Pour leur pre­mier long métrage, Fab­rice Garçon et Kévin Ossona (syn­thétisés par l’acronyme FGKO) se sont défendus de vouloir réalis­er un film de gang­ster, priv­ilé­giant le por­trait de Sam, leur per­son­nage prin­ci­pal tout juste sor­ti de prison et con­traint de rep­longer dans l’il­lé­gal­ité. Voy­ou­cratie reste toute­fois ryth­mé par l’ascension crim­inelle de ce dernier, réor­gan­isant son rap­port au temps (vie noc­turne entraî­nant une dif­fi­culté à renouer avec son entourage) et à l’espace. Les lieux com­muns du gangstérisme (braquages, meurtres, rack­ets, men­aces) imposent donc aux comé­di­ens une palette de reg­istres cod­i­fiés et stéréo­typés (le ban­lieusard-style et son lan­gage triv­ial prompt à l’apostrophe bru­tale). Dans ce jubilé de log­or­rhées et de clichés scé­nar­is­tiques (le voy­ou jeune père ayant un rap­port dif­fi­cile aux autres, socia­bil­ité capricieuse qui rap­pelle celle des per­son­nages de La Haine), les cinéastes ten­tent d’extirper les émo­tions au plus près du vis­age de Sam.

Pulsions violentes

La mise en scène alterne finale­ment entre une lib­erté de cadre prompt à l’im­pro­vi­sa­tion des comé­di­ens, et un découpage plus resser­ré afin de relancer l’in­trigue. Ces accéléra­tions n’ont pour final­ité qu’une pré­cip­i­ta­tion d’un réc­it avançant par paliers et dont l’is­sue est atten­due : le sort du héros est scel­lé dès la séquence de ten­ta­tive (ratée) de réin­ser­tion avec le con­seiller. Il est donc dom­mage que les cinéastes, peut être par manque de moyens, aient été dépassés par leurs ambi­tions : non pas unique­ment le quo­ti­di­en d’un petit mal­frat, réal­isé avec les moyens du bord, mais une his­toire de rédemp­tion molle et rebattue, plaquée à une pein­ture tamisée et recy­clée d’un milieu crim­inel, ne don­nant pas véri­ta­ble­ment à voir l’engrenage et les rouages de la délin­quance.

Il y avait pour­tant quelques inten­tions intéres­santes, notam­ment dans le por­trait de Sam. Pan­tin de la police et de son patron mafieux, il reste cloitré à un rôle d’exécutant, repro­duisant machi­nale­ment un sché­ma de vio­lence qui lui sem­ble imposé (une chance de se recon­stru­ire parais­sait pour­tant pos­si­ble grâce à l’aide de son frère bien­veil­lant). Lors de deux séquences assez étouf­fantes, il agresse et men­ace des femmes en pleine rue sans pour­tant aller au bout de son geste, pris entre impuis­sance sex­uelle et dom­i­na­tion com­pen­satoire défail­lante. Si les réal­isa­teurs parvi­en­nent, le temps de ces séquences ponctuelles, à enfin effleur­er leur vrai sujet — celui d’un envi­ron­nement crim­inel provo­quant les pul­sions bru­tales (ce qu’évoque l’idée d’une voy­ou­cratie) — leur effet-choc est toute­fois amenuisé par un sen­ti­ment de gra­tu­ité exces­sive.