Film paresseux, Les Sœurs fâchées joue sur la con­fronta­tion appuyée de deux grandes actri­ces sans jamais en exploiter les pos­si­bles.

Comme son titre l’indique fer­me­ment, ce pre­mier film d’Alexan­dra Leclère tire par­ti d’une con­fronta­tion pré­texte de deux sœurs que tout oppose à l’in­fi­ni. L’une, inter­prétée par Isabelle Hup­pert, est une Parisi­enne bour­geoise et con­de­scen­dante dont l’ai­greur n’a d’é­gale que sa méchanceté ; l’autre, incar­née par Cather­ine Frot, est une bouseuse venue du Mans (for­cé­ment !), gourde et généreuse à souhait, prête à tout pour se rap­procher de cette sœur qui l’évite. Et nul besoin d’avoir vu beau­coup de films pour anticiper sur les mai­gres rebondisse­ments d’un scé­nario qui se borne molle­ment à exploiter une sit­u­a­tion de départ des plus clas­siques. De cet improb­a­ble con­traste, la réal­isatrice n’en tire que les aspects les plus car­i­cat­u­raux, injec­tant par­fois quelque trait psy­chol­o­gisant volé dans un mag­a­zine féminin et ce, dans l’e­spoir vain d’in­suf­fler un min­i­mum de grav­ité à cette œuvre qui lorgne la majeure par­tie du temps du côté de la pseu­do-comédie sociale dont Éti­enne Chatil­liez s’est fait une bien triste spé­cial­ité depuis une quin­zaine d’an­nées.

Prob­a­ble­ment impres­sion­née par le bagout de ses deux prin­ci­pales actri­ces, la jeune réal­isatrice a com­plète­ment dés­in­vesti sa mise en scène, aus­si imper­son­nelle qu’un télé­film de pre­mière par­tie de soirée. Même les actri­ces, qui ont pour­tant fait preuve de leur tal­ent en mul­ti­ples occa­sions, sur­na­gent dans ce film criblé de clichés et de sit­u­a­tions atten­dues. Isabelle Hup­pert, qui sait toute­fois insuf­fler du trag­ique à sa rigid­ité, et Cather­ine Frot, bornée depuis quelques années à rejouer le rôle de Yoyo dans Un air de famille, peinent toutes deux à s’ac­corder, ten­tant de faire exis­ter leur per­son­nage indépen­dam­ment de l’autre. Les pre­mières scènes du film sont en ce point effarantes, lais­sant appa­raître l’échec d’une œuvre qui a tout misé sur une fausse bonne idée. Si cha­cune avait osé jouer le rôle de l’autre, Les Sœurs fâchées aurait pu sus­citer une curiosité, mais dans l’é­tat présent, ce pre­mier film ne reflète qu’un pan d’un ciné­ma suff­isant qui vise à la sim­pli­fi­ca­tion des rap­ports humains en vue de séduire le grand pub­lic.