Une comédie roman­tique avec et pour des sex­agé­naires ? En ces temps de vieil­lisse­ment de pop­u­la­tion, l’idée est ten­tante, et serait même déroutante si quelques œuvres réussies, comme Trop jeunes pour mourir ou Sep­tième Ciel n’é­taient déjà passées par là. Après un pre­mier film La Faute à Fidel dont la sym­pa­thie et l’é­mo­tion nuançaient les mal­adress­es, Julie Gavras tombe dans le déséquili­bre inverse : mal­gré des acteurs en forme séduisante, la fan­taisie gon­flée et fausse­ment ryth­mée ne prend jamais, lais­sant appa­raître les failles formelles et les stéréo­types soci­aux les plus agaçants.

Après une représen­ta­tion douce-amère de l’en­fance dans La Faute à Fidel, c’est de l’âge mûr que s’empare la réal­isatrice Julie Gavras pour son deux­ième film, Trois fois 20 ans, et d’une prob­lé­ma­tique sim­ple : com­ment séduire alors que les soix­ante ans approchent ? Le prob­lème du film tient, tout d’abord, à la réduc­tion de cette ques­tion à une autre : com­ment séduire son mari alors que la peau se fait moins ferme et que les rides pren­nent pos­ses­sion de son vis­age ? Car, pour Julie Gavras, le vieil­lisse­ment n’ex­iste que dans l’ap­parence physique et il ne sera qua­si­ment ques­tion que de détourn­er, raje­u­nir ou accepter ces change­ments pure­ment cor­porels ou ves­ti­men­taires. Le sujet restera une sur­face, comme son déploiement à l’écran, suc­ces­sion de tics, de rythmes arti­fi­cielle­ment embal­lés et de clichés soci­aux assez éner­vants.

L’ar­gu­ment ain­si que la présen­ta­tion des pro­tag­o­nistes dévoilent à eux seuls la force top­ique du film, notam­ment dans la dif­férence de traite­ment entre hommes et femmes : Mary et Adam, inter­prétés par Isabel­la Rosselli­ni et William Hurt vont souf­fler leurs cent vingt bou­gies. Adam tra­vaille dans un cab­i­net d’ar­chi­tec­ture ‑atten­tion, pro­fonde métaphore!- dont il a fait la renom­mée, Mary n’en­seigne plus et tente de se raf­fer­mir les chairs en par­tic­i­pant à des séances d’aquagym. Leurs trois enfants sont à l’im­age de ces cadres soci­aux et sex­ués stéréo­typés : l’aîné fait for­tune dans la finance, le ben­jamin est artiste mau­dit, et la cadette, elle, est obstétrici­enne. Ajoutez au tableau la grand-mère ital­i­enne haute en couleurs qui ne sait vis­i­ble­ment faire que des panet­tone, et le plat devient franche­ment rob­o­ratif.

C’est de ce sim­plisme représen­ta­tion­nel que meurt peu à peu l’am­bi­tion, mineure, de la réal­isatrice. La femme est can­ton­née à l’ob­ses­sion de la déchéance physique ‑très peu mar­quée, tout de même, chez Isabel­la Rosselli­ni, et ne retrou­vera sa con­fi­ance que lorsque le mari, évidem­ment obsédé par une petite jeunette de son cab­i­net d’ar­chi­tectes, hon­or­era ses charmes par­chem­inés. Dans le même reg­istre, les rap­ports généra­tionnels ne sont pen­sés qu’en terme de con­flits cul­turels assez vul­gaires : Mary est sur­prise par la musique pop de son cours de gym ; Adam, qui tente d’in­té­gr­er le groupe de jeunes archi­tectes qu’il cha­peaute, met un jean et un blou­son de cuir. Les jeunes sont néces­saire­ment anti-vieux, et les vieux sont con­damnés à simuler, dans un ridicule achevé, une jeunesse per­due.

Au-delà de ses clichés soci­aux, Trois fois 20 ans con­va­inc encore moins dans le développe­ment d’une cer­taine fan­taisie à usage comique. Tout est trop rapi­de, les plans se suc­cè­dent et don­nent le désagréable sen­ti­ment d’un mon­tage de cadres sans util­i­sa­tion de l’e­space, des corps ou des sit­u­a­tions. Quand le bur­lesque pointe le bout de son nez, il n’est pas assez écrit, et est donc par­a­sité de musiques entraî­nantes et de change­ments de ton qui ten­tent d’en gon­fler les effets et virent sou­vent à l’hys­térie gra­tu­ite et plate. Finale­ment, ce qui ressort du métrage de Julie Gavras est son inca­pac­ité à filmer un sujet et un âge autrement qu’en l’af­fublant de loisirs imbé­ciles ou de fan­taisie sur­jouée. De quoi se faire encore quelques cheveux blancs.