tra­jec­toire du per­son­nage de Beat­rix. Pour cette femme, tuer Bill sig­ni­fie retrou­ver son human­ité, être capa­ble de pleur­er, d’éprouver des sen­ti­ments. D’où le pas­sage d’étapes prélim­i­naires sanglantes, néces­saires à la mat­u­ra­tion psy­chologique de la femme ressus­citée avant un face-à-face ini­ti­a­tique red­outé. La mort finale de Bill, sans vio­lence et sans effu­sion de sang, est la seule à faire naître une douleur chez la tueuse ven­ger­esse. Cette fig­ure pater­nelle par excel­lence, au vis­age anguleux sculp­té par le temps, doit dis­paraître pour per­me­t­tre à l’éternelle jeune fille (Kid­do = gamine) de devenir réelle­ment femme. Le sac­ri­fice expi­a­toire de l’amant, du père, du men­tor rap­proche Beat­rix Kid­do des héroïnes antiques. L’accomplissement féminin ne peut s’opérer que dans le rap­port à un ordre patri­ar­cal tra­di­tion­nel, voire archaïque incar­né par Bill. Con­traire­ment à ce que l’on a pu lire à la sor­tie des films, la femme cas­trée n’est pas cas­tra­trice. Si Beat­rix Kid­do tranche dans le vif un groupe de yakusas pen­dant une scène choré­graphique où la représen­ta­tion de la vio­lence tend à l’abstraction, elle détru­it des mâles anonymes, sim­ples pan­tins entourant la charis­ma­tique O‑Ren Ishii. Bill est donc le per­son­nage mas­culin iden­ti­fié tué par Beat­rix. L’autre homme de sa liste, Budd, est tué par la manip­u­la­trice Elle. C’est donc un harem de vipères assas­sines que Beat­rix détru­it pour attein­dre Bill, le mâle dom­i­nant. Si les femmes guer­rières de Kill Bill sont indépen­dantes sur le plan physique, par leur maîtrise totale de l’espace diégé­tique, elles sont men­tale­ment con­di­tion­nées par leur rap­port au mâle alpha. La démon­stra­tion taran­ti­ni­enne de l’émancipation fémi­nine demeure tron­quée…

Nik­ki et B.B. : la relève

La descen­dance des vipères assas­sines est évidem­ment fémi­nine. Dans Kill Bill, déjà à l’état fœtal, le corps féminin est sur­puis­sant, puisqu’il parvient à sur­vivre à un mas­sacre sanglant. B.B., fille de Beat­rix et Bill, syn­thèse de ses deux par­ents par ses ini­tiales, porte en elle la vio­lence de ses ascen­dants. Avec leur con­sen­te­ment, elle choisit de regarder Shogun Assas­sin (Robert Hous­ton et Ken­ji Mis­u­mi, 1980), un film de sabre asi­a­tique, avant de plonger dans les bras de Mor­phée. Ayant assisté à l’exécution de sa mère, Nik­ki se voit offrir le droit par Beat­rix de venir venger cette perte quand elle sera adulte. Les deux fil­lettes incar­nent l’idée d’une vio­lence fémi­nine cyclique et inéluctable.

Jun­gle Julia, Arlene « But­ter­fly » and co : l’émancipation réprimée

Jun­gle Julia

Austin, Texas, de nuit. Jun­gle Julia (Syd­ney Tami­ia Poiti­er), Arlene (Vanes­sa Fer­l­i­to) et Shan­na (Jor­dan Ladd) font la tournée des bars. Chez Guero’s, elles ren­con­trent d’abord une con­nais­sance, Mar­cy (Mar­cy Hariell), à laque­lle Jun­gle Julia demande de mon­tr­er à Arlene ce qui l’attend avec les hommes d’Austin. Mar­cy prend alors l’accent de Sud pour imiter un red­neck un peu lourd, pre­mier signe d’une cer­taine misan­drie chez les per­son­nages féminins de Boule­vard de la mort. Les trois copines lais­sent Mar­cy der­rière elles pour se ren­dre dans le bar du déjan­té War­ren (Quentin Taran­ti­no lui-même). Elles y ont don­né ren­dez-vous à Lan­na-Frank (Mon­i­ca Stag­gs), qui tardera à arriv­er et oblig­era les filles à patien­ter en mul­ti­pli­ant les tournées alcoolisées… sans défail­lir. Incar­na­tion d’un nou­v­el ordre gen­ré, la pre­mière équipée de Boule­vard de la mort déploie une féminité chargée des traits les moins envi­ables habituelle­ment asso­cia­bles à la viril­ité. Jun­gle Julia, Arlene et Shan­na s’affichent comme des femmes libérées, capa­bles de rivalis­er avec les hommes au jeu de la dom­i­na­tion, usant d’un lan­gage grossier tein­té de pointes d’agressivité. Elles par­lent ouverte­ment de sex­u­al­ité, se tien­nent avec une grande décon­trac­tion et n’offrent de leur corps et de leur temps que ce qu’elles désirent con­céder. Leur fer­meté de leur com­porte­ment con­duit à la fémin­i­sa­tion d’hommes placés dans une posi­tion de fas­ci­na­tion servile à l’égard de ces créa­tures dom­i­na­tri­ces et per­sua­sives, con­scientes du pou­voir que peut représen­ter un usage réfléchi de leur corps.

