C’est suff­isam­ment rare pour le soulign­er : la ten­dance des dis­trib­u­teurs à renom­mer en anglais des titres déjà anglais racon­te ici quelque chose de la nature de ce film curieux, qu’on aimerait aimer davan­tage. D’abord parce que Okla­homa Hon­ey (soit la trans­po­si­tion « française » de The Rivals of Amzi­ah King – le nom du per­son­nage haut en couleur joué par Matthew McConaugh­ey) se con­cen­tre sur des fig­ures d’apiculteurs, ensuite parce qu’il résume au fond le pro­gramme de la mise en scène : une tranche d’amer­i­cana recou­verte d’une épaisse couche de sucre, comme les pro­tag­o­nistes du film tapis­sent leurs assi­ettes de mashed pota­toes et de corn­bread de gour­man­des lam­pées de gravy. Dès l’ouverture, située dans un fast food accueil­lant un con­cert ama­teur de musi­ciens blue­grass, Andrew Pat­ter­son renoue avec le fétichisme de The Vast of Night. Mais pas d’OVNI ici ; l’objet de sa fas­ci­na­tion, ce sont les pick­ups pous­siéreux, les cha­peaux de cow-boys, les bottes de vach­ers et les din­ers con­vivi­aux. Je présente mes excus­es pour l’avalanche d’anglicismes, mais il faut voir com­ment d’emblée le pro­logue, ponc­tué de ralen­tis et d’arrêts sur images, se love dans l’accumulation d’idoles et de signes emprun­tés à une mytholo­gie du mid­west. Ce fétichisme imprègne toute la pre­mière heure, suite d’anecdotes tru­cu­lentes et sans drame entre­coupées de numéros musi­caux filmés de manière fréné­tique, avec un enchante­ment un peu béat qui n’est pas sans vers­er dans l’image d’Épinal (ah, les soleils couchants…). Tout juste un embry­on de réc­it se des­sine : Amzi­ah retrou­ve Kateri, une Native Amer­i­can dont il s’était occupé jadis (enfant, elle a été bal­adée entre dif­férentes familles d’accueil), qui devient peu à peu son bras droit au sein de son exploita­tion d’apiculteurs. Et puis, sans trop en dire, le film bas­cule soudain. La chronique trop sucrée laisse place alors à une sorte de néo-west­ern où l’Amérindienne entend se venger d’une poignée de vilains prof­i­teurs, et notam­ment d’un puis­sant pro­prié­taire ter­rien incar­né par Kurt Rus­sell.

Curieux objet, donc, qui nav­igue entre une félic­ité naïve et le west­ern trag­ique à la Antho­ny Mann, sans pour autant réus­sir à trou­ver le juste équili­bre entre ses aspi­ra­tions post­mod­ernes – le film s’inspire pêle-mêle de Peck­in­pah (de Junior Bon­ner à l’ouverture de Guet-apens) et Taran­ti­no (Kill Bill et même Boule­vard de la mort dans une course-pour­suite impli­quant Rus­sell) – et sa can­deur assez char­mante, qui l’éloigne de la dis­tance par­fois un peu froide ou vaine des cinéastes pop dont on pour­rait le rap­procher (exem­plaire­ment les Coen). Mais si la deux­ième par­tie séduit davan­tage par son actu­al­i­sa­tion du west­ern, dif­fi­cile de fer­mer les yeux sur le gros point noir de sa mise en scène : son mon­tage erra­tique, qui réduit sou­vent les séquences à des clips dégouli­nants ou les escamote à coups de fon­dus au noir pri­vant les sit­u­a­tions les plus trép­i­dantes de leur réso­lu­tion (le dernier acte, en par­ti­c­uli­er). On le regrette, car Pat­ter­son, mal­gré ses lim­ites et son mau­vais goût par endroits cri­ant, fait preuve d’une générosité qu’on aimerait retrou­ver dans une forme plus étof­fée et moins ven­tripo­tente.