En l’e­space de cinq ans, trois films ont solide­ment instal­lé Saeed Rous­taee dans le paysage du ciné­ma iranien et mon­di­al. Cette pro­duc­tiv­ité n’est pour­tant pas le gage d’une mon­tée en puis­sance : si La Loi de Téhéran était un film iné­gal, il promet­tait davan­tage que Leïla et ses frères, qui lui-même présen­tait davan­tage d’intérêt que Woman and Child. Si le réc­it est encore habité d’une volon­té de pren­dre son temps – Rous­taee met près d’une heure à planter les graines de son drame –, cette his­toire d’infirmière con­fron­tée à une série de cat­a­stro­phes qu’on ne détaillera pas (un drame famil­ial et une cas­cade de trahisons) con­siste à met­tre en place un piège nar­ratif où la mater dolorosa se retrou­vera prise en étau. La mise en scène accom­pa­gne dans un pre­mier temps la logique dra­maturgique, entre la strat­i­fi­ca­tion des inter­ac­tions (la plongée sur la cour intérieure de l’appartement cen­tral, pour voir le fils de l’héroïne dévaler les étages) et la mon­tée d’une ten­sion (un por­tail filmé de haut, con­tre lequel s’agglutinent des enfants). On remar­quera dans ces deux exem­ples que le cinéaste prend une cer­taine hau­teur, sans doute pour instiller le sen­ti­ment d’un fatum, mais il serait aus­si pos­si­ble d’assimiler ce regard à un sur­plomb. La foudre qui s’abat sur les per­son­nages-vic­times est après tout de son fait.

À par­tir du moment où le film bas­cule, dif­fi­cile de voir autre chose que l’engrenage se refer­mant cen­timètre par cen­timètre, avec des relances dra­maturgiques tous les quarts d’heure pour enfon­cer l’héroïne un peu plus. Seule une poignée de champs-con­trechamps plutôt beaux, artic­ulés autour du regard d’une petite fille désar­mant la dégueu­lasserie d’un adulte, émerge de cette deux­ième par­tie qui avance comme un rouleau com­presseur. Qui est écrasé ? L’infirmière, évidem­ment, mais aus­si le spec­ta­teur, assom­mé par cette manière effrénée de forcer l’empathie.