Au début de Pornome­lan­co­l­ia, Lalo, mécani­cien intéri­maire, poste une dick pick sur un site pornographique et l’accompagne du com­men­taire suiv­ant : « Je suis un tra­vailleur acharné. » Du tra­vail, il ne va pas tarder à en trou­ver dans l’industrie du porno, où il se fait une petite notoriété grâce à la taille de son sexe et à son physique de Fred­die Mer­cury argentin. Fort de cette pop­u­lar­ité nais­sante, Lalo va ensuite devenir auto-entre­pre­neur du sexe, prof­i­tant de son pub­lic de fans pour réalis­er des vidéos ama­teurs et engranger de gros béné­fices. Pornome­lan­co­l­ia – titre on ne peut plus explicite, affichant en guise de pro­gramme le spleen de la chair – suit donc une ligne essen­tielle­ment économique : l’enchaînement morne de moments témoignant de la vie sociale et sex­uelle de Lalo ne fait que servir un exposé sur le dép­ri­mant marché des corps dans notre monde hyper­con­nec­té.

Le film brosse le por­trait de Lalo à tra­vers bon nom­bre de séquences qua­si muettes, dans lesquelles on l’aperçoit au tra­vail, en famille, puis seul dans son lit devant les pho­tos de son sexe en érec­tion épinglées sur l’écran de son smart­phone. Com­mence ensuite le tour­nage d’une ver­sion gay de la révo­lu­tion mex­i­caine, où Lalo tient le rôle d’Emiliano Zap­a­ta, au milieu de guérilleros éro­tisés. Étrange porno au cast­ing très hétérogène dont le met­teur en scène affiche des pré­ten­tions auteuristes (il cite Cet obscur objet du désir de Bunuel) tout en trai­tant ses acteurs comme des objets sex­uels inter­change­ables (on l’entend leur dire qu’ils sont des « machines à bais­er »). Dans ce seg­ment cen­tral – de loin le plus intéres­sant du film – Manuel Abramovitch, dont c’est le pre­mier long-métrage, sem­ble hésiter entre une approche doc­u­men­taire fondée sur la cap­ta­tion du prosaïsme du tour­nage (une pipette de sperme action­née au moment d’une éjac­u­la­tion, une scène de sexe au cours de laque­lle un acteur demande de ralen­tir la cadence) et une posi­tion sur­plom­bante qui le ramène à sa thèse prin­ci­pale : l’économie des corps. Ain­si, la plu­part des con­ver­sa­tions en marge du tour­nage por­tent sur l’argent : gagne-t-on plus en étant escort boy ou acteur porno ? Com­ment percer sur le marché du porno inter­na­tion­al ? Le salaire d’un tour­nage suf­fit-il à entretenir une famille ? Cette focal­i­sa­tion sur l’argent est d’autant plus regret­table que le film avait trou­vé à tra­vers le détourne­ment de la fig­ure d’Emiliano Zap­a­to un sujet en or : une vieille forme de révolte poli­tique actu­al­isée à tra­vers le porno, voire même poten­tielle­ment une forme d’hédonisme à la Guiraudie. Tenu de bout en bout dans une extrême rigid­ité (jusqu’aux appels récur­rents de Lalo à « maman », cen­sés exprimer la pro­fonde détresse morale du per­son­nage), Pornome­lan­co­l­ia perd en route ce qu’il pou­vait con­tenir de meilleur : une forme de décon­trac­tion liée au sexe, presque de gai­eté sur­gis­sant par éclats, dans un sourire en marge du « tra­vail acharné » de Lalo, et loin de toute mélan­col­ie pro­gram­mée.