Avec Lais­sez bronz­er les cadavres, adap­té de Manchette, Hélène Cat­tet et Bruno Forzani cher­chaient à boule­vers­er la for­mule établie par leurs deux pre­miers longs-métrages. En tem­pérant la rad­i­cal­ité de leurs œuvres précé­dentes, ce pas­tiche de west­ern spaghet­ti à la nar­ra­tion plus tra­di­tion­nelle tendait à diluer en par­tie ce qui fai­sait leur sin­gu­lar­ité face à la cohorte de dandys fétichistes qui avaient depuis piét­iné leurs plates-ban­des (de Mandi­co à Gon­za­lez en pas­sant par Pog­gi et Vinel). En com­para­i­son, Reflet dans un dia­mant mort ferait presque pass­er Lais­sez bronz­er les cadavres pour un film des frères Dar­d­enne. Dégainant une idée visuelle ou sonore par sec­onde, il sem­ble revenir à la source expéri­men­tale qui abreuvait Amer et L’Étrange Couleur des larmes de ton corps, films labyrinthiques de pure jouis­sance sen­sorielle. Comme ces derniers, Reflet dans un dia­mant mort se présente sous la forme d’un sim­u­lacre de série B ital­i­enne des années 1970–80, s’appuyant sur le pré­texte du délire hal­lu­ci­na­toire d’un vieil homme sénile (le revenant Fabio Testi), han­té par un passé d’agent secret (sous les traits de Yan­nick Rénier) qu’on devine fic­tif – il n’était peut-être que la vedette d’une saga à la Dia­bo­lik.

En réal­ité, peu importe le fla­con nar­ratif pourvu qu’on ait l’ivresse, qui se ressent ici à l’échelle de cha­cun des plans. Le film a par­fois des allures de con­cen­tré de ciné­ma hap­tique tel qu’aurait pu le génér­er une IA foldingue après avoir dévoré les œuvres com­plètes de Vivian Sobchak : split-screens engen­drés par les cligne­ments des yeux du pro­tag­o­niste, peaux peintes, malaxées et déchirées en très gros plan, reflets aveuglants, trans­parences en trompe‑l’œil, stro­bo­scopies épilep­tiques, défor­ma­tions illu­soires de la sur­face de l’écran… Reflet dans un dia­mant mort est rem­pli à ras-bord d’expérimentations plas­tiques sidérantes et le plaisir (ou l’agacement) du spec­ta­teur dépen­dra de son désir de se per­dre dans cette galerie des glaces où tout n’est que sur­face, et où les images ne nous par­lent que d’autres images. C’est à la fois la qual­ité et la lim­ite d’une démarche qui, en cher­chant à dis­tiller l’essence inaltérée du ciné­ma bis, en retrou­ve fréquem­ment les fris­sons ludiques, mais tend aus­si à le dévi­talis­er à force de maîtrise dis­tan­ciée.