Oriko Seki, que ses proches appel­lent Okko, perd ses par­ents dans un trag­ique acci­dent de voiture. Sauvée par un mys­térieux garçon flot­tant dans les airs, la jeune fille va devoir quit­ter la ville pour aller vivre chez sa grand-mère et appren­dre à tenir l’auberge famil­iale, pour un jour pren­dre la relève. De nou­veaux com­pagnons sur­na­turels vont appa­raître à mesure que son appren­tis­sage et son deuil avan­cent.
Kitarō Kōsa­ka, col­lab­o­ra­teur de longue date de Hayao Miyaza­ki et Isao Taka­ha­ta[1], a choisi pour son pre­mier long métrage d’adapter la série de romans illus­trés Waka Oka­mi wa Shō­gaku­sei ![2]. Il a souhaité être fidèle au graphisme du man­ga et assume pleine­ment ses per­son­nages kawaii aux traits plutôt grossiers, déton­nant pour­tant avec le soin apporté aux décors. Si la maitrise tech­nique est au ren­dez-vous avec une mise en scène soignée — à défaut d’être orig­i­nale — il ressort mal­heureuse­ment de ce film si atten­du le sen­ti­ment d’un scé­nario pas assez abouti. Un résul­tat un peu brouil­lon avec un trop grand nom­bre de per­son­nages qui gag­n­eraient à être dévelop­pés mais con­damnées ici à l’état de car­i­ca­tures, tout comme les sujets abor­dés.

Gros sabots

Un point cen­tral du film de Kitarō Kōsa­ka est l’opposition puis la réc­on­cil­i­a­tion du Japon tra­di­tion­nel et de la moder­nité. Mal­heureuse­ment ce sujet étant loin d’être orig­i­nal, il sup­porte dif­fi­cile­ment un traite­ment en sur­face aus­si appuyé et peu déli­cat. Le pre­mier est représen­té par la grand-mère d’Okko, vieille femme attachée aux valeurs ances­trales de la cul­ture nip­pone, mais dont on n’apprendra finale­ment pas grand-chose. Le sec­ond est représen­té tout d’abord par une jeune femme qui séjourne à l’auberge famil­iale : grande brune pulpeuse un brin vul­gaire roulant en voiture de sport rouge, faisant vrom­bir le moteur accom­pa­g­né d’une musique pop « branchée », emmenant volon­tiers Okko dans une virée shop­ping inter­minable. Cette séquence pré­cisé­ment mon­tre les dif­fi­cultés du scé­nario sur cet aspect, car il ne s’agit que d’un pré­texte pour faire remon­ter Okko en voiture et raviv­er son trau­ma­tisme. Cette oppo­si­tion entre tra­di­tion et moder­nité est égale­ment présente, cette fois de manière plus per­ti­nente, dans la com­péti­tion opposant Okko et une autre appren­tie auber­giste tra­vail­lant dans l’établissement sophis­tiquée de ses par­ents. Mais là encore, les rela­tions entre les deux écol­ières toutes deux en deuil restent traitées en sur­face.
Un autre regret qui s’impose à la décou­verte du film est le recours au fan­tas­tique, qui se révèle finale­ment d’une util­isée plus que mod­érée. Les fan­tômes s’avèrent rapi­de­ment n’être que des déri­vat­ifs pour ne pas ren­dre le réc­it trop grave (à sup­pos­er qu’un fan­tôme d’enfant se curant le nez à tout bout de champ vous fasse rire), mais ils ne sont finale­ment pas à l’origine du déclic de la jeune fille qui l’aidera à sur­mon­ter son deuil et à par­don­ner.

Un apprentissage salvateur

Les séquences cen­trées sur les tra­di­tions japon­ais­es vien­nent cepen­dant relever grande­ment le film. Le réal­isa­teur arrive alors à illus­tr­er avec une touche d’humour la rigueur de l’éducation japon­aise ain­si que le respect des aînés. Dans ces instants le traite­ment du trau­ma­tisme de la jeune Okko est bien plus sub­til qu’en mon­trant sa crise d’angoisse en voiture, car elle se réfugie dans son appren­tis­sage et se recon­stru­it en trou­vant sa place au sein de l’auberge, à tra­vers l’abnégation de soi pour “accueil­lir sans dis­crim­i­na­tion” selon leur devise. Le film s’ouvre et se clô­ture égale­ment par deux très belles séquences de céré­monie shin­toïste, avec des masques et des cos­tumes col­orés où la caméra danse avec les per­son­nages. En ter­mes de thé­ma­tiques, ce pre­mier long métrage de Kitarō Kōsa­ka peut être en effet con­sid­éré dans la lignée de ses pairs – pères – du stu­dio Ghi­b­li, mais la com­para­i­son à visée mar­ket­ing s’arrête bien là. Le réc­it con­stam­ment entre deux eaux, n’osant pas assumer son aspect mélo­drame ni exploiter réelle­ment son poten­tiel fan­tas­tique, alour­dit la démarche pour­tant pleine de bonnes inten­tions.

Notes

Notes
↑1 Kitarō Kōsa­ka a tra­vail­lé en tant qu’animateur clé notam­ment sur Nau­si­caä de la val­lée du vent (1984) et Le Château dans le ciel (1986) de Miyaza­ki, ain­si que sur Le Tombeau des luci­oles (1988) et Pom­poko (1994) de Taka­ha­ta. Il devient ensuite core­spon­s­able de l’animation sur Princesse Mononoké (1997), Le Voy­age de Chi­hi­ro (2001), Le Château ambu­lant (2004) et Ponyo sur la falaise (2008). Sa dernière col­lab­o­ra­tion en date avec le stu­dio Ghi­b­li sera Le vent se lève de Miyaza­ki en 2013, pour lequel il sera pour la pre­mière fois directeur de l’animation.
↑2 Ces romans n’ont jamais été traduits en français.