De l’ex-com­pagne de Luc Besson, dont le seul fait d’armes con­nu en tant que comé­di­enne fut le pitoy­able La Gamine, on n’at­tendait rien. Mais Maïwenn a du tal­ent à reven­dre : après un one-woman show à suc­cès, la comé­di­enne se révélait réal­isatrice au tem­péra­ment explosif dans le sur­prenant Par­don­nez-moi (2006), fic­tion fausse­ment doc­u­men­taire (mais à forts relents auto­bi­ographiques) où, armée d’une caméra DV, elle met­tait en scène une sorte de thérapie famil­iale rad­i­cale à la Fes­ten. Venue de nulle part, une cinéaste était née : d’où la curiosité tein­tée d’im­pa­tience qui accom­pa­gne la sor­tie de son deux­ième long métrage, Le Bal des actri­ces. Soit l’his­toire de Maïwenn qui décide de réalis­er un doc­u­men­taire sur les actri­ces, leurs désirs, leurs con­tra­dic­tions, leurs angoiss­es. Le tout est agré­men­té de séquences chan­tées et dan­sées, cen­sées exprimer l’é­tat d’e­sprit des comé­di­ennes qui ont accep­té de se laiss­er filmer. Bien enten­du, tout cela n’est pas vrai­ment vrai… mais pas tout à fait faux non plus.

Le sujet est casse-gueule : on se sou­vien­dra (ou pas) du calami­teux Les Acteurs (2000) de Bertrand Bli­er qui, ce n’est pas un hasard, fait une appari­tion ici, comme pour pass­er le flam­beau (l’échec des Acteurs l’au­ra empêché de s’at­tel­er à sa suite sur les actri­ces). Mais le bagout de Maïwenn abat­trait des mon­tagnes et, dès les pre­mières min­utes, son inso­lence et son énergie font mouche. Il faut la voir con­va­in­cre son pro­duc­teur du bien-fondé de son entre­prise, de ses choix quant au cast­ing (cer­taines têtes con­nues tombent comme des mouch­es) et au con­tenu du film. Déli­cieuse­ment tête à claques, Maïwenn s’a­muse comme une folle à s’au­topar­o­di­er. On se demande tout de même où est la fron­tière entre le vrai et le faux et, mal­gré le côté éminem­ment sym­pa­thique du per­son­nage, on plaint quand même un peu son entourage, incar­né ici par un JoeyStarr assez phénomé­nal en mari patient et papa poule – la scène où il ani­me un goûter d’an­niver­saire jus­ti­fie à elle seule le prix du tick­et de ciné­ma.

Maïwenn prend aus­si beau­coup de plaisir à filmer ses con­sœurs, mais le résul­tat est hélas très iné­gal. Karin Viard ou Mari­na Foïs excel­lent dans l’art d’en faire des tonnes sans jamais per­dre de vue la justesse de leur per­son­nage (exer­ci­ce d’au­tant plus dif­fi­cile lorsqu’il s’ag­it de s’in­ter­préter soi-même). Elles parvi­en­nent surtout à insuf­fler suff­isam­ment de grav­ité pour que pointe, entre les rires, un peu de vérité der­rière la farce. Ce n’est pas le cas de toutes les actri­ces : cer­taines sont moins sub­tiles, d’autres moins gâtées par ce qu’on leur donne ici à jouer – on reste un peu sur notre faim en voy­ant Jeanne Bal­ibar ou Julie Depar­dieu s’ac­quit­ter d’une ou deux petites scènes dis­pens­ables avant de dis­paraître et, par dessus tout, on se passerait bien des inter­mèdes musi­caux totale­ment ratés qui vien­nent plomber le film sans rien y apporter de per­ti­nent ni de diver­tis­sant.

En réal­ité, il s’ag­it essen­tielle­ment d’un prob­lème de fond car, sous ses faux airs de pavé dans la mare, Le Bal des actri­ces ne nous apprend rien de bien neuf sur les états d’âme des actri­ces français­es d’au­jour­d’hui. La crédi­bil­ité (Muriel Robin), la grosse tête (Karin Viard), la peur de ne plus être désirée (Romane Bohringer, par­faite), la las­si­tude (Mélanie Doutey), la mater­nité (Julie Depar­dieu), le cloi­son­nement (Mari­na Foïs), la galère (Karole Rocher) : autant de thèmes atten­dus et incon­tourn­ables, mais qui ne sont traités que très super­fi­cielle­ment, comme si les enjeux se trou­vaient ailleurs. On a alors plus l’im­pres­sion d’as­sis­ter à un défilé de vedettes venues faire leur show qu’à une oeu­vre motivée par le désir d’en découdre avec les stéréo­types atten­dus. Au con­traire, Le Bal des actri­ces ne fait qu’en­fon­cer des portes ouvertes… Il faut atten­dre le final, plutôt bien troussé, pour que Maïwenn con­fesse que le véri­ta­ble sujet du film, c’est elle. Présente dans presque chaque plan, l’ac­trice-réal­isatrice s’est bien amusée à dress­er son por­trait chi­nois : «les actri­ces, c’est moi» ! On ne peut que s’in­clin­er devant un tel culot, même si der­rière il n’y a guère plus que du vent.