The Sad­ness promet autant qu’il déçoit : alors que Taïwan est frap­pé par un virus forte­ment inspiré du COVID dont les muta­tions poten­tielles inquiè­tent la com­mu­nauté sci­en­tifique, des actes d’un sadisme inhu­main écla­tent aux qua­tre coins du pays. Robert Jab­baz réin­vente le cadre rebat­tu du film de zom­bies par sa gour­man­dise gore ; non seule­ment ses infec­tés gar­dent la parole et leur lib­erté de mou­ve­ment, mais ils s’adonnent surtout à des exac­tions dépas­sant l’imagination. Meurtre, tor­ture, viol, nécrophilie, can­ni­bal­isme… tout y passe, avec un désir man­i­feste de faire de cette bru­tal­ité un spec­ta­cle aus­si dépravé que joyeux. En cela, le film, loin de rompre avec les canons du genre, s’inscrit au con­traire dans la droite lignée des derniers Romero (Chronique… et Ves­tige des morts-vivants), qui envis­ageaient les zom­bies comme la matrice de petites scènes bur­lesques inspirées.

Il y a néan­moins un hic, majeur : le film est à peu près aus­si inven­tif sur le ter­rain de l’hémoglobine qu’emprunté et hési­tant sur le reste, qui con­stitue hélas la plus grosse pièce. Pro­logue atone, intrigue qui patine rapi­de­ment, séquences lour­de­ment négo­ciées, enfer­me­ment dans des lieux clos où la ten­sion retombe : il manque à Jab­baz un sens du tem­po et de la mise en scène pour que la machine s’emballe. L’allocution offi­cielle des autorités, pen­sée comme un morceau de bravoure, en est un exem­ple élo­quent. Inutile­ment étirée et filmée sous toutes les cou­tures (depuis le point de vue des téléspec­ta­teurs, mais aus­si des inter­venants et même du caméra­man), elle aurait gag­né à ne pas franchir la fron­tière de l’écran cathodique pour ren­dre l’explosion de vio­lence d’autant plus per­cu­tante. Dom­mage, car The Sad­ness n’est pas sans idées, comme en témoigne la présence de ce petit quadra dégar­ni qui devient, à la suite d’un mas­sacre san­guino­lent dans le métro, un ter­ri­fi­ant démon lubrique lancé à la pour­suite de l’héroïne. Mais le nihilisme et la per­ver­sité du film ne suff­isent pas à mas­quer ses lim­ites.