L’échec cri­tique et com­mer­cial de Scream 4 aurait-il son­né le glas de la car­rière de celui qui, dans les années 1970 et 1980, a incar­né avec brio, aux côtés d’autres francs-tireurs comme John Car­pen­ter ou Dario Argen­to, le sur­saut créatif du ciné­ma d’hor­reur ? Der­rière leurs affich­es déli­cieuse­ment bis et leurs titres évo­ca­teurs, les Dernière Mai­son sur la gauche, Hal­loween et autres Sus­piria ont repoussé les lim­ites du ciné­ma d’épou­vante en faisant d’un genre mineur un véri­ta­ble lab­o­ra­toire, trans­for­mant de som­bres his­toires de tueurs psy­chopathes en paraboles poli­tiques et en man­i­festes esthé­tiques où cha­cun déploy­ait à l’en­vie, avec des bud­gets ridicules, ses expéri­men­ta­tions visuelles les plus folles.

Aujour­d’hui, les temps sont durs pour les vieux briscards : les dernières œuvres de Car­pen­ter et Argen­to ont déçu, et le ciné­ma d’hor­reur n’est guère plus qu’une vache à lait peu coû­teuse pour les stu­dios hol­ly­woo­d­i­ens, friands de fran­chis­es renta­bles comme les con­ster­nants Saw et Para­nor­mal Activ­i­ty. Pour quelques amu­santes et rafraîchissantes con­fis­eries pop comme Jusqu’en enfer de Sam Rai­mi, Piran­ha 3D d’Alexan­dre Aja ou La Cabane dans les bois de Drew God­dard, qui jouent avec brio la carte de l’hom­mage, du remake décalé ou du sec­ond degré malin, com­bi­en de cinéastes pour ten­ter une véri­ta­ble réin­ven­tion du genre ?

Même pas peur

Tourné et sor­ti en salles aux États-Unis avant Scream 4, My Soul to Take mon­tre hélas que le vieux Craven sem­ble avoir défini­tive­ment per­du la main. Comme chez beau­coup d’autres, l’u­til­i­sa­tion de la 3D n’est ici qu’un pré­texte à gon­fler le prix du tick­et à la caisse : si le réal­isa­teur n’est certes pas man­chot et reste plutôt habile dans sa mise en scène des ressorts clas­siques du slash­er, il ne fait absol­u­ment rien des pos­si­bil­ités du relief, l’u­til­isant comme le gim­mick désor­mais incon­tourn­able et bête­ment atten­du d’un ciné­ma dynamique plus proche de l’at­trac­tion de fête foraine que du 7e art. Côté scé­nario (signé Craven lui-même !), c’est car­ré­ment la cat­a­stro­phe : sept ados, nés la même nuit dans la même ville, se font zigouiller les uns après les autres. Un ser­i­al-killer, mort au moment de leur nais­sance, serait-il revenu d’en­tre les morts pour se venger ? Pire : ne se serait-il pas réin­car­né en l’un d’eux ? Pour être tout à fait hon­nête, on s’en fiche un peu, tant le scé­nario déroule pénible­ment tous les arti­fices les plus atten­dus du ciné­ma d’hor­reur. Coincé par son stu­dio qui a vis­i­ble­ment choisi de ven­dre son film aux moins de seize ans, Craven ne peut même pas se laiss­er aller aux délires les plus gore : à l’heure où même des séries télévisées vis­i­bles par tous s’au­torisent des décapi­tions en tout genre, on se demande bien qui pour­rait frémir devant un film aus­si benêt, quand n’im­porte quel ado améri­cain con­naît l’in­té­grale des Des­ti­na­tion finale sur le bout des doigts. Pourquoi une sor­tie en salles de ce film en France deux ans après son échec améri­cain ?