Dans les plaisirs touris­tiques creux de Majorque, les âmes restent soli­taires. Voilà à quoi pour­rait se résumer le pro­pos de Para­sol, pre­mier long-métrage de fic­tion du Belge Valéry Rosier, qui con­te en mon­tage par­al­lèle les errances de trois per­son­nages en quête de bon­heurs fugaces et illu­soires, sur l’île méditer­ranéenne aux allures de par­adis arti­fi­ciel dis­count. La morale telle qu’énon­cée est, on en con­vien­dra, assez peu con­sis­tante, et le réc­it qui entre­croise ain­si trois illus­tra­tions de cette morale n’est pas sans rap­pel­er le principe du récent Asphalte de Samuel Benchetrit : soit une manière d’af­fecter une choral­ité sur des thèmes somme toute génériques — la soli­tude, l’en­nui, la van­ité du monde — en gon­flant et en jux­ta­posant des cas d’é­tude dont cha­cun pris seul n’ap­pelait guère plus qu’un court-métrage. Ne pas oubli­er, dans ce proces­sus, le petit liant métaphorique pour con­firmer que tout ce petit monde va dans le même sens, ici un touriste anonyme arpen­tant la plage avec un détecteur de métaux (nous cher­chons tous quelque chose, n’est-ce pas ?).

Petits êtres

Si cet argu­ment-là est lim­ité, ce n’est pour­tant pas tant lui qui gêne que la façon dont le film le dilate, se gon­flant au pas­sage de pré­ten­tion à être un regard d’artiste sur le monde, au détri­ment de ce et ceux qu’il met à con­tri­bu­tion. Il somme ses per­son­nages, plus ou moins pathé­tiques et/ou dignes de com­miséra­tion, à se mou­voir et se posi­tion­ner dans un cadre qui les sur-cadre, les relègue dans un coin de l’e­space tels de sim­ples élé­ments de com­po­si­tion (rarement l’usage du for­mat Cin­e­maS­cope aura paru aus­si écras­ant, humiliant, mor­tifère), les main­tient à un statut de sil­hou­ettes con­fon­dues dans une vague idée de la soli­tude et s’ag­i­tant vaine­ment dans le triste décor majorquin au point que leurs gestes s’ap­par­entent par­fois à des sketch­es lorgnant du côté de Roy Ander­s­son. L’usage généreux des musiques de boîtes à rythmes des­tinées aux touristes appuie l’ironie cru­elle de ces indi­vidus errant dans un par­adis en toc — mais fort heureuse­ment, les pas­sages musi­caux orig­in­aux, eux, sont là pour rap­pel­er l’ex­is­tence d’un regard empathique et com­patis­sant posé sur eux… La pos­ture duplice du cinéaste, affec­tant d’un côté la cru­auté rad­i­cale envers le tourisme et de l’autre la douceur envers ces petits êtres en manque, ne con­va­inc jamais. On n’y voit que les efforts pour soign­er l’ap­parence de son film, qu’il réponde à cer­tains critères pour pou­voir se ven­dre dans des caté­gories spé­ci­fiques (“doux-amer”, “ironie cri­tique”, “film de mise en scène”), mais en se fab­ri­quant une vision aus­si arti­fi­cielle que les lumières de Majorque — et un peu plus obscène.