The Crow s’emploie à actu­alis­er le culte, tout de même aujourd’hui un peu passé de mode, qui entoure le film éponyme d’Alex Proyas sor­ti en 1994 et adap­té des comics de James O’Barr. Cette nou­velle itéra­tion, pilotée par Rupert Sanders, se démar­que toute­fois de la fac­ture du long-métrage orig­inel. Il faut dire que l’esthétique clipesque brandie par Proyas, com­pen­sant par un déluge d’effets l’absence de son acteur vedette (Bran­don Lee est décédé au milieu du tour­nage), a fait son temps. Le mon­tage épilep­tique, les nom­breux fil­tres défor­mant l’image ou encore le goth­isme de façade sont ici évac­ués au prof­it d’une direc­tion artis­tique con­forme au tout-venant de la pro­duc­tion hol­ly­woo­d­i­enne actuelle. Nul fan­tôme à dis­simuler ici : il s’agit au con­traire d’ériger de nou­velles fig­urines.

« Tu crois que des ados rebelles nous érigeront des autels ? » susurre Shelly (FKA Twigs) à son amoureux Eric (Bill Skars­gård), dans un élan de naïveté. Cet aveu d’hubris for­mulé par celle qui, avec son air maus­sade et ses fringues destroy, s’affirme comme une égérie pos­si­ble d’une jeunesse représen­tée comme débous­solée, trahit la visée étriquée du pro­jet : l’iconisation. Le film, qui déploie dans un pre­mier temps une romance ini­ti­a­tique façon Twi­light, envis­age surtout ses per­son­nages comme de pures sur­faces. Il s’attelle ain­si à déchir­er le corps mal­in­gre du revenant Eric Draven, engagé dans une entre­prise de vengeance et qu’un pacte con­fus avec un être divin (por­tant les traits inat­ten­dus de Sami Boua­ji­la) rend immor­tel, mais pas insen­si­ble. Sa trans­for­ma­tion se révèle ensuite surtout une affaire de look, à tra­vers une mise en scène du cos­tume (au sens large : vête­ments, tatouages, maquil­lage) qui occupe le reste du réc­it. C’est le par­ti pris de Sanders que de priv­ilégi­er la tra­jec­toire ves­ti­men­taire du héros, reléguant l’éclatement d’une vio­lence exac­er­bée à quelques séquences gores dans le dernier tiers : de la tunique rose de son cen­tre de dés­in­tox au grand man­teau de cuir, dernière touche apportée à son style de bad boy, Eric, à l’épreuve de la noirceur du monde, se trou­ve avant tout une allure.

Le pro­gramme, assez super­fi­ciel, s’accompagne par ailleurs de la pein­ture assez suran­née d’une lutte généra­tionnelle. Face au monde des adultes, fig­uré comme austère (les per­son­nages, aux mines glaciales, habitent des apparte­ments au design min­i­mal­iste), se dresse l’innocence et l’émotivité des « jeunes ». Si Sanders croit avoir cap­té l’air du temps en faisant arbor­er une iro­quoise à son héros, qui s’autorise d’ailleurs une séance de chem­sex avec FKA Twigs, quelques visions ren­voy­ant à une imagerie ado­les­cente désuète (on chante et on danse autour d’un feu de camp) trahissent plutôt une décon­nex­ion avec l’époque. Le film de Proyas avait été qual­i­fié, peut-être abu­sive­ment, de post-mod­erne ; c’est ici plus net­te­ment démod­ée qu’apparaît cette nou­velle mou­ture.