Sil­ver Star suit la tra­jec­toire de deux jeunes femmes dont les des­tins s’entrelacent au détour d’une sit­u­a­tion aus­si for­tu­ite que dra­ma­tique. Bil­lie est une Afro-Améri­caine mar­quée par les vio­lences poli­cières et la prison. Afin de rem­bours­er les dettes accu­mulées par ses par­ents durant sa déten­tion, elle braque une banque et prend Fran­ny en otage, enceinte et en sit­u­a­tion de pré­car­ité. Incar­nant cha­cune des formes de mar­gin­al­ité d’une Amérique frac­turée, les deux pro­tag­o­nistes en cav­ale vont appren­dre, comme le veut la for­mule, à se con­naître. Sous l’influence de Thel­ma et Louise, le film reprend ain­si les codes du road movie, qu’il entend revis­iter dans le con­texte con­tem­po­rain éta­sunien. Ce cadre nar­ratif per­met à Sil­ver Star de dress­er le por­trait d’un pays enclin à rejouer son his­toire, une idée qui transparaît notam­ment dans une séquence de reen­act­ment d’une bataille de la guerre de Séces­sion. Fille de vétéran, Bil­lie est une habituée de ces événe­ments aux­quels elle prend part régulière­ment, y com­pris ici, dans un cadre où elle pense être pour­suiv­ie par les forces de l’ordre. Mais la recon­sti­tu­tion his­torique inter­roge : s’agit-il d’un acte de remé­mora­tion ou d’une célébra­tion con­ser­va­trice ?  En revê­tant l’uniforme nordiste, Bil­lie retourne un sym­bole et s’inscrit dans une longue lutte con­tre les poli­tiques dis­crim­i­na­toires du pays. À tra­vers cette séquence, Sil­ver Star illus­tre une cer­taine dimen­sion cyclique de l’histoire des États-Unis, où passé et présent se fondent en un éter­nel recom­mence­ment, comme le sym­bol­ise le retour de Don­ald Trump à la Mai­son-Blanche.

Mais si le road movie implique générale­ment de tra­vers­er de grands espaces, ces derniers sont presque absents dans Sil­ver Star : les paysages éta­suniens ne sont qu’entrevus à tra­vers quelques plans mon­tés avec ner­vosité sur des musiques élec­tro à la manière d’un clip vidéo. Ce par­ti pris laisse penser que la cav­ale n’en est finale­ment pas une, puisqu’au­cune traque n’est mise en scène par Ruben Amar et Lola Bessis, qui préfèrent utilis­er la route comme la toile de fond d’une rela­tion nais­sante. Le cadrage ser­ré et l’usage du téléob­jec­tif, qui écrasent la pro­fondeur de champ, témoignent de ce déplace­ment : l’objet de l’écriture n’est pas l’errance, mais l’intimité. La caméra se focalise sur la prox­im­ité des corps, se con­cen­trant désor­mais sur les prémices d’une romance queer. Ce revire­ment sen­ti­men­tal plutôt con­venu s’opère hélas au détri­ment d’un por­trait du ter­ri­toire qui révélerait ses frac­tures et ses trau­ma­tismes – piste que la séquence du reen­act­ment augu­rait pour­tant.