L’ouverture présente Mona, une étu­di­ante aux Beaux-arts qui, face à un chevalet, tente de représen­ter un mod­èle nu. Son cama­rade lui fait alors remar­quer qu’elle n’a aucun sens des pro­por­tions. La réso­lu­tion de cette asymétrie con­stitue le cœur du pro­gramme d’Ulysse et Mona. La jeune fille se voit d’emblée car­ac­térisée par sa prox­im­ité avec les écrans et les cadres qui sem­blent définir son rap­port à l’art. C’est d’abord sur son ordi­na­teur qu’elle retran­scrit, via une voix off, son quo­ti­di­en morose et qu’elle tombe sur Les Adieux d’Ulysse, une courte vidéo où l’artiste con­tem­po­rain Ulysse Borel­li est enfer­mé dans une bulle trans­par­ente dans laque­lle il porte un masque à l’effigie d’un oiseau. Cette per­for­mance étonne par sa lit­téral­ité et témoigne de la lour­deur sym­bol­ique dont fait preuve le film. La vidéo fait en effet écho à la rup­ture entre Ulysse et sa famille ain­si qu’à son retranche­ment dans une mai­son de cam­pagne.

Le film suit donc le tra­jet d’une réc­on­cil­i­a­tion qui bute toute­fois sur un désamorçage sys­té­ma­tique des séquences dra­ma­tiques. Par exem­ple, lorsqu’Ulysse se réveille à l’hôpital suite à une chute, il se retrou­ve face à un médecin à la gestuelle mal­adroite qui lui diag­nos­tique une tumeur au cerveau. Com­ment se con­clut la scène ? Par un saut bur­lesque d’Ulysse qui passe par la fenêtre. Ulysse & Mona s’attache pour­tant à un cap clair, bien que trop car­ré : à tra­vers trois scènes, le motif du cadre de la séquence d’ouverture se voit décliné sous trois formes qui inter­vi­en­nent à chaque étape de la rédemp­tion d’Ulysse. Mona, dev­enue son assis­tante, filme ain­si les retrou­vailles de l’artiste avec son frère lors d’une con­ver­sa­tion Skype. Elle assiste ensuite aux réc­on­cil­i­a­tions avec son fils Nico­las qui répond à la même con­fig­u­ra­tion : un grand cadre représen­tant Venise décore le mur de la pièce. Enfin, Ulysse retrou­ve sa femme Alice que Mona filme depuis son smart­phone. Cha­cune de ces scènes est pour­tant rat­trapée par l’irruption d’un décalage comique. Même dans sa con­clu­sion, le film n’échappe pas à un cer­tain sché­ma­tisme. Le masque que por­tait Ulysse dans la vidéo devient une relique désor­mais accrochée au mur de la cham­bre de Mona. Pour autant, en accom­pa­g­nant Ulysse, elle aura trou­vé sa voie d’artiste.