Pour adapter une série ringarde sans paraître soi-même ringard, mieux vaut faire sem­blant de la mod­erniser: ici, Nicole Kid­man et son (très joli) nez inter­prè­tent donc une vraie sor­cière choisie pour repren­dre le rôle de Saman­tha dans un remake télé de Ma sor­cière bien-aimée. La recette est con­nue: accu­mulez un max­i­mum de gags pour être sûr d’en réus­sir au moins un, mélangez un soupçon de romance pour plaire à tous les publics, saupoudrez d’une B.O. nos­tal­gique des Fifties et ajoutez une jolie blonde. Hélas, le résul­tat peut s’avér­er beau­coup plus amer que prévu.

Puisqu’il est aujour­d’hui admis que les scé­nar­istes améri­cains man­quent telle­ment d’imag­i­na­tion qu’il leur faut puis­er dans le réper­toire des pires comédies français­es ou de leur pro­pre (et inépuis­able) pat­ri­moine télévi­suel, on attendait avec beau­coup moins de cynisme que d’or­di­naire cette adap­ta­tion de la série cultissime de notre enfance. Mais voilà: une fois que le film a répon­du à LA ques­tion – Nicole Kid­man réus­sira-t-elle à remuer le nez aus­si bien qu’Eliz­a­beth Mont­gomery? –, il n’y a stricte­ment plus rien à voir.

Will Fer­rell, co-star du film et dra­ma­tique erreur de cast­ing, parvient (ce qui n’est pas rien) à être encore plus terne que son per­son­nage, le fameux et regret­té Jean-Pierre. Michael Caine et Shirley MacLaine sem­blent con­stam­ment se deman­der si leur rôle ne se réduit pas à celui de plante verte cinéphilique. Quant à « la » star, qui ferait mieux de se met­tre en quête de rôles vrai­ment inou­bli­ables, elle brasse beau­coup d’air, s’agite énor­mé­ment, bref mon­tre une telle bonne volon­té qu’on a presque de la peine pour elle. Nicole Kid­man n’a jamais prou­vé de tal­ent pour la comédie; et cela dur­era tant qu’elle jouera comme si elle avait encore dix-sept ans.

Mais ne lui jetons pas la pierre: car la pre­mière con­cernée par cette red­outable non-adap­ta­tion, la scé­nar­iste Nora Ephron, est aus­si respon­s­able des comédies roman­tiques les plus niais­es des années 1990 (Vous avez un mess@ge). Pas éton­nant donc que les dia­logues et les effets spé­ci­aux de sa Sor­cière bien-aimée soient aus­si mau­vais – sans être plus drôles – que ceux de la série orig­i­nale. De quoi vous dégoûter à vie de la magie.