Robin Renuc­ci est acteur, il a créé un fes­ti­val de théâtre en Corse et se réjouit dans ce film de ren­dre hom­mage à des textes comiques, à des acteurs ama­teurs, et à une île qu’il affec­tionne évidem­ment. Le prob­lème est que l’on ne sort jamais de la pein­ture pit­toresque de l’île de beauté, avec tous ses ingré­di­ents poli­tiques et humains. Ça crie, ça chante, ça rit, ça bouge beau­coup, mais un peu pour rien.

Un petit vil­lage dans les mon­tagnes cors­es dont on barre sur les pan­car­tes les ter­mi­naisons français­es pour les rem­plac­er par des mots du cru. On y vit au milieu des chèvres, on y voit pass­er une voiture tous les trente-six du mois, et on tente coûte que coûte de sauver le vil­lage en y con­stru­isant un théâtre sus­cep­ti­ble d’en­traîn­er la renais­sance com­mer­ciale et cul­turelle du coin, il faut bien le dire, un peu paumé au milieu de nulle part. Robin Renuc­ci aime son pays, ses paysages panoramiques impres­sion­nants au demeu­rant. Il aime aus­si ses habi­tants, pris d’une douce folie un peu anachronique. Mais il ne parvient pas tou­jours à exprimer fine­ment cet amour à l’écran, en voulant trop en faire, dans le son, dans les mou­ve­ments. Sans som­br­er dans la car­i­ca­ture, il ne parvient pas vrai­ment à pas­sion­ner.

Le maire ron­fle, il va uriner bruyam­ment dans des toi­lettes qui ser­vent aus­si de fri­gos pour un bouteille de vin mati­nale, et il s’en­dort apparem­ment pour de bon. Son fils cadet est indépen­dan­tiste, très pointilleux sur les tra­di­tions et fer­ment immé­di­ate­ment les volets en signe de deuil. Mais voilà, un min­istre doit venir sign­er le con­trat de con­struc­tion du théâtre et le maire doit être vivant pour que le vil­lage renaisse. Et le fils aîné, haut-fonc­tion­naire parisien (un traître ?), débar­que en pleine émeute. Au milieu de tous, la femme du maire, Lel­lè, se débat pour con­serv­er l’u­nité famil­iale et vil­la­geoise. Tous ses per­son­nages, de la ménagère encline aux ragots aux jeunes rock­ers, sont très vivants, par­fois réelle­ment comiques. Le prob­lème du film est qu’il se fonde sur deux idées très réduc­tri­ces : d’une part, celle de la pri­vate joke, qui finit par ennuy­er à la longue tant les gags sont répéti­tifs ; d’autre part, celle du brouil­lon. Ten­tant de repro­duire l’at­mo­sphère des films de Kus­turi­ca, Robin Renuc­ci bouge en per­ma­nence sa caméra sans réfléchir à un cadre.

Beau­coup de blagues potach­es donc, beau­coup de hurlements et de beau­coup de poules. Robin Renuc­ci a voulu une Corse qu’il ne veut pas voir dis­paraître : il lui rend hom­mage en retran­scrivant une cer­taine gai­eté, une bonne humeur bien réelle à l’écran, mais filme trop ses sujets comme des per­son­nages de théâtre, qui vont et vien­nent sur une même scène. On en restera donc au stade de la pein­ture, sym­pa­thique et par­fois réjouis­sante, mais pas vrai­ment inspirée.