Ces femmes s’exposent d’ailleurs sans com­plexe dans leurs shorts ultra-courts et assu­ment leurs imper­fec­tions physiques. Arlene « But­ter­fly » n’hésite pas à sec­ouer son ven­tre rebon­di et ses cuiss­es cel­luli­teuses pen­dant une éro­tique lap­dance pour Stunt­man Mike, sous le regard atter­ré des clients du bar. Tout au long du film, la plas­tique du corps féminin est par­ti­c­ulière­ment mise en valeur par les choix de découpage. Le générique com­mence sur l’image des pieds d’une femme, par­tie du corps sans cesse éro­tisée dans le ciné­ma de Quentin Taran­ti­no. Jun­gle Julia appa­raît ensuite à l’écran : ce sont d’abord ses fess­es moulées dans un shorty que le spec­ta­teur décou­vre, puis la cam­brure de son dos. La jeune femme aux pieds nus s’allonge ensuite sur un divan, sous une affiche de Brigitte Bar­dot jeune dans une pos­ture sim­i­laire. Fil­mage et mise en scène ten­dent tou­jours à éro­tis­er les per­son­nages, dans la per­spec­tive d’un scé­nario de slash­er, genre claire­ment misog­y­ne où l’émancipation fémi­nine (et plus par­ti­c­ulière­ment leur lib­erté sex­uelle) est punie par le sang. Selon les codes du genre, une blonde écervelée (ici Pam, inter­prétée par Rose McGowan) est élim­inée en pre­mier, ser­vant de cobaye au tueur pour démon­tr­er au spec­ta­teur fasciné la tech­nic­ité de son style meur­tri­er.

Les pro­tag­o­nistes féminins maîtrisent l’espace de la parole, arme suprême pour asseoir sa dom­i­na­tion dans un univers taran­ti­nesque. Jeune femme indépen­dante et entre­prenante, Jun­gle Julia cherche à créer son pro­pre label et fait le DJ, mais elle peut surtout se van­ter d’être une célébrité locale. En tant qu’animatrice radio, elle envoûte son entourage par l’usage de sa seule voix. Elle met ain­si au défi les hommes d’Austin d’identifier dans les bars de la ville sa copine « But­terfy ». Ils doivent par­venir à con­va­in­cre Arlene de leur faire une lap­dance, en lui offrant un verre et en prononçant quelques vers d’un poème choisi. Si la parole mas­cu­line peut alors être le déclencheur de l’action, son effec­tiv­ité reste fémi­nine, car Arlene peut leur refuser cette faveur. Arlene choisit de son pro­pre chef de se lancer dans un numéro de danse éro­tique face à Stunt­man Mike. C’est autant par char­ité que par amuse­ment qu’elle se tré­mousse devant cet homme bal­afré au style rétro et à l’âge avancé. Pour le vieux cas­cadeur dont per­son­ne ne con­naît la fil­mo­gra­phie, cette atti­tude con­stitue un ultime affront, ren­forçant son désir de pren­dre le pou­voir sur ce groupe de femmes « trop » libérées, dont l’exécution par col­li­sion frontale s’apparentera à l’assouvissement une jouis­sance coï­tale. Objet vir­il­isé par le ciné­ma améri­cain (que ce soir dans le film noir ou le ciné­ma d’action), la voiture appa­raît comme l’instrument com­pen­satoire d’un pou­voir phallique frus­tré par l’émancipation exac­er­bée des per­son­nages féminins. À l’écran, le choc des deux véhicules est répété qua­tre fois, afin de dévoil­er son effet vio­lem­ment destruc­teur sur cha­cune des qua­tre pas­sagères. Quand la femme s’octroie la même lib­erté qu’un homme, son éman­ci­pa­tion est mortelle­ment réprimée…

