L’œu­vre d’Andy Goldswor­thy est par essence éphémère : elle naît de la nature et meurt avec elle. Tout en sculp­tant, en tra­vail­lant le bois, la glace ou la pierre, devant la caméra de Thomas Riedelsheimer, Andy Goldswor­thy explique son tra­vail. Ses com­men­taires don­nent force aux images et par­ticipent à la leçon de vie qui émane de ce doc­u­men­taire. Une véri­ta­ble col­lab­o­ra­tion se fait sen­tir entre le sculp­teur et le cam­era­man. Il s’ag­it presque d’un tra­vail com­mun en vue de com­mu­nier avec la Nature.

Tous les matéri­aux provenant de la terre (feuilles, brindilles, morceaux de glace, pier­res…) sont prop­ices à stim­uler l’e­sprit créatif du sculp­teur. Si la nature n’a pas besoin du sculp­teur, lui a besoin d’elle. Ses créa­tions s’in­tè­grent si totale­ment dans le paysage en épou­sant les formes naturelles, que le doc­u­men­taire soulève la ques­tion : Qui de l’homme ou de la Nature crée? Il n’en demeure pas moins que c’est une œuvre triple que présente ce doc­u­men­taire. Les images immor­talisent l’œu­vre du sculp­teur, laque­lle naît d’une Nature par essence créa­trice.

Rivers and Tides, « riv­ières et marées », est la métaphore du tra­vail d’Andy Goldswor­thy. L’é­coule­ment de l’eau représente pour lui le flu­ide qui l’u­nit à la Nature. Une image récur­rente de son œuvre est la spi­rale ou le tor­tillon. Le fil sin­ueux, sans début ni fin, est la représen­ta­tion du lit que creuse le fleuve dans la terre. Il a d’ailleurs con­stru­it un mur en pierre sur la forme du lacet. La muraille con­tourne les arbres en s’in­scrivant ain­si dans la terre sans bris­er le paysage naturel. La courbe est sans con­teste le signe d’une vie qui se pour­suit quoi qu’il arrive.

Mais Andy Goldswor­thy doit aus­si compter avec le temps qui en s’é­coulant détru­it son œuvre. La per­ma­nence de la nature s’op­pose à l’éphémère de sa créa­tion, mais l’une et l’autre s’u­nis­sent dans l’œu­vre. La destruc­tion fait par­tie inté­grante de l’œu­vre d’Andy Goldswor­thy car elle est preuve que la matière vit, agit en fonc­tion du rythme de la nature et non de celui de l’homme. La véri­ta­ble œuvre est le change­ment. En atteste la sculp­ture de glace com­mencée à l’aube et qui fon­dra quand le soleil vien­dra l’é­clair­er. La caméra per­met d’ar­rêter l’in­stant où la nature s’ac­corde avec l’œu­vre de l’homme.

La mise en scène ciné­matographique de Thomas Riedelsheimer illus­tre avec justesse l’œu­vre du temps sur l’œu­vre de l’homme. Les images peu­vent fix­er ou au con­traire accélér­er l’ac­tion du temps sur les élé­ments naturels. Un rocher de pier­res assem­blées que le sculp­teur a façon­né juste au bord de la mer est pro­gres­sive­ment recou­vert par la marée mon­tante. Le film présente en accéléré cette évo­lu­tion naturelle. Suprême vic­toire pour le sculp­teur, la sculp­ture a résisté à l’en­sevelisse­ment de l’eau. Quelque­fois, la nature reprend ses droits, comme le vent sur ces brindilles qu’Andy Goldswor­thy a patiem­ment fixées entre elles sur les branch­es d’un arbre à la manière d’une géante toile d’araignée. Mais, un souf­fle d’air et les brindilles ont cassé. La vie ne tient qu’à un fil, sem­ble dire la décep­tion sur le vis­age du créa­teur. Le tra­vail de cet homme côtoie la nais­sance et la mort.

L’œu­vre frag­ile de l’homme pousse la Nature jusqu’à la lim­ite de la cas­sure. C’est la mise en ques­tion de ce qui est éter­nel et de ce qui ne l’est pas, con­state Andy Goldswor­thy. On pour­rait croire l’homme fou et pour­tant, plus la beauté de ces sculp­tures transperce l’écran, plus le spec­ta­teur se sent fou de ne pas saisir la nature comme la conçoit le sculp­teur. Il est au plus près de ce qu’est la vie, éter­nelle, éphémère, changeante et per­ma­nente. Une de ses créa­tions est de s’é­ten­dre par terre sous la pluie, il se relève et laisse l’om­bre de son corps dess­inée par la terre sèche, bien vite recou­verte à son tour de pluie. La sim­plic­ité est l’essence de la beauté de ses créa­tions.