Troisième film de Thomas Vin­cent, Le Nou­veau Pro­to­cole retrou­ve la même vio­lence (intéres­sante) des rap­ports humains que celle de Kar­naval et Je suis un assas­sin. Mais si son nou­veau polar développe un thème inédit dans le ciné­ma français et con­jugue dénon­ci­a­tion poli­tique et por­trait de généra­tion, il ne parvient pas vrai­ment à créer un rythme, et, ain­si, le polar lui-même tombe sou­vent à plat.

Un homme dés­espéré par la mort de son fils va tra­quer la grande indus­trie phar­ma­ceu­tique pour prou­ver que l’ac­ci­dent de voiture de sa progéni­ture n’é­tait pas… un acci­dent. Sur le papi­er, voici un superbe polar poli­tique à l’améri­caine avec tout ce qu’un tel scé­nario pour­rait com­porter de dénon­ci­a­tions sub­ver­sives sur les trusts, de rythmes effrénés et de déf­i­ni­tions ter­ri­bles de notre monde impi­toy­able rongé par le prof­it et les magouilles. Le prob­lème est que le scé­nario n’est jamais assez com­plexe, assez con­stru­it pour que l’on puisse com­pren­dre ou même voir la portée d’une telle dénon­ci­a­tion. Il est cepen­dant assez rare que le ciné­ma français s’in­téresse à ce genre de sujets, ce qui est intéres­sant en soi. Mais on est mal­heureuse­ment encore assez loin de Révéla­tions de Michael Mann ou même d’Erin Brock­ovich de Soder­bergh. Les dia­logues ressem­blent ain­si à des sous-titres de films à scan­dale qui font chavir­er de temps à autres les colonnes Mor­ris tels que le futur fameux : “Il est impor­tant de vous prou­ver que vous êtes malade pour vous soign­er.”

Ama­teur dans Kar­naval des west­erns urbains, Thomas Vin­cent se plonge dans la vie d’un exploitant foresti­er qui va défini­tive­ment sor­tir de son monde : physique­ment d’une part, puisque Raoul/Clovis Cornil­lac monte à la ville, lieu de perdi­tion, pour tra­quer les assas­sins multi­na­tion­al­isés de son fils ; men­tale­ment de l’autre puisqu’il décou­vre que loin des pins se tra­ment des affaires très louch­es, et se poli­tise ain­si. Pourquoi pas ? Mais, para­doxale­ment, le film pèche par volon­té de lier tout et rien, comme par faib­lesse scé­nar­is­tique. Vin­cent se rend par exem­ple en Afrique pour dénon­cer les fauss­es cam­pagnes de vac­ci­na­tion et ne s’en sert que pour mon­tr­er que le per­son­nage de Marie-Josée Croze a fait des recherch­es. La Diane en ques­tion est une sorte d’al­ter-mon­di­al­iste un peu exces­sive voire hys­térique (assez pom­peuse­ment inter­prétée d’ailleurs par Mlle Croze) dont le mari est mort égale­ment à cause d’un mau­vais traite­ment. Elle oscille depuis entre l’en­tre­tien de l’araignée qu’elle a dans le pla­fond et la lutte-débat ras des pâquerettes.

La représen­ta­tion des alter-mon­di­al­istes est assez curieuse cepen­dant : loin de pren­dre le par­ti un peu aveu­gle d’une cause, le réal­isa­teur préfère mon­tr­er les défauts de cha­cun, les con­tra­dic­tions qui sont inhérentes à toute lutte de ce type. Mais le dis­cours poli­tique s’ar­rête là : sans tomber dans le moral­isme par­ti­san, on attendrait un peu plus de vigueur dans la pein­ture mod­erne. Le film se con­tente d’une mul­ti­pli­ca­tion de scène sen­sée don­ner un rythme à la cav­ale des deux vengeurs pas très masqués. Thomas Vin­cent a choisi de faire de son film une suite de pour­suites, mais celles-ci n’ont pas vrai­ment de liens ciné­matographiques entre elles : le rythme retombe tou­jours, notam­ment à cause de la fas­ci­na­tion vis­i­ble que le réal­isa­teur porte à son acteur prin­ci­pal. L’ar­rière-plan est qua­si absent et les gros plans sur le vis­age de Clo­vis Cornil­lac finis­sent par lass­er et prou­ver que si T. Vin­cent a voulu traiter un sujet sen­si­ble, il ne parvient pas à créer un décor de ciné­ma. En clair, les fonde­ments étaient intéres­sants, mais le tout est bien sys­té­ma­tique.