Le huitième long-métrage de Mar­i­on Vernoux com­mence sous les aus­pices du drame intimiste et réal­iste comme le ciné­ma français aime en pro­duire à la pelle : Mar­i­lyn (Ana Girar­dot), jeune femme aus­si séduisante que spon­tanée, provoque un acci­dent de voiture qui plonge son petit ami, Piotr (Nico­las Duvauchelle), dans le coma. À son réveil, ce dernier appa­raît dimin­ué : sujet à de graves pertes de mémoire — il lui faut recon­stituer peu à peu toutes les pièces du puz­zle –, il a égale­ment per­du toute notion de gêne et de bien­séance. Réduit à sa libido décu­plée, il se trans­forme régulière­ment en ani­mal en rut, prêt à sauter sur tout ce qui bouge. Acculée par les dettes, la petite amie voit dans cette déviance l’op­por­tu­nité de ren­flouer les caiss­es en le pros­ti­tu­ant auprès des femmes esseulées du quarti­er, et ain­si se préserv­er de la belle-mère pos­ses­sive. Per­son­nage le moins inin­téres­sant de ce scé­nario fort mal écrit, Mar­i­lyn a des inten­tions trou­bles : alors qu’elle fait d’abord preuve d’une empathie lim­itée pour le drame vécu par Piotr — elle est même à plusieurs repris­es gênée par la pres­sion sociale qui exige d’elle d’aller le veiller –, rien ne vient expli­quer son obsti­na­tion à vouloir le garder auprès d’elle. Dans leur quo­ti­di­en, la force des sen­ti­ments qui les unis­sent ne transparaît qu’à de rares repris­es, étouf­fée par la mise en place d’une logis­tique fas­ti­dieuse qui s’or­gan­ise autour de détails triv­i­aux. Mais cette ambiguïté finit par rapi­de­ment échap­per à la réal­isatrice qui préfère se con­cen­tr­er sur les excès de Piotr, vite réduit à la vigueur de son entre­jambe.

Ricanements beaufs

De ce côté, il y avait beau­coup à faire : met­tre en scène un per­son­nage dépourvu de fil­tre quant à ses pul­sions sex­uelles aurait pu offrir un écho intéres­sant au dis­cours hyp­ocrite de nos sociétés sur l’ex­pres­sion de la sex­u­al­ité. Seule­ment, Bon­homme est inca­pable de s’élever au niveau espéré, réduisant les pen­chants de Piotr à un argu­ment comique d’une tristesse et d’une pau­vreté affligeantes. Pur objet de désir, lim­ité à la bonne tenue de ses érec­tions, il n’in­spire à la réal­isatrice aucune forme de com­pas­sion : sa mémoire par­tielle­ment envolée, la perte de ses repères affec­tifs et son inca­pac­ité à être pleine­ment autonome ne per­me­t­tent jamais au film d’élargir son hori­zon, ici lim­ité à une accu­mu­la­tion de petits ajouts scé­nar­is­tiques et de per­son­nages stéréo­typés sans grand intérêt. On pour­rait s’in­ter­roger sur l’ex­is­tence et la récep­tion d’un tel objet si les rôles avaient été inver­sés (une femme au regard vit­reux réduite à l’ex­pres­sion pure de sa libido, mise sur le trot­toir par son petit ami fauché). On nous objecterait juste­ment que le but est de retourn­er le rap­port de forces et de laiss­er pour une fois les femmes pren­dre le pou­voir dans l’af­fir­ma­tion de leurs besoins sex­uels. Pour cela, encore aurait-il fal­lu que le film dépasse la blague potache et qu’il ne lim­ite pas les entre­vues sex­uelles à de sim­ples coïts : pour con­clure, il suf­fi­ra de se remé­mor­er le dia­logue du per­son­nage joué par Béa­trice Dalle lorsqu’elle tente de décul­pa­bilis­er sa prox­énète de fille — “tu n’as rien à te reprocher, tu as ren­du ser­vice à ces femmes en les faisant se sen­tir moins laides et moins vieilles” — pour ne voir en Bon­homme que la triste expres­sion d’une vul­gaire misog­y­nie.