Ne devrait-il pas exis­ter une règle impérieuse en art, sup­posant qu’il soit inter­dit à un débu­tant de faire sa pre­mière œuvre au sujet, pré­cisé­ment, de son art et de sa dif­fi­culté à lui don­ner la vis­i­bil­ité qu’il croit mérit­er ? Une règle d’humilité basique, dirait-on. Une règle en tout cas bien mise à mal par le pre­mier long-métrage du cou­ple Lola Bessis et Ruben Amar, Swim Lit­tle Fish Swim. Évidem­ment, on pour­rait estimer que l’ampleur gran­dis­sante du ciné­ma do it your­self, aux États-Unis notam­ment, est une jus­ti­fi­ca­tion suff­isante pour tor­dre le cou à ce principe – de jeunes artistes ayant enfin le loisir et les moyens tech­niques de s’exprimer à leur tour, et comme ils le souhait­ent, dans une indus­trie qui ne leur lais­sait jusque-là pas de place. Mais quand on voit ici que le nom­bril­isme est assez dif­fi­cile­ment dépassé, l’argument sem­ble plus que jamais dis­cutable.

Voici donc Lola – non, Lilas, par­don. Une jeune artiste française, fille de la célèbre artiste con­tem­po­raine Françoise De Castil­lon (Anne Con­signy), exilée à New York et dont le visa est sur le point d’expirer – alors qu’elle espère décrocher une expo lui per­me­t­tant de vivre de son art dans la grande pomme. Hébergée par un cou­ple partagé entre les impérat­ifs matériels de toute vie adulte (incar­nés par la mère Mary, qui essaie de tenir son foy­er à la force de son tra­vail d’infirmière) et les lubies ant­i­cap­i­tal­istes de l’artiste-musicien-hip­ster Lee­ward, Lilas papil­lonne dans New York ; la caméra suiv­ant ses péré­gri­na­tions comme le scé­nario saute de bonne petite idée en bonne petite idée, sans vrai­ment don­ner de véri­ta­ble enjeu à l’anecdote.

Swim Lit­tle Fish Swim n’est en ce sens qu’un calque, à la française, de l’énergie de la com­mu­nauté do it your­self qui émerge aux États-Unis et dans laque­lle se sont plongés les auteurs du film. Au lieu de se l’approprier, les deux scé­nar­istes-réal­isa­teurs ont eu le tort de se fon­dre dans le moule, et de ne don­ner à leur anec­dote que la triste ampleur d’une mise en abyme auto­bi­ographique (de la pro­tag­o­niste Lilas à la réal­isatrice-scé­nar­iste qui l’incarne, Lola Bessis, dont c’est le pre­mier film). Toutes les bonnes petites idées, vigoureuses, orig­i­nales (énergie col­lab­o­ra­tive très améri­caine ; idée du livre par­tic­i­patif Give to the Peo­ple ; per­son­nage de Mary, de loin le plus intéres­sant), sont lais­sées de côté au prof­it d’une mise en scène qui ne sem­ble que vouloir ren­tr­er dans le moule hype. Les idées orig­i­nales don­nent une agréable énergie au film, mais elles tour­nent à vide. Le scé­nario se referme, et c’est bien le tort de ces jeunes artistes qu’on soulig­nait au début, sur l’affirmation par la pro­tag­o­niste de son iden­tité d’artiste, devant sa mère qui l’étouffait et ne croy­ait pas en elle. Soit. Tout cela est un peu vain et c’est dom­mage.