Zoë, Kim and co : la dom­i­na­tion fémi­nine totale

Stunt­man Mike

Lebanon, Ten­nessee, en pleine journée. Kim (Tra­cie Thomas), Aber­nathy (Rosario Daw­son) et Lee (Mary Elis­a­beth Win­stead) retrou­vent leur amie néo-zélandaise Zoë (Zoë Bell), qui souhait­ent aller essay­er une Dodge Chal­lenger 1970 moteur 440, repérée dans une petite annonce. Cette deux­ième équipée appa­raît comme le décalque réal­iste de la pre­mière. Les effets de rayures, de coupes et de col­lages don­nant l’impression d’une vieille copie de film de série Z dans la par­tie aus­tini­enne sont aban­don­nés au prof­it d’un noir et blanc élé­gant, puis d’une image nette aux couleurs acidulées. Les filles, faisant preuve d’une même volon­té d’indépendance que les précé­dentes, s’expriment avec vigueur, mais leur vul­gar­ité demeure plus tem­pérée. Alors que Lee, la jeune actrice cré­d­ule, et Aber­nathy, la maquilleuse aux élans mater­nels, sont chargées d’un côté midinette (prêtes à dépenser 27 dol­lars pour le dernier numéro de Vogue Ital­ie), Kim et Zoë, cas­cadeuses de pro­fes­sion, appa­rais­sent comme les lead­ers vir­ils du groupe. La car­ac­téri­sa­tion pré­cise des per­son­nages leur offre une pro­fondeur psy­chologique étrangère aux per­son­nages aus­tiniens. La force de ce deux­ième groupe est sug­gérée par des indices sim­ples et effi­caces, jouant sur les con­nais­sances taran­ti­ni­ennes du spec­ta­teur. Les filles pos­sè­dent une voiture jaune et noire agré­men­tée d’un auto­col­lant « Lil’Pussy Wag­on », rap­pelant la tenue emblé­ma­tique de Beat­rix Kid­do dans Kill Bill 1 et le nom du pre­mier véhicule util­isé par cette héroïne sur­puis­sante à sa sor­tie du coma. Ces références ludiques sug­gèrent le car­ac­tère com­bat­if et vengeur de cette équipée fémi­nine.

Les con­ver­sa­tions des filles con­cer­nent essen­tielle­ment leur vie sex­uelle, symp­to­ma­tique de leur désir de con­trôle sur le sexe opposé. La pre­mière con­ver­sa­tion de cette sec­onde par­tie est sim­i­laire à celle de la pre­mière : Lee explique com­ment elle a tenu à dis­tance un amant pour attis­er le désir, de la même façon qu’Arlene l’avait fait. Quant à Aber­nathy, elle explique ne pas avoir couché avec le met­teur en scène du film sur lequel elle tra­vaille par souci de ne pas être réduite à une rela­tion « hygiénique ». Mais elle le laisse cepen­dant lui mass­er les pieds, rap­proche­ment intime et éro­tique qui sus­ci­tait une vive polémique entre Vin­cent Vega (John Tra­vol­ta) et Jules Win­n­field (Samuel L. Jack­son) dans Pulp Fic­tion (1994). Le rap­port fétichiste de Taran­ti­no aux pieds des femmes est encore ali­men­té par l’attitude de Stunt­man Mike, qui entre en con­tact avec ses futures proies en touchant et léchant les pieds d’Abernathy, allongée dans la voiture sur un park­ing. Mais, dans cette sec­onde par­tie de Boule­vard de la mort, les femmes font plus que refuser la dom­i­na­tion et la réi­fi­ca­tion intimées par le regard mas­culin. Leur maîtrise totale des rap­ports cul­turels gen­rés leur per­met d’assouvir leur volon­té. Tablant sur la mis­ère sex­uelle du red­neck raciste, pro­prié­taire de la Dogde con­voitée, Aber­nathy lui sug­gère le béné­fice qu’il peut tir­er de la présence de la belle Lee, véri­ta­ble fan­tasme ambu­lant dans son uni­forme de pom-pom girl. Jasper (Jonathan Loughran, client de l’infirmier-proxénète dans Kill Bill 1) est immé­di­ate­ment envoûté par la jeune actrice qu’il prend pour une star mon­tante du ciné­ma pornographique. Le film aban­donne défini­tive­ment Lee devant cette vieille ferme, pour s’achever sur le trio Zoë / Kim / Aber­nathy, fer­mant la boucle d’un réc­it filmique en dip­tyque com­mencé à trois (Jun­gle Julia / Arlene / Shan­na).

