Pre­mier long métrage du binôme de réal­isa­teurs tchèques Petr Kaz­da et Tomás Wein­reb, Moi, Olga est une propo­si­tion ratée de mise en scène de la vie d’Olga Hep­narová, jeune homo­sex­uelle opprimée, con­damnée à la pendai­son en 1974 pour un mas­sacre pub­lic revan­chard. Cen­tré sur le des­tin trag­ique de son per­son­nage prin­ci­pal, Moi, Olga est plom­bé par son pro­jet de dénon­ci­a­tion de la Tché­coslo­vaquie archaïque et réus­sit à être désagréable par son procédé même de séduc­tion et le manque de com­plex­ité du traite­ment d’une héroïne tor­turée pour­tant virtuelle­ment pas­sion­nante.

Noir et mutin

Moi, Olga se joue d’une icono­gra­phie héritée du film noir: femmes fatales, dégradé de gris ponctuelle­ment rehaussés de noirs et blancs tran­chants, fumées de cig­a­rettes et auto­mo­biles est-alle­mande Tra­bant. La coupe de cheveux mutine d’Olga, qui rap­pelle celle de Natal­ie Port­man dans Léon, et ses chemis­es entre­bâil­lées dignes de Char­lotte Ram­pling dans Porti­er de nuit, lui con­fère un air à la fois angélique et tox­ique. Dans la pre­mière par­tie du film, le doute plane encore quant à la tour­nure que peut pren­dre la vie de cette femme-enfant intro­ver­tie. Autonome, ren­fer­mée, séduc­trice, elle s’émancipe du giron famil­ial et cherche à gag­n­er sa vie en tra­vail­lant comme ouvrière, fait des ren­con­tres, tombe amoureuse. Ses échecs sen­ti­men­taux, la dureté du regard famil­ial, le rejet dont elle fait l’objet, muent pro­gres­sive­ment sa rage froide en haine sociale. Lorsqu’elle fomente le pro­jet de frap­per un grand coup, en un atten­tat pub­lic façon Taxi Dri­ver, la petite fille se trans­forme en tueuse aveu­gle.

Film kamikaze

Der­rière des atours visuels, Moi, Olga peine à évoluer au-delà du didac­tisme de son script et ploie sous le poids de son sujet. Le film reste à la sur­face du per­son­nage, pénible­ment arc bouté sur la prob­lé­ma­tique du mal-être d’Olga, mon­tré sans finesse, se refu­sant à expli­quer, mais inca­pable de com­plex­ité. Le film de vig­i­lante en puis­sance tourne même en bon père la morale, dénonçant explicite­ment une société mono­lithique qui ne sait pas accepter la dif­férence : «Je suis une soli­taire. Une femme détru­ite. Une femme détru­ite par la société», explique-t-elle à son procès. La vengeance qu’elle entre­prend, en même temps que son sui­cide, doit servir d’exemple: «Mon ver­dict est le suiv­ant: Moi, Olga Hep­narová, vic­time de votre bes­tial­ité, vous con­damne à mort.» Les dia­logues sont explicites: «on ne com­bat pas le mal par le mal, Olga», peut-on enten­dre dans la bouche d’un médecin. «Je suis le souf­fre-douleur de notre société», répète Olga, en boucle. Le sui­cide est aus­si celui du film, qu’on aurait préféré voir pren­dre son temps d’interroger son per­son­nage, plutôt que d’en illus­tr­er plate­ment le des­tin.