Un programme disparate

Il n’est pas si facile qu’il y paraît de con­stituer un pro­gramme de courts métrages jeune pub­lic. Cela demande un équili­bre déli­cat entre les dif­férences esthé­tiques des films et leurs cor­re­spon­dances. C’est le pari que rem­por­tait bril­lam­ment la semaine dernière L’Hiver féerique, dont tous les films se com­plè­tent sans se répéter. C’est ce que peine à accom­plir Neige et les arbres mag­iques, com­pi­la­tions des dernières réal­i­sa­tions du stu­dio Folim­age, mai­son mère de Jacques-Rémy Gir­erd ou Pierre-Luc Grand­jeon.

Récom­pen­sé du prix du pub­lic lors de la dernière édi­tion de Ciné Junior, Tigres à la queue leu leu de Benoît Chieux est une fable met­tant en scène un garçon aus­si paresseux que rusé, s’inspirant d’un con­te coréen illus­tré par Kwoon Moon-hee pour livr­er une vari­a­tion asi­a­tique autour de Jack et le hari­cot mag­ique. La Petite Pousse de Chaï­tane Con­ver­sat fait joli­ment tournoy­er les motifs de fleurs de la nature aux robes d’une jeune cou­turière. Pour­tant, on peut regret­ter que ces deux beaux films, en s’enchaînant, ne se met­tent pas suff­isam­ment en valeur l’un l’autre. La thé­ma­tique de la nature et des saisons relie de façon bien trop lâche les qua­tre films qui peinent à réson­ner entre eux. Les trois courts appa­rais­sent trop comme un com­plé­ment de pro­gramme au moyen métrage Neige d’An­toine Lan­ci­aux et Sophie Roze qui devrait con­stituer le temps fort de l’ensemble.

Le jour des Inuits

Alors que leur fille Prune est par­tie pour un voy­age de classe, un cou­ple et leur fils voient leur ville prise sous une tem­pête en plein été. Pris dans des dif­fi­cultés de cir­cu­la­tion bien com­préhen­si­bles au vu des cir­con­stances, ils créent un acci­dent des plus sur­prenant en détru­isant l’igloo instal­lé par une famille inu­it en plein rond-point. Le film ne traite mal­heureuse­ment pas cette sur­prenante décou­verte sur le mode de Un jour sans fin d’Harold Ramis, où une tem­pête aus­si soudaine qu’inhabituelle altère totale­ment le pas­sage du temps, oblig­eant le per­son­nage de Bill Mur­ray à revivre indéfin­i­ment la même journée cauchemardesque. Ici, le point de départ du réc­it en est presque aus­si le point final. Alors que la sit­u­a­tion, les décors, les couleurs offrent tout pour sus­citer le mer­veilleux, le fan­tas­tique ne sur­git jamais des moyens du ciné­ma. Le scé­nario décrète le phénomène cat­a­clysmique, qui occa­sionne la ren­con­tre, qui va per­me­t­tre de résoudre les dom­mages col­latéraux de l’enneigement soudain. Mais mal­heureuse­ment, l’argument ne suf­fit pas à étay­er le sur­gisse­ment du fan­tas­tique qui se noie dans une intrigue trop bal­isée qu’il faut boucler à tout prix. Le boule­verse­ment cli­ma­tique ne sert que de péripétie pour jus­ti­fi­er la mise en dan­ger du car d’enfants dans lequel voy­age Prune. Le manque de fan­taisie du réc­it est d’au­tant plus dom­mage que les décors sont d’une très douce beauté, et le tra­vail sur les couleurs hiver­nales remar­quable. Mais loin de laiss­er le regard vagabon­der ou la con­tem­pla­tion advenir, l’in­trigue se serre autour de rebondisse­ments con­venus. Un sauve­tage plus tard, tout ren­tr­era dans l’ordre et cha­cun repar­ti­ra heureux de la ren­con­tre per­mise par cette aven­ture et riche d’une morale d’en­traide des plus œcuméniques. Sauf le spec­ta­teur un peu déçu de n’avoir pas ressen­ti la magie promise par l’idée de départ.