Alors que Stunt­man Mike effrayait Arlene avec son bolide noir affublé d’une tête de mort, il provoque immé­di­ate­ment la moquerie chez Aber­nathy et Lee, qui voient dans ce véhicule vrom­bis­sant un moyen mas­culin de com­penser un com­plexe phallique. De plus, en tant que cas­cadeuses pro­fes­sion­nelles, Zoë et Kim appa­rais­sent comme l’incarnation d’une force égale à celle de leur pré­da­teur poten­tiel. La voiture con­voitée par Zoë est sem­blable à celle de Van­ish­ing Point (Point lim­ite zéro, Richard C. Sarafi­an, 1971), film de course-pour­suite auquel Stunt­man Mike fait référence dans la pre­mière par­tie, lorsqu’il évoque sa pro­pre car­rière de cas­cadeur. Cette fois-ci, l’attaque du groupe féminin ne se résume pas à une sim­ple col­li­sion, mais se développe pen­dant de longues min­utes dans une course-pour­suite acro­ba­tique. Zoë est allongée sur le capot, retenue au véhicule par deux cein­tures, quand Stunt­man Mike vient heurter la Dodge. Mal­gré la vio­lence des chocs répétés, Zoë se main­tient en posi­tion et Kim, au volant, parvient à dis­tancer leur pour­suiv­ant. Armée préven­tive­ment d’un revolver, Kim a inté­gré une néces­sité fémi­nine de se pro­téger des hommes, ce qui lui per­met de bless­er sévère­ment le détraqué sex­uel de la route. Comme les indices pro­gram­ma­tiques de leur pre­mier véhicule le sug­géraient, le trio reprend le volant pour se venger de cette attaque. « Let’s kill the bas­tard », ordonne avec rage la douce Aber­nathy. Maîtrisant totale­ment l’espace, Kim parvient à sur­pren­dre Stunt­man Mike pour le per­cuter avec fureur, alors que Zoë chevauche la por­tière pas­sager, armée d’une barre de fer. Cette équipée (lit­térale­ment) sauvage se venge tout autant qu’elle venge pour le spec­ta­teur le pre­mier groupe mas­sacré par sur­prise dans une nuit pro­fonde. Inflex­i­bles face à l’homme qui hurle de douleur, Kim, Zoë et Aber­nathy, filmées en légère con­tre-plongée, domi­nent le pré­da­teur ter­rassé qu’elle achèvent avec vio­lence à coups de poings et de barre de fer. Un coup de talon final, acces­soire féminin par excel­lence, achève d’asseoir l’hégémonie du trio sur le per­son­nage mas­culin.

Épilogue 2009

Avec ce sec­ond trio, la femme atteint le parox­ysme de sa maîtrise de l’univers diégé­tique taran­ti­nien. Boule­vard de la mort val­ut à Quentin Taran­ti­no d’être con­sid­éré comme un réal­isa­teur fémin­iste à sa sor­tie. Mais l’importance gran­dis­sante des femmes dans la fil­mo­gra­phie du cinéaste cinéphage sem­ble attein­dre son point cul­mi­nant dans cette scène finale d’exécution d’un ser­i­al-killer misog­y­ne au fort pou­voir fédéra­teur. Dans Inglou­ri­ous Bas­ter­ds (2009), Soshan­na Drey­fus (Mélanie Lau­rent) et Brid­get von Ham­mers­mark (Diane Kruger) ont beau être des femmes com­bat­ives et déter­minées, elles ne sur­vivront pas à la fureur des officiers nazis. Elles demeurent des com­bat­tantes de l’ombre, œuvrant pour­tant avec plus de témérité que les Bas­ter­ds d’Aldo Raine (Brad Pitt) pour la défense de la lib­erté.

Notes

Notes
↑1 Dave Arlod (pro­pos recueil­lis par), « Kill Bill 1 », Syn­op­sis n° 28, novem­bre-décem­bre 2004, p.49.
↑2 Au sujet de l’usage de la parole dans le ciné­ma de Taran­ti­no, lire : Pas­cal Bonitzer, « De la dis­trac­tion », Traf­ic n°13, hiv­er 1995, p.41–49.