Mar­i­on Vernoux ne nous avait pas don­né la moin­dre nou­velle depuis neuf ans et la débâ­cle de son dernier film, À boire. Dans Les Beaux Jours, son goût pour les petites dépres­sions exis­ten­tielles un brin nar­cis­siques ne se dément pas. Seule­ment, en s’ad­joignant les ser­vices de Fan­ny Ardant et de Patrick Ches­nais, la réal­isatrice offre un film plutôt juste, mod­este et empreint d’une jolie ten­dresse. Dom­mage cepen­dant que le scé­nario n’évite pas cer­tains lieux com­muns.

Car­o­line, inter­prétée par Fan­ny Ardant dans Les Beaux Jours, rap­pelle d’une cer­taine manière le per­son­nage qu’in­car­nait Vale­ria Bruni-Tedeschi dans Rien à faire (1999), signé de la même réal­isatrice : l’ar­rêt d’une activ­ité pro­fes­sion­nelle lais­sant place au vide, la ten­ta­tion de la pas­sion adultère pour y remédi­er. Entre ces deux films exis­tent pour­tant deux dif­férences de taille : le con­texte social (le chô­mage et la pré­car­ité dans Rien à faire, la retraite et le con­fort bour­geois dans Les Beaux Jours) et la ques­tion de l’âge qui épouse une nou­velle ten­dance du ciné­ma français (et améri­cain) à met­tre de plus en plus en scène le désir et la sex­u­al­ité chez les per­son­nes vieil­lis­santes. Ce n’est donc pas sans une cer­taine appréhen­sion qu’est envis­agé le nou­veau film de Mar­i­on Vernoux : on craint d’abord l’é­grenage de clichés sur la “femme mûre mais tou­jours très classe” (per­son­nage qui sied un peu trop facile­ment à Fan­ny Ardant) engoncée dans un ennui que la médi­ocrité du monde envi­ron­nant est inca­pable de com­pren­dre ; on craint égale­ment que la rela­tion adultérine soit le mai­gre pré­texte à un petit fris­son bour­geois sans con­séquences, loin de la per­ver­sité de Claude Chabrol dans La Femme infidèle ou de la pas­sion destruc­trice de François Truf­faut dans La Femme d’à côté.

Les scènes d’ex­po­si­tion peinent dans un pre­mier temps à con­tredire cette inquié­tude en jouant sur des diver­gences de vues entre le per­son­nage prin­ci­pal et son entourage, comme pour mieux jus­ti­fi­er le chemin de tra­verse qui s’an­nonce un peu lour­de­ment. Pour occu­per ses journées de den­tiste retraitée, Car­o­line se voit offrir par ses deux filles un abon­nement au cen­tre Les Beaux Jours, lieu de socia­bil­ité qui lui per­met de se faire de nou­veaux amis (le tableau est assez peu inspiré même si on y retrou­ve avec plaisir Marie Riv­ière et Jean-François Stévenin) autour d’ac­tiv­ités aus­si divers­es que le théâtre, la poterie ou encore l’in­for­ma­tique. Dans cette petite ville côtière du nord de la France, on sent bien que les éclair­cies se font rares et ces nou­velles activ­ités sont évidem­ment présen­tées comme d’ar­ti­fi­ciels rayons de soleil. Jusqu’au jour où Car­o­line ren­con­tre Julien (Lau­rent Lafitte), de vingt ans son cadet, avec qui elle va vivre une rela­tion sans grand lende­main, en cachette de son mari Philippe (Patrick Ches­nais) avec qui la ten­dresse et la com­plic­ité sont pour­tant tou­jours de mise. Cet amour nais­sant, Mar­i­on Vernoux choisit de le met­tre en scène en mode mineur, mis­ant avant tout sur la générosité de ses inter­prètes et sur sa caméra cares­sante mais rarement com­plaisante, atten­tive aux doutes de Car­o­line, lui épargnant les scènes les plus atten­dues du genre.

La plus belle inspi­ra­tion de la réal­isatrice est donc d’avoir mis de côté les coups d’é­clat et les scènes d’hys­térie pour ten­ter de faire éclore la sin­gu­lar­ité de ses per­son­nages. D’ailleurs, s’il est par­fois ques­tion de soli­tude, elle n’est jamais sourde ou insur­montable, juste le reflet de petits com­pro­mis que cha­cun fait avec lui-même. Les deux scé­nar­istes n’ont jamais cher­ché à dis­tribuer les bons ou mau­vais points, ni même à s’in­ter­roger sur une quel­conque faute. Si quelques inter­ven­tions s’avéraient dis­pens­ables (l’his­toire de la meilleure amie décédée ressas­sée à deux repris­es, la raideur de la fille cadette), Les Beaux Jours affiche sa quête d’une justesse du milieu, que cer­tains jugeront prob­a­ble­ment imper­son­nelle, mais qui a au moins le mérite d’as­sur­er une déli­cate syn­thèse entre pas­sion et rai­son, sans jamais dis­soci­er les deux. En dépit de sa courte durée (1h34), le film prend le temps d’é­couter, notam­ment lorsque que Car­o­line tente avec des mots d’écrire la suite d’une liai­son qu’elle appréhende dif­fi­cile­ment puisqu’elle n’est basée que sur le ressen­ti. Si le sen­ti­ment de défaite pointe par­fois le bout de son nez (notam­ment dans une scène finale à l’e­uphorie peu inspirée), il n’est cepen­dant le con­tre­point d’au­cune vic­toire. C’est cette absence de volon­tarisme qui fait le mod­este prix de ces Beaux Jours.