L’amateurisme a ses charmes, mais Par les épines est-il un film si sauvage que ça ? Il y a bien sûr, d’un côté, un cast­ing d’inconnus (doux vent de nou­veauté, plein de promess­es), des airs de film d’école (dia­logues con­venus, jeu très moyen, et une cer­taine timid­ité académique dans la mise en scène). De l’autre côté, même auréolé d’une sorte de label « film sauvage », le pre­mier film de Romain Nico­las ne cherche surtout pas à s’y com­plaire – ce qui est très bien – et a mis les petits plats dans les grands. Il est louable de refuser les sirènes de l’estampillage « pre­mier film », mais pris dans son élan, Par les épines se retrou­ve mal­heureuse­ment aux antipodes de ses prob­a­bles ambi­tions. Der­rière la sophis­ti­ca­tion de ses images – aux choix de lumières codés à l’extrême : le blanc et le noir exclusif des bureaux, le scin­tille­ment gris de la ville humide, la pénom­bre jaune de l’appartement, le bar­i­o­lage lyrique du night-club… –, on devine facile­ment un manque de légèreté qui se réper­cute irrémé­di­a­ble­ment sur l’énergie du film. Si le pro­fes­sion­nal­isme est au ren­dez-vous, la tech­nic­ité du pre­mier film de Romain Nico­las, prob­a­ble­ment motivée par l’envie zélée de bien faire, est par­fois suf­fo­cante.

L’image sem­ble pour­tant être moins sa préoc­cu­pa­tion que le son. En effet, le cinéaste met toute sa bonne volon­té de réal­isa­teur à la con­struc­tion d’une par­ti­tion tout en con­trastes ; mal­heureuse­ment, il s’agit le plus sou­vent d’ankyloser lour­de­ment le rythme. À tout insuf­fler dans les voix, délim­itées par des silences tous plus pesants, le jeune réal­isa­teur pondère à l’excès ses répliques, qui s’abattent sans musi­cal­ité, sans ivresse, lais­sant les scènes au point mort. À cela s’ajoute le poids d’un texte assez som­maire­ment écrit : comme tou­jours, dif­fi­cile de dire si le film est mal joué ou mal écrit, mais ce qui est sûr, c’est que la may­on­naise peine à pren­dre. Le goût du détail sonore trou­vera son cousin dans la galerie de plans de coupe ana­ly­tiques, où se croisent à l’envi macros, pris­es de vues symétriques, et autres formes de ponc­tu­a­tion ciné­matographique : mais l’insistance régulière sur le détail est-elle en har­monie avec l’ambition chorale de la nar­ra­tion ?

C’est bien là ce que Par les épines parvient dif­fi­cile­ment à être : un film véri­ta­ble­ment choral. Dif­fi­cile de ren­dre un four­mille­ment quand on entend à peine le bruit des autres : le manque de souf­fle empêche le ciné­ma de Romain Nico­las de s’électriser, d’entrer en mou­ve­ment. Il lorgn­erait pour­tant volon­tiers du côté d’un Dono­ma : même choral­ité con­flu­ente, même com­plé­men­tar­ité bricolée des des­tins, même palette poé­tique de mar­gin­aux. Mais si la légèreté de l’un empor­tait vrai­ment les êtres dans un mou­ve­ment général, une vital­ité, l’autre ne décolle pra­tique­ment pas. C’est dom­mage.