Après avoir loupé le coche de Han­cock, qu’il aurait dû met­tre en scène, Gabriele Muc­ci­no n’a trou­vé comme pis-aller que de trans­former Will Smith en super-héros… des bons sen­ti­ments. Bien enten­du les larmes ont rem­placé la bas­ton dans cette fable mod­erne abra­cadabrante et moral­isatrice qui ne trou­ve sens que dans un dernier quart d’heure mélo à souhait.

Ven­du comme l’enfant prodi­ge de l’ère berlus­coni­enne, Gabriele Muc­ci­no aurait mieux fait de con­tin­uer à cul­tiv­er son jardin chez lui et d’entretenir sa place de représen­tant à l’international du nou­veau film choral à l’italienne (traduisez: les ressorts du vaude­ville et son lot d’adultères mêlés à une radio­scopie pro­prette des mœurs de nos trentenaires/quadragénaires). En effet, si cer­tains pou­vaient reprocher à Juste un bais­er ou Sou­viens-toi de moi de ten­dre vers le petit-bour­geois, ces deux films avaient le mérite d’être gen­ti­ment effi­caces et inof­fen­sifs, la présence de Ste­fano Accor­si dans l’un et de Lau­ra Morante dans l’autre aidant. Seule­ment voilà, Gabriele Muc­ci­no s’est soudain trou­vé des vel­léités de Frank Capra et est par­ti ten­ter sa chance aux États-Unis avec À la recherche du bon­heur, une guimauve indi­geste à la morale plus que dou­teuse, une recherche qui était avant tout du temps per­du pour le spec­ta­teur. Mal­heureuse­ment, Muc­ci­no est loin d’avoir com­pris qu’il n’était pas Capra et avec Sept vies, il s’est un peu trop empressé d’appuyer sur la touche «bis». Le seul gag­nant de l’histoire, c’est vraisem­blable­ment Will Smith, qui a com­pris que Muc­ci­no était son meilleur faire-val­oir (n’oublions pas qu’il avait réus­si à cas­er son fils de cinq ans dans À la recherche du bon­heur). Will est donc for­cé­ment de tous les plans: il marche (beau­coup), il court (beau­coup et c’est encore plus beau sous la pluie), il fronce les sour­cils (des mil­liers de fois) avec un air grave (s’il y avait un prix à décern­er, il aurait sans con­teste la palme), il promène un chien presque aus­si grand que lui avec un pois­son rouge dans la main et, cerise sur le gâteau, il mon­tre ses biceps et ses abdos (juste une fois, mais bon, il fal­lait bien rentabilis­er les heures passées à la salle de sport). Bien enten­du, le per­son­nage qu’il joue est for­cé­ment un bon samar­i­tain véhic­u­lant des valeurs nobles. Ain­si après avoir incar­né un sym­bole de la réus­site mer­can­tile, notre cher Will donne ses traits à Ben Thomas, un homme en voie de rédemp­tion, sorte d’Amélie Poulain afro-améri­cain qui cherche à tir­er sept per­son­nes de leur mis­ère affec­tive et finan­cière. Et parce que l’on n’est pas à un mir­a­cle près, Will Smith s’offre aus­si le don de guérir cer­taines mal­adies (mais gar­dons-nous de dévoil­er tous les ressorts du film).

Avec un tel point de départ, il était dif­fi­cile de ne pas tomber dans le pathos, surtout quand Gabriele Muc­ci­no est aux com­man­des. La pre­mière heure du film est même irri­tante, accu­mu­lant pon­cifs sur pon­cifs et véhic­u­lant un côté moral­isa­teur et bien pen­sant pas loin du pêché de reli­giosité. Mais est-ce éton­nant lorsque l’on sait qu’À la recherche du bon­heur véhic­u­lait l’idée que si l’on est pau­vre, c’est parce qu’on le veut bien? Sept vies est donc dans une démarche tout à fait sim­i­laire. Le nihilisme est présen­té comme volon­taire et ne par­lons pas de la vision manichéenne du bien et du mal qui est omniprésente : le bon­heur ne peut être accordé qu’aux gen­tils et le héros coupable ne peut trou­ver sa rédemp­tion que dans une démarche sac­ri­fi­cielle. Muc­ci­no aurait-il oublié que nous sommes au XXIe siè­cle? Il faut dire que le scé­nario ne l’aide pas non plus. Sept vies prend en effet le par­ti de brouiller les pistes dès la scène d’ouverture. De même, il ne donne les clés pour com­pren­dre le trau­ma­tisme de Will Smith, aux orig­ines de sa quête, qu’à la toute fin de l’histoire. Tout le film repose sur ce mai­gre sus­pens, très mal exploité au demeu­rant, parci­monieuse­ment ali­men­té par des flash-backs. Muc­ci­no essaie tant bien que mal de s’en sor­tir dans cette struc­ture un peu bâtarde et inef­fi­cace, pro­posant ça et là quelques idées de mise en scène plutôt intéres­santes, notam­ment cette fac­ulté à isol­er dans toute l’étendue du scope ces per­son­nages affec­tive­ment seuls en jouant des longues focales ou de la faible pro­fondeur de champ. Les moments les plus con­va­in­cants sont ceux qui nous sor­tent du mélo moral­isa­teur pour nous men­er vers le mélo roman­tique, celui de l’histoire d’amour entre Will Smith et Rosario Daw­son. Certes, la jeune femme est atteinte d’une mal­adie car­diaque (il fal­lait bien qu’il y ait une tuile quelque part) mais le pathos est légère­ment moins chargé (on quitte les vio­lons pour des chan­sons jazzy et même un titre de Charles Aznavour), le cou­ple est crédi­ble, le per­son­nage de Ben Thomas gagne en com­plex­ité et l’on a même droit à quelques pointes d’humour. Ce sont ces rares moments qui peu­vent con­sol­er d’être resté jusqu’au dernier quart d’heure de révéla­tions, qui mon­tre com­bi­en Muc­ci­no est passé à côté de son sujet et n’arrive pas com­plète­ment à gref­fer toutes les pistes préal­able­ment ébauchées. Étrange para­doxe qu’il n’arrive pas à retrou­ver ses appuis, car ne dit-on pas que les chats retombent tou­jours sur leurs pattes et qu’ils ont… sept vies?