Les Enfants de la mer débute comme une amourette de vacances sur fond d’intrigue fan­tas­tique : Ruka, exclue de son équipe de hand­ball pour l’été, ren­con­tre Umi, un jeune orphe­lin élevé par des dugongs et qui vit aujourd’hui dans l’aquarium munic­i­pal. Les pou­voirs étranges dont sem­blent être dotés le garçon et son frère Sora intriguent Ruka, qui les suit dans leur quête exis­ten­tielle. Dans la pre­mière par­tie aux rebondisse­ments atten­dus, le film fait déjà preuve d’une cer­taine mal­adresse (l’insistance sym­bol­ique sur tous les plans de coupes dévoilant la blessure au genou de Ruka, dont la redon­dance s’explique mal) et sem­ble met­tre en place des intrigues sec­ondaires qu’il aban­donne aus­sitôt (les rela­tions famil­iales, les dif­fi­cultés sco­laires ou la crise d’adolescence de son héroïne, les réac­tions offi­cielles et sci­en­tifiques à l’existence de ces hommes-sirènes, etc.).

Si la suite de l’intrigue explore des ter­rains moins fam­i­liers, elle s’encombre d’une dimen­sion méta­physique un peu étouf­fante emprun­tant le ton de la fable. Les man­que­ments de l’écriture se font encore plus fla­grants à mesure que le dis­cours mys­tique du film se brouille jusqu’à devenir com­plète­ment her­mé­tique. Retombant dans les mêmes tra­vers, le scé­nario mul­ti­plie les pistes et les sous-intrigues. Cer­taines sor­tent de nulle part, comme cette pierre mag­ique arrivant au milieu de l’intrigue, et d’autres sont au con­traire lais­sées de côté en cours de route (le fan­tôme de la mer, la mys­térieuse « fête » sans cesse annon­cée, etc.). Le film peine alors à trou­ver sa voie entre les exi­gences d’une dra­maturgie clas­sique, qu’il main­tient jusqu’à une scène post-générique embar­ras­sante, et une ten­ta­tion plus expéri­men­tale. C’est d’autant plus dom­mage que Les Enfants de la mer témoigne d’une beauté et d’une inven­tiv­ité formelles bien réelles. Le pas­sage d’un monde à l’autre, de la terre à la mer et à l’univers tout entier, témoigne d’une atten­tion par­ti­c­ulière aux détails (les gouttes d’eau qui devi­en­nent des mil­liers de petits pois­sons) et d’une ten­ta­tive pour le moins auda­cieuse de met­tre en image l’origine de la vie.