En adap­tant, pour son pre­mier film, une pièce à suc­cès de l’acteur Sébastien Thier­ry, Lau­rent Lafitte se prête au jeu de l’autofiction tout en brouil­lant les pistes : si L’Origine du monde abor­de, comme l’indique son titre, la ques­tion des orig­ines et de l’identité, il le fait avec suff­isam­ment de dis­tance pour ne pas être un sim­ple auto­por­trait nar­cis­sique d’acteur en crise (à la manière de Garçon chif­fon par exem­ple), mais avant tout une comédie. Lafitte y incar­ne Jean-Louis, un avo­cat en panne à tout de point de vue. Panne sex­uelle d’abord (dans la scène d’ouverture, il est au lit avec sa femme et ne jouit pas), puis panne de cœur, au sens lit­téral : un ami vétéri­naire (Vin­cent Macaigne, encore employé dans un rôle de bon gros nounours) con­state après exa­m­en que Jean-Louis n’a ni pouls ni ten­sion ; il est mort. Une con­sul­ta­tion auprès d’une coach de vie (incar­née par Nicole Gar­cia) appren­dra à Jean-Louis que le seul moyen de faire rebat­tre ce cœur mort est de revenir à l’origine. La thérapie qu’il s’apprête à vivre prend dès lors une forme grotesque puisqu’il lui fau­dra pren­dre en pho­to le sexe de sa mère (Hélène Vin­cent) pour « se recon­necter à son cœur cos­mique ».

Autofiction décalée

On le voit à tra­vers ce bref résumé, toutes les fig­ures de la comédie bour­geoise sont là : le cou­ple parisien qui bat de l’aile, la psy­chothérapeute, la fig­ure mater­nelle écras­ante. La mal­ice de Lafitte et de son scé­nar­iste réside dans le fait qu’ils réser­vent à ces fig­ures un traite­ment qui les grossit, les car­i­ca­ture, les ridi­culise : la psy s’apparente moins à une dis­ci­ple de Freud ou de Lacan (sur le mod­èle d’En thérapie) qu’à une adepte de la médi­ta­tion et des pra­tiques ésotériques (ce par quoi le film se mon­tre fidèle à la pièce qu’il adapte, où il s’agissait d’un gourou africain). De même, la quête de l’origine prend une forme absol­u­ment lit­térale : en se deman­dant com­ment pren­dre con­crète­ment en pho­to le sexe de maman, le film réus­sit ses meilleures scènes, décli­nant autour de l’objet infilmable (la fameuse orig­ine du monde) des straté­gies d’approche et des sit­u­a­tions qui le situent par­fois dans la veine bur­lesque des frères Far­rel­ly. Cette lit­téral­ité de la quête donne à L’Origine du monde un mau­vais goût et une vul­gar­ité franche­ment réjouis­santes, qui ne sont peut-être que le reflet un peu glauque de l’autofiction estampil­lée Téléra­ma, où l’intimité sex­uelle affleure, mais reste tou­jours dans les lim­ites de la bien­séance (que l’on se rap­pelle par exem­ple les exa­m­ens gyné­cologiques de Vale­ria Bruni-Tedeschi dans Un château en Ital­ie). Voilà dans quelle zone se situe cette drôle de comédie qui, sans tourn­er tout à fait le dos à l’autofiction (le film dresse bien en creux l’autoportrait d’un acteur en thérapie), a au moins le mérite de faire un léger pas de côté : c’est ce qu’on appelle avoir de l’humour.