L’af­fiche nous préve­nait pour­tant : “Vous les avez lais­sés à la mon­tagne… ils revi­en­nent par la mer.” Il est vrai qu’on attendait la suite du film au suc­cès hon­or­able de Philippe Harel avec une impa­tience à peine avouable. On avait peur aus­si, et on avait rai­son tant Les Ran­don­neurs à Saint-Tropez représen­tent le vide le plus sidéral, le plus effrayant. Après Lang­mann et sa longue pub­lic­ité, Harel revient avec un bud­get moins lourd (il n’y ni Zidane ni Tony Park­er dans le film) et un film de copains qui tombe à l’eau dans les dix pre­mières min­utes et n’a même pas la sym­pa­thie du pre­mier volet, qui a donc pris dix ans.

Que dia­ble sont allées faire Géral­dine Pail­has et Karin Viard dans cette galère ? Actri­ces con­fir­mées, on espère dans les pre­miers plans qu’elles s’en sor­tiront. Mais le film a évité si soigneuse­ment d’écrire tout dia­logue, toute mise en scène et de con­stru­ire toute direc­tion d’ac­teurs que les uns et les autres s’épuisent à tour de rôle dans le médiocre le plus total. Le prob­lème des suites est qu’elles con­juguent en général change­ment de décor et de bud­get. L’hu­mour pince-sans-rire et léger con­vient davan­tage dans ce cas pré­cis (comme pour Les Bronzés d’ailleurs) à un espace réduit, déter­miné, prop­ice au gag potache, au comique de geste et de sit­u­a­tion. Lorsque la forêt des Ran­don­neurs est rem­placée par Saint-Tropez, l’u­nic­ité du groupe de per­son­nages par une rib­am­belle de sec­onds rôles ‑dont un par­ti­c­ulière­ment ridicule de bim­bo qui lit Hei­deg­ger- et d’ex­pli­ca­tions bas de gamme, les suites per­dent leur mor­dant agréable pour s’é­parpiller et per­dre ce qui fai­sait leur mai­gre sub­stance.

Nos cinq amis, jadis marcheurs incon­scients et râleurs sur le GR20, devi­en­nent ici décou­vreurs du monde qui fait rêver les spec­ta­teurs fidèles de TF1 : la jet-set, son cham­pagne gratis, sa musique, ses dis­cus­sions et déboires d’am­biance. Tout com­mence à Paris où Nadine (G. Pail­has) se perd encore dans des rela­tions sans avenir, Cora (K. Viard) dans un mariage sans futur, Math­ieu et Louis (V. Elbaz et P. Harel) dans une fratrie décon­fite… et finit à Saint-Tropez dans les embrouilles mafieuses d’Éric (B. Poelvo­orde) qui, on ne sait trop com­ment, est passé du guide de mon­tagne au guide de jet-set­teurs. Tout le monde aura appris à la fin du film une leçon mémorable de vie. C’est d’ailleurs à cet endroit que le mes­sage des Ran­don­neurs 2 paraît presque mépris­able : cha­cun des per­son­nages décou­vre sa pro­pre médi­ocrité au con­tact de l’ar­gent. C’est grâce à leur expéri­ence au sein du Saint-Tropez esti­val que, via la décou­verte d’un monde qui fait rêver (les seins refaits, les yachts et les olives dénoy­autées à volon­té), ils com­pren­nent leur médi­ocrité. Si l’on suit ce raison­nement, peu de Français sont donc aptes au bon­heur et au réal­isme.

Mal­gré ce “dis­cours” si plate­ment repro­duit à l’écran que l’on se demande s’il est con­scient, on remar­que égale­ment une absence totale d’imag­i­na­tion : Saint-Tropez est donc un yacht, des embouteil­lages et un apparte­ment. Comme tout film qui prend le ciné­ma pour un pré­texte à démon­stra­tion, Les Ran­don­neurs à Saint-Tropez ne com­porte que des dia­logues très anodins et sans créa­tiv­ité (“elle est bonne, viens!”, “ah non, ne me jette pas à l’eau”), et une représen­ta­tion (un inin­térêt ?) des per­son­nages cri­ante. Il est fort prob­a­ble que Philippe Harel (très mau­vais acteur au demeu­rant) ait voulu ren­flouer les caiss­es… mais on peut espér­er que le récent “échec” ‑couron­né par une una­nim­ité publique et cri­tique de décep­tion- des films auto-proclamés suc­cès avant leur sor­tie ouvre la voie à un nou­veau désaveu. Il ne faut pas non plus pren­dre les téléspec­ta­teurs pour des cons.