On trépigne d’a­vance à la lec­ture du pitch de cette comédie ital­i­enne mécon­nue, pour­tant présen­tée comme un clas­sique : dans l’I­tal­ie d’après-guerre, deux familles affamées et sans le sou déci­dent, pour servir les des­seins mat­ri­mo­ni­aux d’un jeune comte, de se faire pass­er pour des aris­to­crates le temps d’un dîn­er. Si le nom du réal­isa­teur, passé dans l’ou­bli mal­gré une imposante fil­mo­gra­phie (80 films au comp­teur), ne nous met pas la puce à l’or­eille, la dis­tri­b­u­tion est alléchante : Totò, le Louis de Funès ital­ien, y partage en effet l’af­fiche avec Sophia Loren, qui enchaî­nait alors les rôles avant de se faire la place que l’on sait dans le ciné­ma ital­ien.

Heurts et malheurs du théâtre filmé

On ne trépigne plus longtemps, hélas. Dès la scène d’ou­ver­ture, le décor est posé : ce sera celui du théâtre filmé, qui, s’il a fait les beaux jours des bal­bu­tiements du ciné­ma par­lant, n’a plus beau­coup de sens dans les années 1950, en plein âge d’or néoréal­iste du ciné­ma ital­ien et à l’aube de la Nou­velle Vague. Point de mise en scène ciné­matographique, donc : la caméra de Mario Mat­toli reste qua­si­ment sta­tique, sans réelle­ment tra­vailler son cadre, lais­sant lit­térale­ment et fig­u­ra­tive­ment le jeu des acteurs domin­er le devant de la scène. Ceux-ci en prof­i­tent pour s’en don­ner à cœur joie, mul­ti­pli­ant le comique de gestes et le mitrail­lage de répliques — à qui criera le plus fort, sou­vent –, pour finir par épuis­er quiconque ne domine pas suff­isam­ment la langue de Ver­di pour se pass­er de sous-titres.

Misanthropie

Un tel sujet aurait pu, du moins, appel­er une cri­tique sociale, thé­ma­tique récur­rente dans les comédies ital­i­ennes les plus réussies de l’époque. Mal­heureuse­ment, si cri­tique il y a, elle reste ici mât­inée d’une forte mis­an­thropie, nobles comme mis­éreux appa­rais­sant soit comme de par­faits idiots, soit comme d’in­fâmes prof­i­teurs égoïstes. Le tra­vail comique n’est pas suff­isam­ment poussé pour que le héros, pour­tant aus­si fourbe que le Don Sal­luste de La Folie des grandeurs, parvi­enne à emporter l’ad­hé­sion par le rire. Inverse­ment, les per­son­nages sont trop uni­di­men­sion­nels et car­i­cat­u­raux pour devenir attachants. L’ex­em­ple le plus frap­pant reste cette scène où l’on apporte aux deux familles un énorme plat de spaghet­tis, qu’elles se met­tent à dévor­er à même le plat, avec les mains, cou­vrant leurs habits de sauce, bondis­sant sur la table, tels une bande d’an­i­maux sauvages. Partagé entre le dégoût et la con­ster­na­tion, on en a oublié de rire.