Pour son troisième long-métrage en tant que réal­isatrice, l’hu­moriste Char­lotte de Tur­ck­heim s’at­taque au culte de la minceur en suiv­ant une galerie hétéro­clite de per­son­nages en cure d’a­maigrisse­ment. Cousu de fil blanc, le scé­nario court après le bon mot tan­dis que la mise en scène est aux abon­nés absents.

Nina est une jolie femme mais elle a quelques kilos en trop. Elle est direc­trice finan­cière d’une boîte qu’elle a fondée avec son mari mais, au fond, elle souhait­erait devenir styl­iste. Pour Char­lotte de Tur­ck­heim, Nina, c’est un peu l’idée de la trente­naire accro aux jour­naux féminins qui, entre frus­tra­tions et régimes man­qués, ne trou­ve aucune source de sat­is­fac­tion véri­ta­ble. Il n’est donc pas dif­fi­cile d’imag­in­er quel sera le poten­tiel com­mer­cial d’une telle comédie, jouant à plein régime sur la pos­si­ble iden­ti­fi­ca­tion du pub­lic visé. His­toire d’élargir un peu l’au­di­ence, Nina se voit affublée de deux improb­a­bles amies lors de son séjour en cure d’am­in­cisse­ment : Émi­lie, la quin­qua obèse qui pré­tend assumer ses ron­deurs, et Sophie (Vic­to­ria Abril, tou­jours rafraîchissante), la poupée vieil­lis­sante qui n’as­sume pas son béguin pour un gigo­lo. À elle trois, elles vont donc pass­er par toutes les étapes atten­dues (régime, més­es­time de soi, colères, pleurs et réc­on­cil­i­a­tions) jusqu’au moment où elles pour­ront pren­dre leur revanche, ce qui ras­sur­era la spec­ta­trice com­plexée.

Même si le regard de la réal­isatrice n’est jamais dénué d’am­biguïté (le nom­bre de gros plans sur les corps bedonnants sont-ils là pour leur ren­dre jus­tice ou pour amuser le spec­ta­teur ?), on peut au moins lui recon­naître d’ac­corder à ses per­son­nages le béné­fice d’une cer­taine méchanceté, en marge des bons sen­ti­ments habituels. Si l’ex­pli­ca­tion psy­chologique est un peu rapi­de (et pas tou­jours fine­ment appréhendée), elle a au moins le mérite de provo­quer quelques rares bons mots qui font mouche. Char­lotte de Tur­ck­heim n’est pas aus­si méprisante que ses con­frères (Clavier, Moix, etc.) en se gar­garisant de la médi­ocrité de ses per­son­nages. Préférant l’au­to-déri­sion, elle s’est même réservé un rôle de coif­feuse au style totale­ment improb­a­ble, noyée dans des a pri­ori d’un autre temps. On peut aus­si louer la présence de Lola Dewaere (dont c’est le pre­mier rôle au ciné­ma), quelques fois en dehors du film et de sa mécanique un peu trop huilée, qui parvient à insuf­fler quelques moments de res­pi­ra­tion en ne jouant ni la carte de l’hys­térie, ni celle de la per­for­mance.

De là à dire que Mince alors ! fait par­tie du panier moyen de la comédie française, il n’y a qu’un pas que nous ne fer­ons pas. Quelques étages en dessous de Tout ce qui brille (qui par­ve­nait à laiss­er point­er une cer­taine mélan­col­ie dans sa manière d’ap­préhen­der le ter­ri­toire comme source de comédie), le film de Char­lotte de Tur­ck­heim fait bien trop l’é­conomie de sa pro­pre con­sis­tance. Prob­a­ble­ment con­sciente de ce défaut, la réal­isatrice s’est embar­rassée d’une his­toire de mater­nité dont la réso­lu­tion s’avère plutôt dou­teuse. Inca­pable égale­ment d’as­sumer un cadre social, elle ne pro­pose finale­ment qu’une galerie de pan­tins sans véri­ta­ble ancrage, décon­nec­tés de leur pas­sif en dépit des his­toires qu’ils/elles se racon­tent. Cela donne au bout du compte le sen­ti­ment d’une trame à la vacuité inof­fen­sive dont le but avoué était de pren­dre une revanche sur les canons de beauté. Seule­ment, il s’agis­sait ici d’un médiocre sim­u­lacre de com­bat.