Dans ce nou­veau film, le Cana­di­en Denis Côté a décidé de planter sa caméra dans une forêt pour y suiv­re les jeux amoureux de deux anci­ennes détenues, Vic et Flo. Vengeance, soli­tude, peur de l’abandon, les écueils parsè­ment le chemin des deux héroïnes. Mais ce qui pour­rait ressem­bler à un énième drame sen­ti­men­tal se teinte astu­cieuse­ment d’une noirceur inat­ten­due, bringue­bal­ant le pub­lic vers un revenge movie défini­tive­ment pes­simiste.

Vic­to­ria, une sex­agé­naire mys­térieuse débar­que un beau matin chez son vieil oncle paralysé et muet. Après avoir dégagé le garçon en charge de l’invalide, elle s’installe dans la mai­son, bien­tôt rejointe par son amie, Flo­rence. Leur passé respec­tif, Denis Côté choisit de le taire. Quelques allu­sions sur leur incar­céra­tion et les crimes qu’elles ont com­mis parsè­ment le film mais leur per­son­nal­ité n’est jamais éclairée à l’aune de leurs actes antérieurs. Pro­fondé­ment ancrée dans le présent, la nar­ra­tion se borne à suiv­re les errances des deux femmes : Vic­to­ria amoureuse et angois­sée à l’idée de per­dre sa com­pagne, Flo­rence paumée entre son attache­ment pour Vic et son désir d’hommes.

Les scènes d’intimité entre les deux femmes (tou­jours très chastes) répon­dent à des moments plus sex­u­al­isés (on ne ver­ra pas d’ours dans le métrage, con­traire­ment à ce que le titre peut laiss­er penser, mais Flo cherche dés­espéré­ment à voir le « loup »), le tout ponc­tué de ren­con­tres inopinées (une voi­sine fouineuse, un duo père/fils très remon­té con­tre le cou­ple les­bi­en) ou de ren­dez-vous récur­rents (les vis­ites de l’agent de pro­ba­tion en charge de la réin­ser­tion de Vic). Mais on a beau chercher à oubli­er le passé, il refait sur­face quand bon lui sem­ble, comme Flo­rence va rapi­de­ment s’en apercevoir. En découpant son réc­it en séquences hétérogènes, le réal­isa­teur laisse transparaître, avec parci­monie, le véri­ta­ble enjeu de son film : le motif de la vengeance. Noy­ant le pois­son (comme le pub­lic) dans ces vignettes du quo­ti­di­en apparem­ment sans grand intérêt, Vic+Flo ont vu un ours mon­tre enfin son vrai vis­age lors d’une con­fronta­tion vio­lente entre Flo et un fan­tôme de son passé. Alors que le film sem­blait tourn­er à vide jusque-là, cet élec­tro­choc le remet en selle et l’oriente vers un dernier acte bar­bare que rien ne lais­sait présager.

Film mineur, Vic+Flo ont vu un ours recèle toute­fois une énergie du dés­espoir pal­pa­ble dans les derniers instants, énergie qu’il aurait été salu­taire de met­tre en œuvre bien en amont.