Dif­fi­cile de résumer l’embarras qui nous saisit devant Tour de France, présen­té à la dernière Quin­zaine des Réal­isa­teurs. C’est que le deux­ième long-métrage de Rachid Djaï­dani (après Ren­gaine, qui avait en son temps fait sen­sa­tion) se révèle moins un film que l’idée d’un film. Cette idée, elle est sim­ple : par un con­cours de cir­con­stances tara­bis­coté, un jeune rappeur, « Far’Hook », se retrou­ve à suiv­re les pas d’un vieux blanc ten­dance raciste (Gérard Depar­dieu) dans son voy­age pour repro­duire, ville par ville, chaque tableau de la série des « Ports de France » de Claude Joseph Ver­net. Ces deux fig­ures que tout sem­ble oppos­er – l’un aime la pein­ture du XVI­I­Ième siè­cle, l’autre fréquente les tagueurs du 18ème arrondisse­ment ; l’un écoute PNL, l’autre de la var­iété française, etc. – vont bien évidem­ment se rap­procher et faire partager « leur » cul­ture pour se ren­dre compte finale­ment qu’elles ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Les ficelles sont gross­es, les séquences gênantes au pos­si­ble (palme pour la scène de « rap con­tender » où Depar­dieu est là, plan­té en arrière-plan, comme incrusté dans une imagerie qui lui est com­plète­ment étrangère), mais on ne peut pas vrai­ment reprocher à Djaï­dani de s’être four­voyé dans ce road-movie pataud noyé sous les bons sen­ti­ments : il ne le filme au fond pas vrai­ment. Car si le fil nar­ratif déployé ne sert que de pré­texte à cette oppo­si­tion de styles très sché­ma­tique – avec pour objec­tif en sous-main de met­tre en scène ce mon­stre sacré de Depar­dieu –, le pro­gramme en tant que tel est traité par dessous la jambe. Davan­tage que ce film-là, c’est un autre qui nous est don­né à voir, plus informe et laborieux : une sorte d’agrégat d’ébauches de scènes entre­coupées de plans qui ressem­blent aux chutes d’un mau­vais court-métrage expéri­men­tal d’étudiant.

Baig­nant dans une lumière blanchâtre repous­sante de laideur, le film marie ain­si des vignettes aus­si évanes­centes que fas­ti­dieuses (type : une jeune fille qui fait une bulle de savon avec ses doigts) à des plans de GoPro, smart­phones, drones, qui sont sup­posés apporter un con­tre­point poé­tique aux tirades mi-comiques mi-pathé­tiques de l’ogre Depar­dieu. Sauf que ces pointes d’impureté fofolle ne sont guère motivées par un goût du détour et de la dis­tor­sion : inté­grées péri­odique­ment au mon­tage, elles ont avant tout pour fonc­tion de combler les trous qui sépar­ent les escales les unes des autres. Film vide dopé au vide, Tour de France mar­que une nou­velle étape assez triste dans la fin de car­rière, plutôt chao­tique, de Gérard Depar­dieu.